Jouer et rire autour de la guerre. le roman français, anglais, allemand et espagnol de l'entre-deux guerres à l'après-guerre (1926-1956)

par Manon Dubouilh

Projet de thèse en Litterature francaise, francophones et comparee

Sous la direction de Jean-Paul Engélibert.

Thèses en préparation à Bordeaux 3 , dans le cadre de Montaigne-Humanités , en partenariat avec Textes, Littératures : Ecritures et modèles (equipe de recherche) depuis le 31-10-2017 .


  • Résumé

    Les thèmes du jeu et du rire sont paradoxalement présents dans les romans européens de l'entre-deux guerres à l'après-guerre (1926-1956). On les associerait alors à la dénonciation, à une échappatoire périlleuse. Ils sont aussi révélateurs d'une blessure plus profonde. Nous analyserons le paradoxe que constitue la représentation de ces thèmes lors de cette période dans les romans de Camus, Giono, Golding, Nabokov, Hesse, Zweig et Gómez de la Serna. Le jeu et le rire sont traditionnellement associés à l'idée de légèreté, d'insouciance. Jouer et rire marque la communion entre les humains, l'émulation bénéfique. Ces valeurs apparaissent fortement problématiques au lendemain des guerres mondiales. Les traumatismes engendrés par la catastrophe font obstacle à une pratique frivole des jeux sociaux. Aussi verrons-nous que les jeux dans ces romans apparaissent viciés ; le rire est sombre, cynique, entaché d'une ironie acerbe qui dénonce la cruauté humaine et l'oppression. Nous étudierons la manière dont se met en place un discours d'autorité, entre manipulation ludique et terreur masquée. Le rire devient celui du désespoir, de l'humanité blessée par les grands crimes. Face à l'insupportable, il est un mode de résistance profondément humain pour contrer l'inhumain. Il figure le déchirement existentiel, apparaissant à la fois comme piège et remède, moyen de défense et arme d'oppression. Cette thèse interrogera le mystère de ce rire troublant, obsessionnel, qui surgit de jeux dangereux. Nous verrons que l'évocation de la guerre dans les romans étudiés est biaisée, ironique, tortueux détour de la tragédie. La recherche portera alors sur l'ironie en tant que résultat d'un jeu contraint et origine du rire ambigu qui bouleverse les certitudes. L'individu ne trouve ainsi plus de lieu commun où reposer son esprit. Aussi toute structure fixe est-elle déstabilisée, pour ébranler le confort du lecteur et remettre en cause le monde dans lequel il vit et lit.

  • Titre traduit

    Playing and laughing around the war. the french, english, german and spanish novel from the inter-war period to the post-war period (1926 – 1956)


  • Résumé

    Games and laughter are paradoxically present in the novels from the inter-war period to the post-war period (1926- 1956). Then we might associate them with the idea of denunciation, with a kind of perilous loophole. They are also indicative of a more profound injury. We will study the paradox posed by the representation of these themes during this period in the novels of Camus, Giono, Golding, Nabokov, Hesse, Zweig and Gómez de la Serna. Games and laughter are traditionally associated with the idea of lightness, of carelessness. Playing and laughing mark the communion between human beings and a beneficial emulation. These values occur to be strongly problematic in the aftermath of the two World Wars. The traumas caused by the catastrophe prevent a frivolous practice of the social games. Thus we will show that the games in the novels of this period seem flawed, and that laughter is dark, cynical, marred by an acerbic irony which denounces human cruelty and oppression. We will study how an authority discourse sets in, between playful manipulation and covered terror. The laughter becomes the one of despair, the one of a humanity injured by great crimes. In front of the unbearable, there is a profundly human means of resistance to counter the inhuman. This way laughter embodies the existential tearing, both appearing as a trap and a cure, a means of defence and a weapon of the oppression. This thesis will analyze the mystery of this disturbing, obsessive laughter, which arises from dangerous games. We will see that the evocation of war in the studied novels is skewed, ironic, a crooked detour of the tragedy. The research will focus on the irony as a result of a forced game, and as the origin of the ambiguous laughter which upsets certainty. As a consequence, the individual doesn't find a commonplace to rest his mind anymore. That is to say that every steady structure is unsettled, in order to undermine the comfort of the reader and to question the world in which he lives and reads