Les collections de moulages d’après l’antique entre France et Italie (du XIXe jusqu’à nos jours) : production, médiation et réception

par Irene Avola

Projet de thèse en Architecture et Patrimoine

Sous la direction de Jean pierre Guilhembet.

Thèses en préparation à l'Université de Paris (2019-....) en cotutelle avec l'UNIVERSITE DE BOLOGNE , dans le cadre de ECONOMIES, ESPACES, SOCIETES, CIVILISATION : PENSEE CRITIQUE, POLITIQUE ET PRATIQUES SOCIALES , en partenariat avec ANHIMA (Histoire et Anthropologie des mondes anciens) (equipe de recherche) depuis le 06-12-2017 .


  • Résumé

    Étudier les moulages ne signifie certes pas étudier l’Antiquité en elle-même, mais plutôt l’impact qu’elle a eu sur la culture européenne. Les moulages en fait ne font que reproduire en plâtre les œuvres antiques sculptées en bronze ou en marbre. Pendant la Renaissance, ils étaient collectionnés d’une part pour servir d’instruments à usage didactique dans les ateliers des artistes, de l’autre comme objets d’art. Dans cette perspective, les moulages ont joué un rôle déterminant dans la formation d’un certain phénomène du goût, imposant une vision esthétique qui considère comme originelle la couleur blanche du plâtre . Cela a entraîné la naissance du mythe de la sculpture antique en marbre blanc, qui n’est plus valable aujourd’hui. Cependant, c’est au XIXe siècle que les moulages, déjà supports d’étude de l’art et de l’histoire de l’art, ont commencé à être utilisés à des fins pédagogiques dans le domaine de l’archéologie, ainsi ont acquis, en parallèle, un intérêt scientifique en rendant par exemple possible la reconstruction d’une sculpture lors même que les différentes parties étaient disséminées dans plusieurs musées, ou l’étude de détails qui n’étaient pas toujours visibles dans les œuvres originales. Ces collections de moulages d’antiques ont cependant connu un déclin après la Seconde guerre mondiale et ont été alors le plus souvent reléguées dans les entrepôts des musées et dans les caves des universités. Multiples sont les raisons qui ont déterminé leur perte d’intérêt : certaines sont théoriques, comme la nouvelle exigence d’authenticité, leur appartenance à « une archéologie dépassée et non conforme aux méthodes modernes » mais d’autres ressortissent à des problèmes d’ordre purement pratique, comme le manque de crédits et d’espace d’exposition. En Europe, depuis les années 1980, chercheurs et conservateurs ont littéralement redécouvert ces collections en développant la recherche sur différents axes. Notre travail de thèse vise à réfléchir sur le rapport entre la pratique de collectionner des moulages et l’enseignement de l’archéologie, dans une perspective comparatiste qui n’a pas encore été rigoureusement menée : il s’efforce notamment de mettre en évidence les similitudes et les différences dans l’adoption du modèle allemand par la France et l’Italie. En effet, en Italie le phénomène de création de gypsothèques, qui se développe après l’unification du pays en 1870, a pour objectif de renouveler l’archéologie classique en la libérant de son aspect antiquaire. Par ailleurs, l’Allemagne constituait un modèle également pour la France, comme les mots de Maxime Collignon, chargé du cours d’archéologie à l’université de Bordeaux, le suggèrent : « l’exemple de l’Allemagne pourrait être utilement suivi en France. Au point de vue des collections archéologiques destinées à l’enseignement universitaire, on ne saurait nier que ce pays ait sur le nôtre une singulière avance ». Ainsi, à l’instar de l’Allemagne, en France et en Italie furent créées plusieurs gypsothèques universitaires (d’un côté Toulouse, Bordeaux, Montpellier, Paris, Lille, Lyon, Nancy et, de l’autre, Bologne, Rome, Padoue, Turin, Palerme, Pavie, Pérouse, Urbino) grâce à l’intervention du pouvoir central, en particulier le ministère de l’Instruction publique, mais surtout grâce aux efforts des professeurs qui se déplaçaient pour visiter les collections d’autres universités, avec lesquelles ils entretenaient aussi des correspondances par ailleurs. Ces collections universitaires de moulages constituent donc un témoignage des échanges nationaux et internationaux au sein de la communauté scientifique, mais aussi des nombreuses divergences qui opposent leurs promoteurs, comme celle entre l’archéologue Salinas et le Ministère de l’Instruction publique au sujet de 300 coffres contenant les moulages réalisés par le célèbre artisan Martinelli, actif à Athènes ou encore le différend entre Giglioli et Maiuri quand il était question de décider à qui attribuer la réalisation des moulages pour l’Exposition archéologique de 1911. Ces moulages furent ensuite utilisés pour l’Exposition Augustéenne de la Romanité en 1927, laquelle suivait l’exemple du Musée des sculptures comparées du Trocadéro, créé en 1882 à l’initiative de l’architecte Viollet-le-Duc, et avait pour objectif de témoigner l’originalité de l’architecture romaine, passée sous silence en comparaison de la mise en valeur de son homologue grecque. Ce dernier cas est très important puisqu’il nous montre combien les échanges entre la France et l’Italie sont réciproques et parfois décisifs. S’il est intéressant de faire l’histoire de la constitution des collections françaises et italiennes, il est également important d’analyser leur réception par le public, ce qui signifie essayer de comprendre leur rôle et les valeurs qu’elles acquièrent et possèdent ensuite dans deux sociétés et cultures européennes. Parmi ces rôles, on a vu que selon l’importance donnée ou non à la dimension didactique ou pédagogique, l’histoire des collections de moulages est pleine de détours : périodes caractérisées par une production importante de moulages et d’autres, au contraire, par une perte d’intérêt, voire d’un rejet qui a entraîné une destruction dans certains cas (en 1968 notamment). Enfin, nous devons nous demander si, encore aujourd’hui, et jusqu’à quel point les moulages peuvent maintenir leur vocation pédagogique dans les domaines de l’art et de l’archéologie, à côté de nouveaux instruments didactiques (manuels riches en images, présentations PowerPoint, Google Arts & Culture, reconstructions virtuelles et impressions 3D...) ; il faut aussi réfléchir sur les autres valeurs à attribuer aux collections de moulages : historique, esthétique, culturelle, idéologique, mémorielle.


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