Effets des politiques sectorielles d'innovations sur les interactions systémiques pour une transition technologique dans l'agriculture et l'élevage. Cas des filières Banane plantain et Porcine en Côte d'Ivoire

par Cho Euphrasie Monique Angbo kouakou (Mme KOUAKOU)

Thèse de doctorat en Sciences Économiques

Sous la direction de Ludovic Temple et de Alexandre Assemien.

Thèses en préparation à Montpellier, SupAgro en cotutelle avec l'Institut National Polytechnique Félix Houphouët Boigny (INP-HB), Côte d'Ivoire , dans le cadre de École doctorale Economie Gestion de Montpellier , en partenariat avec INNOVATION - Innovation et développement dans l'agriculture et l'agro-alimentaire (laboratoire) .


  • Résumé

    La politique de développement agricole de la Côte d'Ivoire est structurée depuis les années 2010 avec l'appui technique et financier des bailleurs de fonds par le Programme de Productivité Agricole en Afrique de l'Ouest (PPAAO). Ce programme a accompagné la mise en œuvre de la politique agricole jusqu'en 2016 avec pour objectif l'accroissement de la productivité agricole à travers l'introduction de technologies tout en favorisant l'émergence de dynamiques territorialisées. Il s'est réalisé à partir de la structuration d'une politique d'innovation basée sur des transferts technologiques qui s'appuient sur des dispositifs de service à l'innovation tels que les plateformes et des interprofessions, pour créer des cadres de collaboration et de coopération nécessaires entre les acteurs de la recherche et de l'innovation. Dans ce contexte, notre thèse a consisté à analyser les effets de ces politiques sectorielles d'innovations technologiques sur les interactions systémiques entre communautés d'acteurs, en vue d'améliorer leur efficacité dans les mécanismes de développement des filières agri-alimentaires. Deux filières parmi les spéculations prioritaires pour l'atteinte de l'autosuffisance alimentaire de la Côte d'Ivoire à savoir le plantain et le porc, ont été sélectionnées comme application de cette analyse. Le cadrage méthodologique de notre thèse s'appuie sur trois étapes que sont la revue documentaire, les enquêtes qualitatives institutionnelles à dires d'experts réalisées en Côte d'Ivoire et en France, et des enquêtes quantitatives transversales menées en Côte d'Ivoire auprès des agriculteurs de plantain de Soubré et d'Agboville et des éleveurs de porcs à la périphérie d'Abidjan et à Korhogo. Ce cadrage a pour spécificité l'articulation des approches qualitatives d'analyse systémique avec des approches quantitatives économétriques pour caractériser l'adoption d'inventions (cultivars améliorés et races pures) par des producteurs locaux. La validation des hypothèses de recherche structure trois résultats principaux. Premièrement, cette thèse démontre qu'en Côte d'Ivoire, le changement technologique dans l'agriculture nourricière résulte d'une hybridation des bases de connaissance entre communautés d'acteurs à travers une mise en système des trois niveaux que sont la niche, le régime et le landscape. Ce résultat se base sur l'élaboration d'une trajectoire technologique chronologique dans les sous-secteurs d'étude. Deuxièmement, les résultats font apparaître que l'hybridation des bases de connaissances techniques (firmes étrangères) et scientifiques (recherche nationale) est structurée par des mécanismes d'apprentissage et de renforcement des capacités à innover sectoriel à travers des processus de coévolution des dimensions de l'innovation, et surtout la demande des firmes de l'amont ou de l'aval, dépendamment des sous-secteurs (culture ou élevage). Troisièmement, l'adoption d'une invention par les producteurs reposent sur la capacité sectorielle à combiner l'hybridation des ressources générées par des transferts technologiques (exogènes) et celles des ressources générées par les spécificités territoriales (endogènes) à travers un mécanisme d'accompagnement par des dispositifs institutionnels locaux et aussi la prise en compte des caractéristiques microéconomiques du producteur. Il ressort par conséquent que pour contribuer à une meilleure mise en œuvre des politiques sectorielles agri-alimentaires, il est nécessaire de soutenir les politiques publiques qui conduisent à une intégration systémique des dynamiques d'innovations (institutionnelles, organisationnelles et technologiques) permettant ainsi de structurer les interactions entre catégories d'acteurs et d'améliorer leur efficacité dans l'atteinte des priorités du développement agricole, notamment la structuration du marché intérieur à la recherche d'une sécurité alimentaire souveraine.

  • Titre traduit

    Effects of sectoral innovation policies on systemic interactions for a technological transition in agriculture and livestock. Case of the plantain banana and the pork agric-chain in Ivory Coast.


  • Résumé

    Côte d'Ivoire's agricultural development policy has been structured since the 2010s with technical and financial support from donors through the West Africa Agricultural Productivity Program (WAAPP). This program has accompanied the implementation of agricultural policy until 2016 with the aim of increasing agricultural productivity through the introduction of technologies while promoting the emergence of territorialized dynamics. It was realized from the structuring of an innovation policy based on technological transfers that rely on innovation service mechanisms such as platforms, and interprofessionals to create frameworks for collaboration and cooperation necessary between research-development and innovation actors. In this context, our thesis consisted in analyzing the effects of these sectoral policies of technological innovations on the systemic interactions between stakeholder communities, with a view to improving their effectiveness on development mechanisms of the agri-food sectors. Two sectors among the priority crops for the achievement of food self-sufficiency in Côte d'Ivoire, namely plantain banana and pig production, were selected as the application of this analysis. The methodological framework of our thesis is based on three stages: the documentary review, the institutional qualitative surveys reported by experts in Côte d'Ivoire and France, and the cross-sectional quantitative surveys of producers conducted in Côte d'Ivoire with plantain farmers of Soubré and Agboville and pig farmers on the outskirts of Abidjan and Korhogo. This framework is specific to the articulation of qualitative approaches of systemic analysis with quantitative econometric approaches to characterize the adoption of inventions (improved cultivars and pure breeds) by local producers. The validation of the research hypotheses structures three main results. Firstly, this thesis demonstrates that in Côte d'Ivoire, technological change in subsistence agriculture results from a hybridization of knowledge bases between communities of actors through a system of three levels that are niche, regime and landscape. This result is based on the development of a chronological technological trajectory in the study sub-sectors. Secondly, the results show that the hybridization of the technical (foreign firms) and scientific (national research) knowledge bases is structured by mechanisms of learning and capacity-building to innovate sectorial level through processes of coevolution of the dimensions of innovation, and especially the demand of upstream or downstream firms, depending on the sub-sectors (crop or livestock). Thirdly, the adoption of an invention by producers relies on the sectorial capacity to combine the hybridization of resources generated by technological transfers (exogenous) and those of resources generated by territorial specificities (endogenous) through a mechanism of support by local institutional arrangements and the consideration of the microeconomic characteristics of the producer. It is therefore clear that to contribute to a better implementation of sectorial agri-food policies, it is necessary to support public policies that lead to a systemic integration of innovation dynamics (institutional, organizational and technological), thus allowing structuring interactions between categories of actors and improve their effectiveness in achieving agricultural development priorities, including the structuring of the internal market in pursuit of sovereign food security.