Le Premier Mai, fabrique sociale, culturelle et politique de la "Communauté du peuple" nationale socialiste (1933-1945)

par Charlotte Soria

Projet de thèse en Histoire

Sous la direction de Johann Chapoutot.

Thèses en préparation à Sorbonne université , dans le cadre de École doctorale Histoire moderne et contemporaine (Paris) depuis le 16-11-2017 .


  • Résumé

    Le 1er mai, fête éminemment politique du mouvement ouvrier socialiste et devenue avec la célébration du 1er mai 1933 une fête officielle du régime national-socialiste, une incarnation dans les paroles et les pratiques de son projet social communautaire, la „Volksgemeinschaft”. Mais ces rituels politiques ont-ils réellement contribué à fabriquer un ordre social ou n’étaient-ils que le reflet trompeur de la communication du régime ? Il s’agit là d’une question classique, au coeur de la recherche depuis les années 1970 sur les fêtes politiques en Allemagne comme en France. Et la réponse à cette question est aussi, classiquement, que festoyer socialise. De fait, la journée du 1er mai - jour férié et journée festive depuis 1933 - était un dispositif de pouvoir(s), d’inclusion et d’exclusion, qui visait à créer, entre autres mécanismes, le projet de Volksgemeinschaft nationale-socialiste. Cette fête officielle était productrice d’un ordre social, inégalitaire et raciste par des mécanismes classiques d’inclusion et d’exclusion voire d’ascension sociale au profit des >Volksgenossen< ainsi définis. A l’occasion de ce jour férié, les dirigeants du régime, à partir de l’échelon du Reich (J. Goebbels, le Reichsministerium für Volksaufklärung und Propaganda, la Reichspropagandaleitung du NSDAP), proposèrent et mirent en scène dans le cadre de campagnes de communication politique et de manifestations publiques nombreuses un horizon social fait d’avantages matériels - financiers, sociaux et fiscaux - ainsi que de promesses politiques au long-terme tout en créant un nouveau cadre et statut au travail et aux travailleurs. Bien plus, de multiples acteurs locaux - organisations intégrées ou associées au parti ainsi que leurs représentants, entreprises et individus - s’approprièrent ce dispositif et par là-même contribuèrent de manière déterminante à son existence et à sa perpétuation comme un ordre festif et social, diffusant d’autant la sphère d’exercice du pouvoir au coeur de la société. Ce dispositif gagna alors en autonomie, dans ses pratiques et dans son contenu, contrevenant parfois aux directives du pouvoir central et contribuant d’autant au caractère en définitive hétérogène de la Volksgemeinschaft, en fonction des catégories sociales, des espaces considérés et du temps.


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