Danse et dissidence : dramaturgie de la résistance dans le théâtre de William Butler Yeats et de Wole Soyinka

par Inès Bigot

Thèse de doctorat en Etudes anglophones

Sous la direction de Alexandra Poulain.

Thèses en préparation à Paris 3 , dans le cadre de École doctorale Mondes Anglophone, Germanophone, Iranien, Indien et Etudes Européennes (Paris) , en partenariat avec Langues, Textes, Arts et Cultures du Monde Anglophone (laboratoire) depuis le 19-09-2017 .


  • Résumé

    Dans le théâtre rituel total de William Butler Yeats et de Wole Soyinka, la danse, comprise aussi bien comme pratique performative que comme motif littéraire, se fait le véhicule des questionnements philosophiques et politiques des dramaturges, un outil critique dissident qui vient menacer les constructions épistémologiques et l’ordre établi. Loin d’être réduite à un symbole identitaire univoque, dans un cadre (post)colonial irlandais et nigérian où l’esprit de communauté a été ébranlé, la danse incarne le processus instable de reconstruction d’une identité personnelle et nationale perçue comme métamorphique et résistant aux catégorisations hâtives. Rebelles, les corps dansants des pièces, situés à la croisée des sphères de l’humain et du divin, du langage et du corps, de l’immobilité et de l’instabilité, du multiple et de l’un, ne se laissent pas étiqueter facilement. Ils constituent ainsi à eux seuls un microcosme représentatif de l’esthétique dramaturgique de Yeats et de Soyinka. Il s’agit d’une esthétique de la dissidence qui emprunte toujours un détour pour mettre en scène une certaine conception de l’identité irlandaise et nigériane, résistant à la tentation d’un discours totalisant et figé grâce à ce processus de distanciation qu’implique l’étymologie du terme « dissidence » (dissidere, dis-sedere : être assis à l’écart). Notre objectif principal sera d’identifier les multiples facettes du discours dissident que porte la danse dans les pièces de Yeats et de Soyinka, deux hommes de théâtre engagés que tout sépare à première vue (époque, culture, aire géographique) mais dont la conception du corps dansant, et par extension métaphorique, de l’identité, est comparable à bien des égards.

  • Titre traduit

    Dance and Dissidence : the Dramaturgy of Resistance in the Plays of William Butler Yeats and Wole Soyinka


  • Résumé

    In the ritualized total theatre of William Butler Yeats and Wole Soyinka, dance – which is both a performance and a recurrent symbol – mediates the playwrights’ philosophical and political questioning. It thus constitutes a critical dissident tool that threatens to destabilize epistemological constructs and socio-political status quo. Far from being reduced to a univocal symbol of national identity in an Irish and Nigerian (post)colonial context where the sense of community is fragile, dance embodies the unstable process of the rebuilding of a metamorphic type of identity which resists categorization. The rebellious dancing bodies of the plays under study reject uniformization since they are located at the crossroads of the human and the divine spheres, the sphere of language and that of the body, of motionlessness and instability, multiplicity and unity. Thus, they form a microcosm which is representative of Yeats’s and Soyinka’s dramaturgical aesthetics. It is a dissident aesthetics that always makes a detour in the staging of a certain vision of Irish and Nigerian identity, resisting the temptation of a totalizing and fixed discourse thanks to this process of distancing – a process inherent in the very etymology of the term “dissidence” (dissidere, dis-sedere: to sit apart). The aim of this work is to identify the various aspects of the dissident discourse formulated by the dancing bodies in the plays of Yeats and Soyinka, two committed playwrights situated at opposite poles (in terms of historical time, culture and geography) but whose plays come to a meeting point as their conception of the dancing body and of identity is, in many ways, similar.