L'identité de la télévision congolaise dans le nouveau paysage télévisuel au Congo (1991-2016).

par Lambert romuald Okoti

Projet de thèse en Sciences de l'Information et de la Communication

Sous la direction de Benoît Lafon.

Thèses en préparation à Grenoble Alpes , dans le cadre de École doctorale langues, littératures et sciences humaines (Grenoble) , en partenariat avec Groupe de recherche sur les enjeux de la communication (Grenoble) (laboratoire) depuis le 01-05-2018 .


  • Résumé

    Contexte du sujet L'internationalisation des chaînes de télévisions avec l'avènement du satellite dans les années 80 a donné lieu à un nouvel univers médiatique permettant une réception équitable des produits télévisuels à l'échelle de la planète. Le déséquilibre observé de longue date à travers la circulation unidirectionnelle des flux mondiaux d'informations (du Nord vers le Sud) est rompu. Autrement dit, la circulation des produits télévisuels devient universelle. Sur le plan identitaire, ces télévisions satellitaires constituent des espaces de libre expression, qui se caractérisent indéniablement par l'équilibre informationnel, la liberté d'expression, l'impartialité dans le traitement de l'information, la qualité des programmes et un ancrage suffisamment solide dans les nouveaux enjeux des TIC. En effet, ces médias offrent au monde des informations en temps réel, dans des domaines variés (économie, politique, santé, environnement, culture…), sans opinion politique particulière. Ils jouent un rôle d'information objective. En outre, c'est à travers ces médias télévisuels satellitaires que d'aucuns comprennent le fonctionnement de la démocratie dans le monde. Poursuivant le même but, celui d'informer le public, ces chaînes s'inscrivent dans un environnement compétitif et sont obligées de se soumettre au jeu de la concurrence qui devient un des enjeux majeurs entre ces différents supports d'expression médiatiques. Une concurrence qui se caractérise par la diffusion des produits médiatiques télévisuels pertinents : des informations de qualité, des meilleurs feuilletons et séries télévisées. Cependant, il y a lieu de s'interroger si la télévision nationale congolaise qui s'arrime à la modernité en s'inscrivant dans le bouquet satellitaire, mais restant colée à son identité d'appareil idéologique d'Etat peut-elle être au diapason de ces chaînes et parvenir à les concurrencer ? La télévision nationale congolaise, unique canal d'information audiovisuel durant des décennies représentait à l'époque du parti unique un outil politique de grande valeur. De l'indépendance aux débuts des années 1990, télé-Congo a été le seul organe audiovisuel évoluant sans véritable concurrence dans ce domaine. En effet, avant l'avènement de la libéralisation du paysage politique et médiatique au Congo, ce média avait l'identité d'appareil idéologique d'Etat au sens althusserien du terme. C'est-à-dire, un instrument de propagande au service du pouvoir politique. Faisant partie de la Radiodiffusion Télévision Congolaise (RTC), au même titre que la radio nationale, dénommée la voix de la Révolution Congolaise, la télévision congolaise avait pour principale mission la conversion des masses populaires à l'idéologie marxiste léniniste. Derrière cette conversion il y avait le culte de la personnalité des dirigeants du pouvoir. Ce média était un instrument au service du parti pour l'embrigadement des différentes couches sociales. « Le concept de l'information était remplacé par la propagande ». Comme l'affirme Célestin Diankouika, « le journaliste devait être un propagandiste des idées du parti ». Ainsi, parlant de cette télévision, Bekombo Manga note qu' « elle est considérée dès son apparition comme un instrument de propagande sur lequel se fonde l'espoir des autorités ». Disons que la télévision et la radio nationale congolaise étaient les principaux instruments du pouvoir et assumaient le rôle de courroie de transmission entre les dirigeants du parti unique, d'une part, et les populations d'autre part. C'est dans ce contexte que la majeure partie des programmes était consacrée à l'information politique. Les médias publics et/ou d'Etat jouaient le rôle de relai à l'action politique et servaient de portes voix des gouvernants. A la faveur de la libéralisation du paysage médiatique, télé-Congo se situe de nos jours dans la pléiade des chaînes inscrites sur le bouquet satellitaire, donc confrontées à la modernité ou à la démocratie et aussi à une exigence liée à la mise en œuvre du numérique. Par conséquent, elle est obligée de se soumettre au jeu de la concurrence, car partageant un même espace médiatique avec les chaînes transfrontalières, les chaînes privées locales et celles qui arrosent Brazzaville à partir de la République Démocratique du Congo. Cependant, force est de constater que, les télévisions locales africaines parmi lesquelles télé-Congo sont souvent caractérisées par la notion d'insuffisance dans plusieurs domaines. En effet, en mettant en relief les traits caractéristiques de la télévision congolaise dans une communication intitulée « Télévision émergente », présentée à l'occasion du 50ème anniversaire de la dite chaîne, le 27 novembre 2012 à Brazzaville, Ludovic Robert Miyouna l'a qualifiait de « télévision repliée sur elle-même », « télévision alimentée de manière éclectique par des programmes de circonstance », « télévision sans tableau de bord financier », « télévision de pionniers, techniquement haletante ». Dans cette même optique, l'auteur affirmait que, « télé-Congo est un monopole d'Etat et l'accent y est mis principalement sur l'information institutionnelle ». A cet égard, il y a lieu de noter que ce média télévisuel privilégie essentiellement les activités gouvernementales et celles du président de la république. De leur côté, les journalistes qui y travaillent, qui sont des fonctionnaires ne parviennent pas à s'affranchir. Ils sont obligés d'avoir une attitude identique à celle des dirigeants en reproduisant quasi aveuglement leurs discours devenant ce faisant de simples propagandistes. Cette allégeance aux acteurs institutionnels prévaut sur la libre expression, l'équilibre informationnel, la diversité d'opinion et de point de vue et l'indépendance pour garantir la transparence dans un contexte démocratique. Autant d'éléments pour caractériser cette télévision publique et/ou d'Etat héritée de l'époque monopartite, mais évoluant depuis quelques années dans un nouveau paysage télévisuel très concurrentiel. Il convient de souligner que, même après l'instauration de la démocratie au Congo, les émissions politiques et certains journalistes ont continué à subir des pressions périodiques en raison de la faiblesse de la culture démocratique au sein de la classe politique. Les partis politiques ne sont pas traités de façon équitable, car les interventions des représentants de l'opposition ne sont pas toujours bien vues par le pouvoir en place. Une mainmise politique exercée sur cet outil par les détenteurs du pouvoir qui tiennent à pérenniser leur règne. Comme le note si bien Jean Jacques Jerspers, « La télévision a un impact déterminant sur l'exercice du pouvoir ». Les dirigeants voient dans les médias, non seulement des outils de manipulation de l'opinion publique, mais aussi de promotion et de conservation du pouvoir. Ainsi, en dépit de l'élévation de la télévision congolaise sur le bouquet satellitaire, son identité est confrontée à son appartenance. Car, depuis ses débuts, cette chaîne a été essentiellement caractérisée par son statut de monopole d'Etat et son contrôle politique. Dans cette optique, Ludovic Robert Miyouna note que : «…même si la relative libéralisation des médias a connu, à ses débuts, des frémissements à la radio et télévision officielles, le domaine non contesté de l'audiovisuel, réservé à l'Etat, demeure encore sous contrôle gouvernemental » . En effet, la mission de télévision nationale congolaise est par-dessus tout réduite au soutien de la politique du gouvernement. Intérêt et enjeux sociaux de la recherche L'intérêt scientifique de ce travail tient au fait qu'il s'inscrit dans le cadre de l'ensemble des travaux de recherches sur la télévision. La spécificité de cette étude c'est qu'elle s'attache à comprendre la question identitaire de la télévision congolaise dans un contexte de concurrence médiatique. Ensuite, il faut noter que, les travaux menés au Congo jusqu'à ce jour sur la question des médias publics ou mieux de la communication médiatique s'articulent pour l'essentiel autour des thématiques qui n'intègrent pas le domaine de la télévision. C'est ce qui fait que les études sur la télévision au Congo soient encore à l'état embryonnaire. Le champ télévisuel ne semble pas intéresser un nombre croissant de chercheurs au Congo. En effet, ce déficit très remarquable prouve à suffisance que les universitaires montrent très peu d'intérêt pour ce secteur. En juillet 1984, une thèse de doctorat a été soutenue à l'université de Paris II, sur Le régime de la Radiodiffusion Télévision Congolaise (1975-1982). Sept ans plus tard, Ludovic Robert Miyouna, mène lui aussi une étude sur La télévision congolaise, dans sa thèse de doctorat d'Etat qu'il soutient à l'université de Bordeaux3. Ces travaux s'inscrivent dans les annales des premiers éléments d'observation sur la télévision au Congo. Ils inspirent et balisent la voie à d'autres réflexions particulières dans ce domaine. Ce qui nous a incité à nous engager dans ce champ d'investigation qui nous semble être encore en friche. Problématique Questionner l'identité de la télévision nationale congolaise dans un contexte de concurrence peut concerner autant d'indicateurs, notamment : les équipements techniques, le cadre juridique et réglementaire, la réception, le contenu des programmes et le discours. Il nous semble plus intéressant d'aborder cette étude sous l'angle du contenu, donc des programmes. Cette démarche pose la nécessité de définir la place de télé-Congo dans cet environnement médiatique très concurrentiel marqué par la diversité de l'offre télévisuelle. Ainsi, la question principale qui structure cette étude est la suivante : Au regard de son passé d'appareil idéologique d'Etat qui demeure vivace, peut-on à travers l'analyse des émissions politiques de cette chaine (télé-Congo) déterminer son identité réelle ? Autrement dit, compte tenu des pesanteurs politiques, la télévision nationale congolaise est-elle capable d'afficher librement son identité ? Au regard des pesanteurs économiques, techniques et culturels, la télévision congolaise peut-elle atteindre l'objectif de concurrencer d'une part les télévisions locales et transfrontalières et d'autre part les chaînes satellitaires? A ce double questionnement, nous formulons les hypothèses suivantes : -L'influence de l'environnement sociopolitique a un impact sur l'identité de télé-Congo. -Au plan politique, ce média reste encore tributaire de son identité d'appareil idéologique d'Etat. Cette mainmise politique inscrit cette chaine dans le registre de la paléo-télévision en dépit de quelques artifices liés à la modernité. -Au plan économique, télé-Congo manque de « tableau de bord financier ». Le faible budget alloué à cette chaîne ne lui permet pas d'envoyer les correspondants sur l'ensemble du territoire national et à l'échelle internationale, pour être à la pointe de l'actualité afin d'informer le public en temps réel. -Au plan technique, elle ne suit pas l'évolution en termes de matériel. Télé-Congo accuse un retard énorme sur les équipements techniques et l'usage des technologies. Ceci est lié au manque de moyen financier. -Au plan culturel, on déplore le manque de culture générale des journalistes et animateurs d'émissions spécialisées. Manque de maîtrise de la langue de travail (le française). Corpus Une recherche axée sur la réception ou l'analyse du contenu classique des produits télévisuels nous offre un avantage indéniable. Celui de pouvoir délimiter l'objet de notre étude pour échapper à une difficulté bien connue, le problème de la « clôture impossible » . Car, il n'est pas facile de décrypter l'ensemble des programmes de télé-Congo compte tenu de la diversité de ceux-ci et des changements qui peuvent s'opérer dans le contenu des programmes en rapport avec d'éventuelles modifications de la grille. Par conséquent, nous allons nous intéresser particulièrement au contenu des émissions politiques suivantes : Magazine 7, Odyssée de la démocratie, Symbiose et 13,14. Cent émissions seront analysées, soit 25 numéros par types d'émissions. Question de voir si le contenu proposé par télé-Congo correspond aux discours et missions assignées par les textes juridiques et réglementaires qui fondent son existence. Dans la recherche de cette identité, nous procéderons également à l'analyse des indicateurs méta-discursifs, notamment : les génériques et l'habillage de l'antenne. Méthodologie Notre travail se veut interdisciplinaire, car se situant au confluent de la sociologie et de la communication. Le concept d'identité est à la fois englobant et polysémique, et donne lieu à une diversité d'interprétations dans le champ des sciences sociales. En effet, c'est à travers l'analyse du contenu produit dans les émissions politiques de la télévision congolaise et des indicateurs méta-discursifs susmentionnés que nous envisageons de rechercher l'identité de cette chaîne. Et voir si l'orientation discursive de ce média lui permet de concurrencer d'une part les chaînes locales et d'autre part les chaines satellitaires. Pour atteindre cet objectif, nous aurons recours à plusieurs techniques de recherche. Nous effectuerons de prime abord l'exploitation documentaire (ouvrages, thèses et articles scientifiques). En second lieu, un questionnaire sera administré aux téléspectateurs, pour mieux cerner l'étendue de la question. L'enquête concerne les téléspectateurs vivant à Brazzaville et Pointe Noire, notre champ d'investigation. Notre échantillon va être composé d'une centaine d'interviewés. Cadrage théorique Les travaux de Mattelart, Mattelart et Delcourt sur les théories de l'état dans l'analyse des médias, la dynamique du dedans et du dehors (Georges BALANDIER) et de Miyouna Ludovic serviront d'assise théorique.

  • Titre traduit

    The identity of Congolese television in the new television landscape in Congo (1991-2016).


  • Résumé

    Context of the topic The internationalization of television channels with the advent of satellite in the 1980s has given rise to a new media universe allowing fair reception of television products on a global scale. The long-standing imbalance in the unidirectional circulation of global information flows (from North to South) is broken. In other words, the circulation of television products becomes universal. In terms of identity, these satellite televisions constitute spaces for free expression, which are undoubtedly characterized by information balance, freedom of expression, impartiality in information processing, quality of programs and a sufficient anchorage in the new challenges of ICT. Indeed, these media offer the world real-time information, in various fields (economy, politics, health, environment, culture ...), without any particular political opinion. They play an objective information role. Moreover, it is through these satellite television media that some understand the functioning of democracy in the world. In pursuit of the same goal, that of informing the public, these channels are in a competitive environment and are obliged to submit to the competition which becomes one of the major stakes between these different media of expression. Competition is characterized by the dissemination of relevant television media products: quality information, best soap operas and television series. However, we need to ask ourselves whether the Congolese national television, which is sticking to modernity by subscribing to the satellite package but remaining clinging to its identity as a state ideological apparatus, can be in tune of these channels and to compete with them? Congolese national television, the only audiovisual information channel for decades, represented a valuable political tool in the era of the single party. From independence to the early 1990s, Tele-Congo was the only audiovisual body evolving without real competition in this field. Indeed, before the liberalization of the political and media landscape in Congo, this media had the identity of ideological apparatus of state in the Althusserian meaning of the term. That is to say, an instrument of propaganda in the service of political power. As part of the Congolese Television Broadcasting (CBC), along with national radio, called the Congolese Revolution, Congolese television had as its main mission the conversion of the popular masses to the Leninist Marxist ideology. Behind this conversion there was the cult of the personality of the leaders of power. This medium was an instrument in the service of the party for the recruitment of the different social strata. "The concept of information was replaced by propaganda". As Célestin Diankouika asserts, "the journalist must be a propagandist of the party's ideas." Thus, speaking of this television, Bekombo Manga notes that "it is considered from its appearance as an instrument of propaganda on which the hope of the authorities is based". Let us say that Congolese national television and radio were the main instruments of power and assumed the role of a transmission link between the leaders of the single party and the people on the other. It was in this context that most of the programs were devoted to political information. Public and / or state media played the role of relay to political action and served as the voice of the rulers. Thanks to the liberalization of the media landscape, Tele-Congo is todayadays in the pleiad of chains inscribed on the satellite package, thus confronted with modernity or democracy and also a requirement linked to the implementation of the digital. Consequently, it is obliged to submit to the competition, because sharing the same media space with the cross-border channels, local private channels and watering Brazzaville from the Democratic Republic of Congo. However, it must be noted that local African televisions, among which Tele-Congo are often characterized by the notion of inadequacy in several areas. Indeed, in highlighting the characteristic features of Congolese television in a communication entitled "Emerging television", presented on the occasion of the 50th anniversary of the channel, on 27 November 2012 in Brazzaville, Ludovic Robert Miyouna described it , "television fueled by ad hoc programs", "television without a financial dashboard", "pioneering television, technically panting".