« Le Vol nuptial de la reine des abeilles et de Mélisande » Poétique de la nature dans l’œuvre de Maurice Maeterlinck

par Mathilde Regent

Thèse de doctorat en Littératures française et francophone

Sous la direction de Henri Scepi.

Thèses en préparation à Paris 3 , dans le cadre de École doctorale Littérature française et comparée (Paris) , en partenariat avec Centre de Recherche sur les Poétiques du XIXe siècle (Paris) (laboratoire) depuis le 10-11-2017 .


  • Résumé

    Ce travail propose de retracer la cohérence d’une pensée de la Nature développée dans l’ensemble de l’œuvre de Maeterlinck, tous genres confondus ; d’observer les choix poétiques et dramaturgiques qui en découlent ; et d’examiner l’intérêt de relire certains questionnements esthétiques et éthiques à la lumière du discours naturaliste ou entomologiste de l’auteur. Parce qu’elle engage une pensée de la loi et de l’intentionnalité, mais aussi des modes d’inscription d’un être dans un milieu, une collectivité, et une temporalité évolutive, la réflexion sur la Nature et sur l’évolution, dans les différentes théorisations auxquelles elle donne lieu au XIXe siècle, implique un changement de perspective, et un usage distancié de l’anthropomorphisme, qui s’accompagne en retour d’une saisie transindividuelle des processus humains. Elle implique une redéfinition de l’instinct, qui fait écho à celles que proposent les champs entomologiste, mais aussi médical et juridique, qui conduit à repenser les notions de justice et de responsabilité. Elle est ainsi au cœur d’une nouvelle dramaturgie qui entend représenter non les actions des hommes, mais les « gestes inconscients de l’être » (M. Maeterlinck). Cette réflexion se traduit à la fois par une poétique de l’idée évolutive dont témoignent les essais, et par différentes expérimentations lyriques et dramaturgiques : réévaluation des relations entre le personnage et son milieu dans le discours et la pratique dramaturgiques, mais aussi dans l’écriture des Serres Chaudes, jeu de perspectives et « mélodrames discontinus » (P. McGuinness) du premier théâtre, féeries plus tardives qui figurent sur scène une idéale congruence entre les lois de la Nature et les lois morales humaines. L’ambivalence de cet idéal est à l’origine d’une poétique de l’indétermination, mais aussi de l’ambiguïté et de la suggestion morale.

  • Titre traduit

    « The Wedding flight of Melisande and the Queen Bee » : maeterlinck’s Poetics of nature


  • Résumé

    This study traces Maeterlinck's reflections on Nature throughout his complete corpus. It explores the poetic and dramaturgical choices that result from it and aims to shed light on Maeterlinck’s aesthetic and ethical questioning from this perspective. Forming an idea of nature engages a redefinition of law and intentionality, but also an exploration of the way natural beings inhabit their environment, interact with the collectivity they are part of, and occupy a specific position within the course of natural evolution. This reflection implies a change in our appraisal of the relation between man and his environment, that results in a distanced use of anthropomorphism, and an attempt to grasp human processes at a transindividual level. It also results in a renewed understanding of instinct, echoed in the contemporary entomological, medical and legal fields, and a re-evaluation of our ideas of justice and responsibility. Maeterlinck’s dramaturgy thus aims at representing the “unconscious gestures of being” instead of the actions of men (M. Maeterlinck). This reflection is expressed at a poetical, lyrical and dramaturgical level. The essays experiment various means of translating evolving ideas into writing, whereas a unique underlying gesture unifies other parts of the corpus: the attempt to show a new kind of inscription of man within nature. It accounts for the renewed relations between human being and its environment in the “first theatre” and Serres Chaudes, plays of perspective and “discontinuous melodramas” (P. McGuinness) in the early theatre, or the fantasy dramaturgy at work in the late theatre: the late “féeries” showcase an ideal congruence between the laws of Nature and human moral laws. This ambivalent ideal results in a poetic use of indeterminacy, but also ambiguity and moral suggestion.