La gouvernance de l'eau comme « bien commun privé » : proposition d'une heuristique et d'une méthode d'analyse de la valeur créée

par Sarah Pelleray

Projet de thèse en Sciences économiques

Sous la direction de Virgile Chassagnon.

Thèses en préparation à Grenoble Alpes , dans le cadre de École doctorale sciences économiques (Grenoble) , en partenariat avec Centre de Recherche en Economie de Grenoble (laboratoire) depuis le 01-09-2016 .


  • Résumé

    Comment mesurer l'empreinte économique d'un service d'eau en Ile-de-France ? Un service public d'eau doit principalement rendre l'eau potable et accessible. La littérature a démontré, dans les pays émergents, la corrélation entre la qualité d'un service d'eau et le développement économique. La mauvaise qualité du service d'eau engendre des pertes économiques. Les études de Water and Sanitation Program (WSP) montrent que le dysfonctionnement du service d'eau et d'assainissement impacte négativement l'économie. Par exemple, le Niger perd 2,4% de son PIB national. En revanche, l'amélioration des services apportés entraine des bénéfices. Le travail Global cost-benefit analysis of water supply and sanitation interventions (Hutton, Haller, Bartram, Journal of Water and Health, 2007) chiffre les coûts et les bénéfices économiques d'un degré d'intervention visant à l'amélioration de l'accès à l'eau et à l'assainissement. Les bénéfices les plus importants sont liés au temps gagné grâce à la facilité d'accès et aux maladies évitées grâce à une eau saine. Les auteurs démontrent que l'amélioration de la qualité du service rapporte plus que le coût des travaux. Néanmoins, un service d'eau nécessite des investissements lourds sur de longues durées qui constituent un frein au développement de ces services. Les pays développés ne connaissent pas ces problématiques. Cependant, les consommateurs attendent tout de même une évolution du service comme l'amélioration du confort, qui peut aussi engendrer des bénéfices. Prenons l'exemple de la mise en place d'un système de décarbonatation dans les usines de traitement d'eau pour réduire le calcaire. L'eau plus douce améliore le confort physique des usagers et réduit les pertes économiques liées au calcaire comme la réduction de la durée de vie des appareils électroménagers, la surconsommation d'énergie, les émissions de CO2 et la consommation d'eau en bouteille. Le gain économique de la décarbonatation peut atteindre jusqu'à 15% du prix de l'eau. La comparaison avec la situation des pays émergents permet de penser que les services rendus par le service de l'eau et les bénéfices économiques apportés à un territoire sont considérables. Toutefois, le prix du service de l'eau sur les territoires des pays développés est parfois considéré par les usagers comme étant trop élevé. Qu'en est-il vraiment ? La communication des médias en France auprès du grand public revient régulièrement sur le prix de l'eau, le plus souvent pour en dénoncer le niveau qui serait excessif, mais rarement pour vanter les mérites de ce service, et jamais pour en faire valoir la valeur. Depuis que les systèmes modernes de distribution d'eau se sont développés, le prix en a été évalué pour assurer la bonne gestion du service selon le principe de « l'eau paie l'eau ». Par contre ce service et ses performances sont devenus tellement courants, dans les pays développés, que sa valeur pour les consommateurs n'est plus un sujet. En outre l'évaluation économique de cette valeur n'est pas simple à définir. Le premier enjeu de cette thèse est de comprendre la perception de l'eau en France. Les trois principaux référentiels sont : le prix de l'eau, la valeur perçue par les consommateurs et la valeur réelle. Cette dernière constitue un élément clé, elle est objective et représente les bénéfices directs et cachés d'un service apporté. Il s'agit plus précisément de l'empreinte économique que l'on définit comme un critère mesurable monétairement de durabilité des services apportés à un territoire. Son analyse est un moyen d'objectiver les bénéfices du service actuel et des services futurs, en développant une méthodologie permettant de déterminer la valeur des services rendus par les services d'eau des plus traditionnels aux plus innovants. Quelques économistes se sont intéressés à la monétarisation des services d'eau. Les ouvrages Valorisations des usages de l'eau (Amigues, Bonnieux, Le Goffe, Point, 1995), Determining the economic value of water: concepts and methods (Young, 2005), fournissent un aperçu théorique des évaluations des bénéfices liés à l'eau. Il n'existe pas aujourd'hui une évaluation complète de la valeur de l'eau sur un territoire donné d'un pays développé. Après avoir calculé l'empreinte économique, le deuxième enjeu sera d'en comprendre l'origine. En effet, le service de l'eau constitue une action collective sous-jacente, pouvant constituer de réelles avancées vers un nouveau modèle de création de valeur et peut être dans ce cas « un bien commun privé au service de la société » (Chassagnon, 2015). Cela nous amène vers cette double question de recherche : Un service d'eau de qualité est-il le résultat ou le moteur d'un développement économique ? Peut-on alors l'appréhender comme une activité intégrée dans l'environnement économique ?

  • Titre traduit

    The governance of water as " private common good " : proposal for a heuristic approach and for a method of analysis of the created value


  • Résumé

    How to measure the economic footprint of a public drinking water service in the greater Paris area? Water utilities managers must provide safe drinking water and make it accessible to all. The literature demonstrated in emerging countries the correlation between the quality of water service and economic development. A poor quality of service causes economic losses. Water and Sanitation Program (WSP) studies revealed that the malfunctioning of drinking water and sanitation services has a negative economic impact. For instance, Niger loses 2.4% of its national GDP. However, the improvement of water services brings benefits. Costs and economic benefits of a range of interventions to improve access to water supply and sanitation facilities in the developing world can be measured as demonstrated in the research paper “Global cost-benefit analysis of water supply and sanitation interventions” (Hutton, Haller, Bartram, Journal of Water and Health, 2007). The main contributor to economic benefits is time savings thanks to a better access to water and avoided waterborne diseases due to safe water. The authors demonstrate that improvements in the quality of service are more profitable than costs of the works. That stated, the functioning of drinking water service demands heavy investments on a long-term period which is an obstacle to the development of these services. Such issues do not concern developed countries. However, consumers still expect an evolution from water services like improved comfort which may generate benefits as well. Water hardness is the perfect example; it heavily impacts users comfort. Indeed, limestone has a negative effect on physical comfort (skin and hair dryness) and economic comfort (reduction of home appliance's lifetime, overconsumption of energy and higher Co2 emissions, mineral water consumption etc.).Decarbonatation would allow economic gains as high as 15% of water price. The comparison with developing countries leads to think that the services provided to water supplies and the economic benefits brought to a territory are significant. Nevertheless, cost of water in developed countries is sometimes viewed as too high by the consumers. What is the reality? The communication of the French media to the public on price of water is a recurrent theme. The aim is to denounce its excessive price but rarely to boast about the merits of this service and never for claiming the value delivered. On one hand, since the development of modern water utilities, the price has been assessed to ensure proper management of the service according to the following principle: “water-pays-for-water”. On the other hand, service performance has become so common in developed countries that value for the users is not an issue. Furthermore, the economic assessment of this value is not easy to define. The first challenge is to understand the perception of water in France. The three major lines are: the price of water, the perceived value and the real value. This latter is a key element, it is objective and includes the direct and hidden benefits of provided services. More specifically, it describes the economic footprint which is defined like a monetarily quantifiable criterion of sustainability of provided services to territory. Its analysis/assessment aims to objectify the benefits of actual service and future services by developing a methodology for establishing the value of provided services by water supplies from the most traditional to the most innovative. Some economists focused on the monetization of water services. The books Valorisations des usages de l'eau (Amigues, Bonnieux, Le Goffe, Point, 1995) and Determining the economic value of water: concepts and methods (Young, 2005), provide a theoretical overview of valuations benefits related to water. Besides, today there is no full assessment of value of water on a given territory in developed countries. Behind the calculation of the economic footprint, the second challenge will be to understand its origin. Indeed, drinking water service results of an underlying collective action, it meets the definition of a capitalist firm which may constitute some real progress towards a new model of economic value creation and in this case may be “private common good to serve society” (Chassagnon, 2015). That leads to this research dual issue: Does drinking water service is the result or motor of an economic development? Can one consider it like an activity integrated into the economic environment?