Chatila à la croisée des chemins : guerres, mémoires et urbanités dans un camp de réfugiés palestiniens au Liban

par Caroline Abou Zaki

Projet de thèse en Anthropologie


Sous la direction de Michel Agier.

Thèses en préparation à Paris, EHESS , dans le cadre de Ecole doctorale de l'Ecole des hautes études en sciences sociales ED 286 depuis le 16-10-2008 .


  • Résumé

    Le nom du camp de réfugiés palestiniens de Chatila évoque d’emblée les massacres de Sabra et Chatila, perpétrés en 1982 par des miliciens libanais avec l’aide de l’armée israélienne. Ces événements ont depuis produit un ensemble de représentations et d’images sur ce camp situé dans la banlieue sud de Beyrouth. Les massacres monopolisent l’histoire et l’expérience des quinze années de guerre au Liban (1975-1990) des Palestiniens à Chatila, au moment même où d’autres épisodes sont rarement voire jamais évoqués. La Guerre des Camps (1985-1987) a ainsi également marqué la vie du camp et en constitue une mémoire encore vive. Menée par la milice libanaise du Mouvement Amal, avec l’appui du régime syrien, cette guerre bouleverse la structure sociale et politique du camp, de même que les parcours individuels et familiaux. Elle est immédiatement suivie d’une bataille interne palestinienne (1988) entre le Fatah et le Fatah-Intifada. Les factions palestiniennes prosyriennes prennent le contrôle du camp, à l’heure où le Liban passe sous la tutelle de Damas. Cette thèse propose de revenir sur l’histoire de guerres à Chatila en l’inscrivant dans celle plus large du camp, depuis sa fondation en 1949 jusqu’à nos jours. À partir d’une variation des échelles d’analyse, il s’agit de mieux comprendre comment des événements marquants de l’histoire palestinienne et libanaise se sont déclinés et articulés à la vie du camp et y ont résonné. La recherche interroge les recompositions sociopolitiques et urbaines, les parcours individuels et familiaux, ainsi que les traces et les usages du passé à la lumière de l’histoire de Chatila. Elle s’appuie sur un travail de terrain mené entre 2003 et 2011 ainsi que sur ma relation sur un temps long avec la famille Masri, dont les membres sont présents tout au long de la thèse. Elle se fonde également sur un travail sur les archives de l’UNWRA. La réflexion s’est développée au sein du champ de recherches de l’anthropologie politique et urbaine et de la socio-anthropologie de la mémoire.

  • Titre traduit

    Shatila at the crossroads : wars, memories and urbanities in a Palestinian refugee camp in Lebanon


  • Résumé

    The name of Shatila Palestinian refugee camp immediately evokes the 1982 massacres of Sabra and Shatila, which were committed by Lebanese militiamen with the support of the Israeli army. These events have produced many representations and images of this camp that is located in the southern suburb of Beirut. The history and experience of the Palestinians in Shatila have been monopolized by the massacres, which has overshadowed other episodes. Indeed, the War of the Camps (1985-1987) has also marked the life of the camp, and still is a vivid memory. Launched by the Amal Movement militia, with the Syrian regime support, this war has disrupted the social and political structure of the camp, as well as the individual and familial life courses. It was immediately followed by an internal Palestinian battle (1988) opposing Fatah to pro-Syrian Fatah-Intifada. The pro-Syrian Palestinian factions took then the control of the camp as Lebanon fell under the Syrian regime tutelage. This thesis revisits the history of wars in Shatila, and inscribes it in the broader history of the camp, from its foundation in 1949 to nowadays. Using different analytical scales, it aims to better understand how striking events of the Palestinian and Lebanese history impacted and were echoed in the camp life. My research examines the social, political and urban transformation, individual and familial courses and the traces, as well as uses of the past in light of the history of Shatila. The research is based on ethnographical fieldwork in Shatila conducted between 2003 and 2011 and on my long-term relation with the Masri family, whose members will be referred to throughout the thesis. It is also based on the archives of UNRWA. The analysis is part of the field of political and urban anthropology, and of memory in anthropology and sociology.