Le Motif de l'Événement : le rapport entre événement, structure et histoire dans la philosophie française contemporaine à partir de Michel Foucault

par Gabriela Menezes Jaquet

Projet de thèse en Philosophie

Sous la direction de Guillaume Le blanc.

Thèses en préparation à Paris Est , dans le cadre de CS - Cultures et Sociétés , en partenariat avec Lettres, Idées, Savoirs (Créteil) (laboratoire) depuis le 01-11-2017 .


  • Résumé

    Prenant pour fil conducteur le concept d'événement, cette recherche vise à mettre en relief le geste structural de la philosophie de Michel Foucault en examinant la tension résultante de la place de la phénoménologie chez le philosophe, en faisant de ses textes un usage « symptomale ». Cette stratification textuelle de la méthode symptomale nous amenera à la tentative d'invertir la relation classique de la présentation visible versus la représentation-énonçable afin d'accentuer une lecture-présentation versus perception-représentation – en gardant l'irréductibilité de la lecture et renvoyant ainsi aux enseignements de la notion même de positivités de la méthode archéologique, qui aboutira dans une analyse des singularités latentes de l'oeuvre. La tension avec la phénoménologie sera étudiée par ce qu'on appelera « motif de l'événement », concept à être établi en foction de deux axes : historicité et subjectivité. De ce fait, notre problème de recherche enquêtera : est-il possible de faire de l'événement un outil d'analyse – un motif – pour la compréhension de la tension existente avec la phénoménologie dans l'oeuvre foucaldienne ? A partir de l'entrecroisement des axes mentionnés, nos objectifs généraux seront : 1) vérifier si la thèse structuraliste de Foucault des années 1960 pourrait servir de grille d'analyse pour ses travaux des années 1980 et quelle serait la spécificité de ceux-ci pour une nouvelle théorie du sujet, tout en articulant le noeud spécifique entre sujet et événement sur la base d'une « permanence de l'archéologie » ; 2) complexifier les polarisations réductrices que le courant structuraliste a converties en inhérentes dans le débat avec la phénoménologie afin de reconstruir ce que le philosophe répresentait par phénoménologie quand il lui faisait la critique ; 3) examiner la conceptualisation de l'événement par la phénoménologie actuellement : enquêter s'il serait possible de penser l'événement tout en demeurant dans une phénoménalité qui pourtant ne passe pas par une analytique de l'existence mais plutôt se concentre sur une contingence (pas subordonnée à l'être). Ainsi, nos objectifs spécifiques seront : 1) analyser si et comment les hypothèses du philosophe sur le sujet se sont réellement distinguées de celles de la phénoménologie – l'archéologie comprend-elle mieux l'irreductibilité événementielle ? L'événement ouvre-t-il un autre paradigme pour le sujet ?; 2) En plaçant notre propos au-delà d'un dualisme qui éloignerait l'explication diachronique de l'événement (le singulier) de la description synchronique de la structuture (la permanence), nous essayerons de complexifier cette polarisation en proposant, à partir de Foucault, l'hypothèse d'une reformulation : le caractère singulier de la structure en tant qu'événement. La généralité de la structure ne s'opposant plus à la contingence radicale de l'événement, mais permettant justement sa visualisation, nous possibilitera de préciser notre hypothèse conceptuelle sur le « motif de l'évenement », celui entendu comme outil de lecture pour l'entrecroisement théorique des textes ; 3) étudier spécifiquement comment l'événement fonctionne chez Foucault dans son rapport à l'histoire. Penser l'événement impliquerait-il comprendre une notion d'histoire qui nous amenerait au-délà du transcendental, mais aussi au-delà de l'empirique ? Cette question vise également à comprendre si l'historisation de l'a priori kantien et husserlien parvient à maintenir l'analyse dans l'imanence. Nous envisagerons l'événement comme troisième voie de/pour cette histoire, c'est-à-dire, après le positivisme de la connaissance historique et après l'historialité heideggerienne de l'être. Nous demanderons ainsi s'il y aurait conflit ou coïncidence entre cette troisième voie et l'épistémè « post-humaniste ».

  • Titre traduit

    The Motif of the Event: the relation between event, structure and history in contemporary french philosophy through Michel Foucault


  • Résumé

    By taking the concept of event as its main focus, the present research project seeks to emphasize the structuralist proposal in Michel Foucault's philosophy through the application of a “symptomal” reading of his texts. Given the field of French foucauldian studies and of structural analysis as it is currently developed in France, we aim to concentrate on the tension resulting from the place phenomenology holds in the philosopher's thought. The symptomal method leads us to attempt an inversion of the classical relationship between presentation-visible versus representation-uttterable in favor the one between reading-presentation versus perception-representation. We defend the irreducibility of reading by referring to the lessons on positivities in the archeological method and culminating in the analysis of the singularities that are latent in Foucault's work. This tension with phenomenology is analysed by means of what we call the “motif of the event”, a concept to be established according to two axes: historicity and subjectivity. As such, our research problem inquires as to whether it is possible to make the event into an analytic instrument – a motif – by which to understand the tension that exists with phenomenology in his work. By aiming to bind the aforementioned axes around the event, our geral objectives are: 1) verify whether Foucault's structuralist thesis of the 1960s might serve as an analytical framework for his works of the 1980s and what the specificity of the latter would be for a new theory of subject, thus articulating the specific nexus between subject and event on the basis of a “permanence of the archeology”; 2) complexify the reductionist polarizations that have become inherent to a part of the structuralist current in the debate with phenomenology (the charaterization of phenomenology as a-historical, of the egological subject as “simply” solipcistic, of sense as a non-operational ideality, or of the transcendental shut in its aprioristic formalism) in order to reconstruct what the philosopher represented as phenomenology when he mounted his critique of it; 3) examine the conceptualization of the event by current phenomenology, i.e., investigating whether it would be possible to think the event as remaining within a phenomenality that, nonetheless, would bypass an analytic of existence in order to concentrate on contingency (non-subordinated to Being). Our specific objectives are thus: 1) analize whether the philosopher's hypotheses on the subject really can be distinguished from phenomenology's – would an archeology better understand evental irreducibility? How does the event open another paradigm for the subject? 2) In continuity with current French research on structural analysis and situating our proposal beyond the dualism that would distance diachronic explication of event from synchronic description of structure, we seek to complexify such polarization by proposing, by means of Foucault, the hypothesis of a reformulation: the singular character of structure as event. The generality of structure, without being opposed to the radical contingency of the event, but indeed allowing for its visualization, would enable us to specify our conceptual hypothesis on the “motif of the event”, the latter understood as a reading instrument for the theoretical dovetailing of the texts studied; 3) study specifically how the event works in Foucault, given that his philosophical approach was entirely built in relation to history: thinking the event implies understanding the notion of history that can lead us beyond the transcendental – if the historicization of the Kantian and Husserlian a priori manages to keep the analysis within imanence – but also beyond the empirical? Hypothesis: the event as a third path of/to this history, after the positivism of historical knowledge and after the Heideggerian historicality of Being. We thus inquire as to whether there is confrontation or coincidence between this third way and the “post-humanist” épistémè.