L'exploration de l'événement dans les oeuvres de Mohsin Hamid, Hari Kunzru et Nadeem Aslam

par Maëlle Jeanniard Du Dot

Projet de thèse en Etudes anglophones

Sous la direction de Marie Mianowski et de Bhaduri Saugata.

Thèses en préparation à Grenoble Alpes en cotutelle avec Jawaharlal Nehru University , dans le cadre de École doctorale langues, littératures et sciences humaines (Grenoble) , en partenariat avec Institut des Langues et des Cultures d'Europe, d'Amérique, d'Afrique, d'Asie et d'Australie (laboratoire) depuis le 02-10-2017 .


  • Résumé

    Dans un article du quotidien anglais The Guardian, Nadeem Aslam, écrivain pakistanais, écrivait récemment: « Transport¬ing a real event into a novel is patient work, like moving a lake from one place to another with a teaspoon.» (Aslam, 2017). Transporter l'événement-catastrophe dans la fiction, c'est d'abord le situer dans le monde; un monde où ces auteur issus de la diaspora du sous-continent indien se trouvent confrontés aux dichotomies qui le régissent parfois (l'Est et l'Ouest; « nous » et « eux » ; le bien et le mal...). Comment appréhender la catastrophe à laquelle une nation fait face, et quel sens donner à l'intention et l'engagement alors même que l'identité du sujet diasporique ne saurait être figée? Lorsque l'événement-catastrophe menace un système de valeurs, comment le sujet diasporique peut-il prendre position? Qu'il s'agisse des écrivains ou de leurs personnages, la question de l'engagement par rapport à l'événement et aux discours qui le concernent est complexe. Pour Françoise Král, ces interrogations politiques et éthiques reposent en réalité sur l'ancrage presque impossible de l'émigré dans l'espace mondialisé, et en premier lieu dans les valeurs du pays d'accueil: « One of the key aspects (...) [of diasporic subjects] is their redefinition as political and ethical subjects in the host country away from the community they were born into, when confronted with other values and political systems. » (Kral, 2009, 101). En tenant compte de la dimension intrinsèquement éthique de toute réflexion sur l'événement, ce projet s'attachera ainsi à étudier comment l'événement est représenté dans l'œuvre de ces écrivains. Que l'événement prenne dans ces récits la forme d'une catastrophe terroriste, d'un virus informatique ou d'une attaque nationaliste contre des migrants, le moment de son déclenchement n'est pas seulement un moment inscrit dans le temps linéaire, mais aussi un lieu d'émergence, un « hyper-lieu » (Lussault, 2017). L'événement n'est pas seulement une future trace à valeur de mémoire mais également une occasion de revisiter le réel dans ce qu'il a de plus contemporain et d'interroger nos rapports à un monde en mutation à travers le prisme du sujet diasporique. Incorporant subtilement des inspirations du réalisme magique et du roman d'anticipation, tout autant que des eschatologies et mythologies de l'occident comme du sous-continent, ces récits ne sont pas composés d'événements mais bien composés dans l'événement, cherchant la voix de la fiction dans la cacophonie de la catastrophe contemporaine. En donnant à voir, à entendre ou peut-être à sentir l'événement, ces œuvres interrogent la possibilité d'en dessiner les contours, ou comme l'affirme le narrateur de Transmission (Kunzru, 2004), les limites (« At the boundaries of any complex event, unity starts to break down » Kunzru, 2004, 156.) L'événement fait l'objet d'une négociation, d'un investissement semblable à l'élaboration d'une carte: aux frontières de l'entendement, il est aussi une frontière dans ce qu'il a de menaçant, de perméable et de discutable tout à fois. Dans ses Patries Imaginaires, Salman Rushdie déclarait: « The migrant suspects reality (...). To see things plainly, you have to cross a frontier.» (Rushdie, 1991). Au travers d'œuvres qui s'attachent à redéfinir les rapports du sujet diasporique au monde, ce projet cherchera ainsi à explorer les modes de représentation de l'événement sur, autour de et au-delà des frontières.

  • Titre traduit

    Exploring the event in selected works by Mohsin Hamid, Hari Kunzru and Nadeem Aslam


  • Résumé

    In a recent article for The Guardian, Nadeem Aslam wrote: "Transport¬ing a real event into a novel is patient work, like moving a lake from one place to another with a teaspoon" (Aslam, 2017). For each of these three writers, transporting the event into the realm of fiction means first and foremost locating it in the world, a world in which expatriates are all the more confronted to recurring dichotomies (East and West; "us" et "them"; good and evil...). How can a catastrophe be approached in the context of a specific nation? What can intention and commitment towards the event mean in such a context and particularly so for the diasporic subject, whose identity cannot be bounded strictly? Positioning seems highly problematic for the diasporic subject when the event - understood as a catastrophe - threatens a whole system of values. Whether it concerns the writers themselves or their characters, the question of commitment in relation to the event and to the discourses surrounding it remains a complex one. Françoise Král considers that these political and ethical interrogations stem from the almost impossible integration of migrants in a globalized world, and more specifically as regards the values of the country of adoption: « One of the key aspects (...) [of diasporic subjects] is their redefinition as political and ethical subjects in the host country away from the community they were born into, when confronted with other values and political systems. » (Kral, 2009, 101). Taking into account the fundamentally ethical dimension that any reflexion on the event entails, this project will be dedicated to analysing how the event is represented in works of fiction by these three writers. Whether the event takes the form of a terrorist attack, a computer virus or a nationalist attack against migrants, the moment when it is triggered is not only a moment in a linear form of time, but it is also a place of emergence, a "hyper-place" ("hyper-lieu", Lussault, 2017). The event is not only a future trace one would use for the sake of memory, but it is also an occasion to engage into an exploration of reality in its most contemporary aspects, and to question our relation to a changing world through the lens of the diasporic subject. By subtly calling upon magical realism and anticipation novels, as well as eschatologies and mythologies from both the West and the subcontinent, these narratives are not made of events but made from a vantage point, inside the event. The event can be heard, seen, even felt perhaps, and the narratives question the possibility of drawing its contours, or, as the narrator from Transmission suggests (Kunzru, 2004), its boundaries (« At the boundaries of any complex event, unity starts to break down » Kunzru, 2004, 156.) The event is subject to a semantic negotiation, one which is similar to the making of a map: it stands at the borders of our understanding, and it also shares characteristics with the border whenever it appears to be threatening, alterable and debatable all at once. In Imaginary Homelands, Salman Rushdie wrote: "The migrant suspects reality (...). To see things plainly, you have to cross a frontier." (Rushdie, 1991) Focusing on narratives which redefine the diasporic subject in a globalized context, this project aims at exploring the manifold modes of representation of the event, be they on, around or beyond such frontiers.