Corps enfermé et déviance : formes et significations de la prison dans l'œuvre narrative de Goliarda Sapienza

par Mara Capraro

Projet de thèse en Etudes italiennes

Sous la direction de Enzo Neppi et de Catherine Mariette-Clot.

Thèses en préparation à l'Université Grenoble Alpes , dans le cadre de Langues, Littératures et Sciences Humaines , en partenariat avec Laboratoire Universitaire Histoire Culture(s) Italie Europe (laboratoire) depuis le 15-09-2017 .


  • Résumé

    Mon projet de recherche se propose une analyse stylistique et thématique de la prison dans les romans L'Art de la joie, L'Université de Rebibbia et Les Certitudes du doute de l'écrivaine italienne Goliarda Sapienza (1924-1996), avec une attention particulière accordée à l'étude du corps déviant et enfermé qui sera sondé par le biais des outils de la pragmatique du discours et de la sociologie. En effet, l'objectif de ma recherche sera de mettre en relief l'importance de l'expérience pénitentiaire en tant que porteuse d'une révolution esthétique qui caractérise la deuxième phase « expressive-interactive » de l'écriture de Sapienza et de l'émergence d'une nouvelle poétique du corps – et, plus particulièrement, du non verbal – où les notions d'enfermement et de déviance jouent un rôle fondamental. Dès lors, ma recherche vise à mettre en lumière de quelle manière et dans quelle mesure la prison représente simultanément, pour l'écrivaine, l' « institution disciplinaire » par excellence permettant de prendre conscience de la puissance normative de notre société et le lieu où le reclus, étant privé de tous les attributs matériels et virtuels qu'il possédait auparavant, cherche à se reconstruire dans son rapport avec autrui par le biais du seul élément dont il n'est pas dépourvu : son corps. Ces deux aspects sont à la base d'une double tension dialectique – qui est au cœur de mon travail de recherche – oscillant entre une forme de répulsion envers la prison en tant que miroir du social et la recherche paradoxale de la liberté – conçue principalement comme liberté d'être soi-même et de se dépouiller de tout masque social – à l'intérieur d'un micro-cosme déviant qui se fonde sur des différents mécanismes interactionnels et, en particulier, sur ce que Sapienza appelle « le langage premier du corps ». C'est pourquoi, après une partie de contextualisation de ces œuvres dans le panorama vaste et complexe des écrits de la prison et une définition des spécificités stylistiques et narratives de celles-ci au sein de la production narrative de l'écrivaine, dans la deuxième partie de ma thèse je me focaliserai sur trois macro-thématiques qui englobent les aspects les plus importants de ma problématique. J'observerai, d'abord, la question des rapports individu-société et norme-déviance à travers une focalisation sur les mécanismes de normalisation et sur ce que Foucault appelle « les techniques politiques du corps » ; je traiterai, dans un deuxième temps, la fonction expressive et communicative du corps par le biais d'une analyse des marqueurs paraverbal, mimo-kinésique et proxémique ; enfin, en me fondant sur des outils sociologiques et sur différentes études sur l'enfermement genré, je me consacrerai à la question de la réclusion féminine en observant une série de spécificités qui sont typiques des univers pénitentiaires féminins et qui concernent une attention particulière accordée à la corporéité se déclinant selon une accentuation des stéréotypes de genre, la reproduction de certains modèles de sociabilité et de certains mécanismes compensatoires des détenues. Dans une perspective de continuité par rapport à ce dernier chapitre, je voudrais consacrer une dernière partie de ma thèse à une analyse comparée entre ces romans de Sapienza et d'autres romans écrits par des femmes qui témoignent de leur expérience pénitentiaire (dont le corpus est encore en cours de définition) afin d'observer s'il existe des points communs qui permettraient de définir une transposition genrée de la prison.

  • Titre traduit

    Imprisoned body and deviance in Goliarda Sapienza's work


  • Résumé

    This research project aims to probe the forms and meanings of prison - and, more generally, confinement - in the narrative work of the Italian writer Goliarda Sapienza through a stylistic, discursive-interactional and anthropological analysis of the three novels L'arte della gioia, L'università di Rebibbia and Le certezze del dubbio.