Vivre avec le volcan. une géographie du risque volcanique au japon.

par Marie Augendre

Thèse de doctorat en Géographie

Sous la direction de Philippe Pelletier.

Thèses en préparation à Lyon 2 , dans le cadre de Sciences sociales depuis le 24-10-2008 .


  • Résumé

    La thèse part d’une approche analytique du risque volcanique au Japon pour comprendre les relations risque – paysage – territoire sur les plans matériel, social et idéel. Le Japon possède une centaine de volcans actifs, potentiellement redoutables. La première partie de la thèse montre qu’à ce niveau élevé d’aléa, dû à la position tectonique de l’archipel sur l’une des marges actives les plus compliquées de la planète, correspond une vulnérabilité plutôt basse, en raison des faibles densités de peuplement aux abords des volcans. La concentration urbaine de la mégalopole et de ses têtes de ponts crée des conditions particulières autour du mont Fuji et du Sakurajima, qui ne sauraient refléter la majorité des situations régionales. Pourtant, la société japonaise a développé un dispositif sophistiqué de protection (ouvrages sabô) et de prévention (plans d’évacuation). La deuxième partie montre à la fois ce penchant pour la surgestion et l’absence apparemment paradoxale de restrictions explicites d’occupation et d’utilisation du sol en territoire volcanique. Cependant, la réglementation des parcs naturels et des périmètres sabô crée, de fait, des zones tampon entre le danger et les espaces peuplés. La troisième partie explicite l’utilisation récente de la notion de « coexistence », kyôson, pour désigner ces réponses au risque. Concrètement, les rapprochements entre les Japonais et leurs volcans se sont matérialisés dans les sphères résidentielle, mémorielle et économique. Si le volcan était singulièrement absent de la mythologie ou du fait religieux traditionnel japonais, la diffusion progressive d’images ou de discours tantôt d’influence étrangère, tantôt endogènes, a permis l’émergence de nouvelles représentations qui légitiment en partie les pratiques contemporaines. Tandis que les sabô restent inégalés pour rectifier les lits des torrents, la conception du risque « à la japonaise », la gestion et la judiciarisation s’apparentent de plus en plus à ce qui se passe en Occident, où les notions d’adaptation et de résilience sont employées dans un sens proche de celui de coexistence. Désormais, contrairement au slogan de Meiji, la technologie est japonaise, mais l’esprit, occidentalisé.

  • Titre traduit

    In the shadow of the volcano – A geography of volcanic risk in Japan


  • Résumé

    The doctoral dissertation starts with an analytical approach of volcanic risk in Japan in order to understand the relationship between risk, landscape and territory on the material, social and ideal levels. The Japanese archipelago has a hundred of active and potentially dangerous volcanoes. The first part of the dissertation shows that this high level of hazard, due to the tectonic position of Japan on one of the most complicated plate boundaries in the world, corresponds to a rather minor vulnerability, because of low population density around the volcanoes. The urban concentration of the megalopolis and its bridgeheads creates unique conditions around Mount Fuji and Sakurajima, which do not reflect the majority of regional situations. Yet Japanese society has developed sophisticated protection (sabô works) and mitigation strategies (evacuation plans, hazard maps). The second part shows both the tendency for over-management and a seemingly paradoxical lack of explicit restrictions on land occupation and land use in volcanic territory. However, the regulations in natural parks and sabô areas create, in practice, buffer zones between dangerous and inhabited areas. The third part clarifies the recent use of the concept of "coexistence", kyôson, to qualify these responses to risk. Concretely, the connections between the Japanese people and their volcanoes have been represented in residential, memorial and economic ways. If the volcano was singularly missing from Japanese mythology and traditional religion, the progressive dissemination of either foreign-influenced or endogenous images and discourse has enabled the appearance of new representations which partly legitimize contemporary practices. While the sabô remain unsurpassed to rectify river beds, the Japanese way of defining risk management and litigiousness became closer to what occurs in the West, where the concepts of adaptation or resilience are used in a way similar to that of coexistence. Now, in contrast to the motto of Meiji, the technology is Japanese, but the spirit, Westernised.