Caractérisation biomécanique de l'interface os-implant.

par Manon Fraulob

Thèse de doctorat en Mécanique

Sous la direction de Guillaume Haiat.

Thèses en préparation à Paris Est , dans le cadre de École doctorale Sciences, Ingénierie et Environnement , en partenariat avec MSME - Laboratoire de Modélisation et Simulation Multi Echelle (laboratoire) .


  • Résumé

    Les interventions chirurgicales impliquant des implants orthopédiques ou dentaires échouent encore souvent pour des raisons liées à un manque de stabilité. Pendant la phase de cicatrisation suivant la chirurgie, du tissu osseux se forme et se remodèle directement à la surface de l'implant grâce au processus d'ostéointégration créant l'interface os-implant. La quantité et les propriétés biomécaniques de l'os néoformé entourant l'implant déterminent sa stabilité à long terme et donc le succès de la chirurgie. Afin d'appréhender la complexité de l'interface organisée hiérarchiquement de l'échelle nano- à macroscopique avec des propriétés évolutives témoignant de son caractère vivant, ce travail de thèse a mis en place une approche expérimentale multi-échelle, multi-modale et multi-physique. Un modèle d'implant in vivo avec une chambre osseuse distinguant clairement l'os néoformé de l'os cortical mature préexistant a été utilisé pour se placer dans des conditions standardisées et contrôlées. Dans une première étude portant sur la quantité d'os à l'interface, le contact os-implant augmente avec le temps de cicatrisation et la rugosité de surface de l'implant, comme en témoignent les mesures par histologie et ultrasons quantitatifs à l'échelle micro- et macroscopique. Cette évolution a aussi été validée avec un modèle numérique aux éléments finis simulant la surface microscopique de l'implant par un profil sinusoïdal. L'augmentation observée de la quantité d'os à l'interface os-implant pendant la cicatrisation s'accompagne de différences de composition et structure osseuses. Dans une seconde étude, des mesures par spectroscopie Raman ont mis en évidence des cristaux d'apatite de la phase minérale plus petits et des composants moins minéralisés dans l'os néoformé comparé à l'os mature, avec moins de liaisons entre les molécules de collagène de la phase organique et un taux de remodelage plus élevé. Grâce à une analyse conjointe avec des mesures de nanoindentation, ces différences de composition et structure nanoscopiques de l'os périprothétique ont été reliées à de faibles modules élastiques microscopiques. Puisque les propriétés élastiques augmentent avec la minéralisation et l'âge du tissu, afin d'étudier plus précisément la cinématique de la croissance osseuse à l'interface os-implant, une troisième étude s'est penchée sur l'évolution spatio-temporelle des propriétés élastiques microscopiques au sein de la chambre osseuse en combinant nanoindentation et diffusion micro-Brillouin. Les résultats suggèrent que l'os commence à se former dans les régions de la chambre osseuse où les contraintes mécaniques sont susceptibles d'être les plus élevées, avant de se développer le long de la surface de l'implant et en direction de l'os mature. Ce profil de propagation osseuse, en accord avec les mesures histologiques du contenu de la chambre osseuse, est cohérent avec le phénomène d'ostéogenèse de contact. Ces analyses multi-physiques combinées sur les mêmes échantillons démontrent que toutes les propriétés caractérisant la quantité et la qualité osseuse sont interdépendantes à travers les différentes échelles de l'os. De tels travaux de recherche, étudiant l'évolution simultanée des propriétés de l'os périprothétique, sont essentiels pour mieux comprendre le phénomène d'ostéointégration et la stabilité implantaire. Ces études pourraient aider à l'amélioration du succès chirurgical à long terme suite à la pose d'implants.

  • Titre traduit

    Biomechanical characterisation of the bone-implant interface.


  • Résumé

    Implant failures still often occur in orthopaedic and dental surgeries and are related to a lack of biomechanical stability. During the healing period following surgery, bone tissue forms and remodels in direct contact with the implant surface, creating a bone-implant interface (BII) thanks to the osseointegration process. The amount and properties of bone tissue surrounding the implant determine the long-term implant stability and thus its surgical success. To tackle the complexity of this BII hierarchically organised from the nano- to the macroscale and its living nature inducing evolving properties, this PhD work has implemented a multi-scale, multi-modal and multi-physics experimental approach. To work in standardised and controlled conditions, an in vivo coin-shaped implant model was used, including a bone chamber to clearly distinguish between newly formed bone and pre-existing mature cortical bone. Focusing first on the amount of bone at the BII, the bone-implant contact increases with healing time and implant surface roughness at the micro- and macroscale, as measured by histological and quantitative ultrasound analyses and validated by a finite element numerical model simulating the microscopic implant surface with a sinusoidal profile. The observed increase in bone quantity at the BII during healing comes along with differences in bone composition and structure. Raman spectroscopy has evidenced smaller apatite crystals and less mineralised content in newly formed bone compared to mature bone, with fewer crosslinks within the organic collagen phase and higher remodelling rate. The different nanoscopic composition and structure of periprosthetic bone induce lower microscopic elastic moduli, measured in site-matched locations with nanoindentation. As elastic properties increase with mineralisation and tissue ageing, the spatio-temporal evolution of microscopic elastic properties within the bone chamber has also been evaluated with nanoindentation and micro-Brillouin scattering to investigate the kinematics of bone growth at the BII. Results suggest that bone starts to form in bone chamber's specific regions, where stresses are likely to be the highest, before spreading along the implant surface and towards mature bone. Such bone spreading path, in agreement with the bone chamber content measured by histology, is consistent with contact osteogenesis phenomena. The multi-physics analyses performed at site-matched locations have proven that all properties defining bone quantity and quality are interdependent across bone scales. Such research studies are essential to better understand osseointegration phenomena and implant stability, by investigating how periprosthetic bone properties evolve simultaneously. The present studies are likely to provide support to improve long-term surgical success of clinical implants.