Pour une modélisation linguistique de la notion de radicalisation

par Manon Pengam

Projet de thèse en Sciences du langage

Sous la direction de Agata Jackiewicz.

Thèses en préparation à Montpellier 3 , dans le cadre de École doctorale 58, Langues, Littératures, Cultures, Civilisations , en partenariat avec Praxiling (laboratoire) depuis le 01-09-2017 .


  • Résumé

    Cette thèse s'intéresse à la mise en discours du lexème radicalisation dans les discours institutionnels et politiques, et dans les discours du travail social. Le concept de radicalisation a été investi par les pouvoirs publics français au mitan des années 2010 à travers différents plans d'action (2014, 2015, 2016, 2018) visant à détecter des cas potentiels ou avérés de radicalisation avant la commission d'actes terroristes d'inspiration djihadiste. Cette institutionnalisation de la lutte contre la radicalisation s'est appuyée sur les relais territoriaux de l'État et sur des politiques publiques existantes (Éducation Nationale, Aide Sociale à l'Enfance…). Dans ce travail, nous nous sommes intéressées aux associations de prévention spécialisée, un secteur au croisement du travail social et de l'Aide Sociale à l'Enfance, particulièrement sollicité dans la détection de profils dits radicalisés, en raison de sa présence sur des territoires classés prioritaires par les politiques de la ville. L'analyse utilise deux matériaux : 680 discours institutionnels produits par l'exécutif français entre 2013 et 2018 (contenant le lemme radicalisation), et dix entretiens semi-directifs menés dans le cadre d'une enquête auprès d'éducateurs de prévention spécialisée de quatre structures de la Région Occitanie. Sur le plan socio-discursif, l'étude contrastive de ces deux corpus permet d'observer la production d'une politique publique et sa réception au sein d'un secteur directement concerné. Sur le plan langagier, il s'agit d'élaborer et de formaliser une démarche d'analyse de la notion de radicalisation. La modélisation proposée repose sur une étude approfondie des travaux en sociologie des mouvements sociaux qui cherchent à décrire les mécanismes propres aux trajectoires radicales, dont une synthèse est présentée dans la première partie de la thèse. Trois grands constats émergent : (i) la radicalisation est une notion-sociopolitique complexe dont le sens échappe à la stabilisation, (ii) la radicalisation est un concept intrinsèquement processuel, (iii) la radicalisation est une notion pluricausale et multidimensionnelle. Partant de ces constats, nous avons décliné notre recherche en quatre axes. Sur les deux premiers axes, nous cherchons à modéliser l'instabilité sémantique et discursive de la notion de radicalisation. Nous nous interrogeons d'une part sur le sens en langue du mot radicalisation, et d'autre part à son statut discursif de nomination, en proposant un modèle reproductible de repérage et d'analyse de ce type de dénomination émergente, instable et évolutive. De manière originale, on sonde à cet effet les facettes tant référentielles que langagières portées par la nomination. Le troisième axe interroge les dynamiques du processus de radicalisation et ses représentations dans les deux discours étudiés. L'analyse met l'accent sur les différentes étapes du processus, ainsi que sur les mécanismes de passage entre ces étapes, modélisés au moyen d'un schème d'inspiration topologique. Le quatrième et dernier axe place la focale sur les représentations causales de la radicalisation. Nous mettons en lumière les facteurs causaux jugés déterminants par la parole institutionnelle et par les travailleurs sociaux pour expliquer l'entrée, le maintien (et parfois la sortie) dans l'engagement radical. Plus largement, notre travail plaide pour une meilleure connaissance des méthodes linguistiques, encore trop peu connues et mobilisées par d'autres sciences humaines et sociales. Les linguistes disposent en effet d'outils qui permettent d'éclairer le sens et les usages des notions complexes et composites comme la radicalisation, grâce notamment à l'étude contextualisée de leurs profils sémantiques et des procédés discursifs qui les actualisent. In fine, cette thèse constitue un apport méthodologique inédit pour les disciplines comme la sociologie et les sciences politiques dont l'objet est de décrire et de modéliser la notion de radicalisation, ainsi qu'aux professionnels du travail social susceptibles de prendre en charge des personnes engagées dans un processus radical.

  • Titre traduit

    For a linguistic modelling of the notion of radicalization


  • Résumé

    The aim of this thesis is to develop and to formalize an analytic approach of the notion of radicalization, by the linguistic study (i) of the radical experience discourse, (ii) of the social work, discourse (iii) of the institutional and political discourse. Through the study of multi-placed discourses, we set up an analytic reproducible methodology of the sociopolitical multidimensional and evolutionary concepts. If linguistics is currently equipped with the tools for lightening the sense and the uses of the complex and composite concepts, due to the contextualized study of their semantic profiles and discursive processes which update them, we have to admit that his methods are still insufficiently known and mobilized by other humanities and social sciences. Articuling in an original way various conceptual tools (such as the static relations, the quasi-topology, the causality), we report, by a textometric analysis on big corpus and a fine linguistic analysis, dynamics (stages and borders) of the process of radicalization, causal mechanisms and subjective processes which determine the trajectories of the commitment and the radical disengagement. This work is an original methodological contribution (i) in the disciplines as the sociology and the political sciences which aimes at describing and modeling the notion of radicalization, ii) to the professionals as the specialized educators susceptible to take care of the people launched in a radical process. The thesis will give rise to a synthetic guide of the linguistic materiality of the processes of radicalization.