Omnibus qui causa studiorum peregrinantur. Mobilités sociales et géographiques des universitaires allemands, hongrois et slaves des universités françaises (1330-1500)

par Pauline Spychala

Thèse de doctorat en Histoire

Sous la direction de Nathalie Gorochov et de Martin Kintzinger.

Thèses en préparation à Paris Est en cotutelle avec  Université de Münster , dans le cadre de Ecole doctorale Cultures et Sociétés , en partenariat avec CRHEC - Centre de recherche en histoire européenne comparée (laboratoire) .


  • Résumé

    Les universités médiévales européennes ont fait l'objet depuis de nombreuses années de multiples travaux concernant leurs aspects institutionnels, leurs organisations ou encore leurs enseignements. Le travail de thèse aborde un nouvel aspect, celui de la mobilité des étudiants et des maîtres à l'échelle de l'Occident latin. L'universitaire n'est pas observé comme objet immobile mais comme acteur conscient de son choix de vie. La thèse suit le parcours de près de 2 080 maîtres allemands, hongrois et slaves formés au sein des trois universités françaises les plus internationales de la fin du Moyen Âge, à savoir Montpellier, Orléans et Paris. Le parcours de l'étudiant est divisé en trois parties : le choix du lieu d'études, les conditions d'études lors du séjour à l'étranger puis les carrières suivies à l'issue de la mobilité internationale. Ce choix méthodologique a permis d'arriver à plusieurs conclusions. L'une des premières conclusions a été de replacer la fréquentation internationale de l'Université de Paris dans une perspective longue, sur plusieurs siècles et en rapport avec les fréquentations internationales des autres universités de l'époque, et en particulier des universités italiennes. Cela a permis d'affirmer un maintien du rayonnement de l'université parisienne aux XIVe et XVe siècles, une période longtemps observée comme celle d'un déclin pour la corporation parisienne. L'universitaire étranger qui fréquente les universités françaises est doté de caractéristiques particulières qui ont été détaillées dans la thèse. Son choix de lieu d'études en France est guidé principalement par des raisons pragmatiques liées à la possibilité de séjourner sur le lieu d'études et non par des orientations philosophiques particulières. Les guerres et les crises traversées par le royaume ont des impacts plus importants sur la mobilité internationale que les condamnations doctrinales. Cet étudiant étranger provient de l'ensemble de l'Occident latin et fréquente l'ensemble des disciplines qui lui sont proposées par les universités françaises ; aucune spécialité claire se distingue dans ce choix de lieu d'études. Les conditions d'études lors du séjour à l'étranger ne sont pas favorables mais n'influent pourtant pas négativement sur la réussite de l'étudiant étranger. Ainsi, si l'étudiant étranger ne possède pas de collèges ou de mécènes royaux pour soutenir économiquement son séjour à l'étranger, il pallie ces manques par le recours à des mécènes plus diversifiés. Ses réseaux de sociabilités sont d'autant plus forts que les effectifs sont faibles et proviennent de la même origine géographique. Les Universités de Montpellier et d'Orléans se distinguent par des recrutements nobiliaires importants qui entraînent des réseaux de sociabilités particuliers, tandis que le recrutement social de l'Université de Paris semble plus large. Les carrières suivies par ces gradués montrent leur forte insertion dans les milieux juridiques, ecclésiastiques et administratifs européens. La poursuite de longues années d'études, réalisées tant en France que dans leurs régions d'origine, amène ces gradués à occuper des places importantes dans les cours de justice, dans les villes, dans les évêchés et au service de princes. Pourtant, peu de carrières exceptionnelles se distinguent dans ces parcours qui quittent le milieu universitaire, à l'exception des gradués en médecine. La thèse a ainsi démontré que c'est au sein des carrières professorales universitaires que le séjour à l'étranger revêt tout son intérêt. Les plus belles carrières professorales sont réalisées par des maîtres ayant fréquenté bien plus d'universités que leurs confrères. Près de la moitié de ces carrières ont d'ailleurs été réalisées au sein des universités françaises, posant la question des conditions d'intégration sur le long terme de l'étudiant étrange r.

  • Titre traduit

    Omnibus qui causa studiorum peregrinantur. Social and geographical mobility of German, Hungarian and Slavic scholars in French universities (1330-1500).


  • Résumé

    For many years, medieval European universities have been the subject of numerous studies concerning their institutional aspects, their organisation, and their teaching. This thesis focuses on a new aspect, that of the mobility of students and teachers on the scale of the Latin West. The scholar is not observed as an immobile object but as a conscious and mobile actor of his life choice. The thesis follows the path of nearly 2080 German, Hungarian and Slavic scholars trained in the three most international French universities at the end of the Middle Ages, namely Montpellier, Orléans and Paris. The student's journey is divided into three parts: the choice of place of study, the conditions of study during the stay abroad and the careers followed after international mobility. This methodological choice allowed for several conclusions to be reached. One of the first conclusions was to place the international attendance of the Paris University in a long-term perspective, over several centuries, and in relation to the international attendance of other universities at the time, and in particular Italian universities. This has made it possible to affirm the continued influence of the Parisian university in the fourteenth and fifteenth centuries, a period long observed as one of decline for the Parisian corporation. The foreign scholar attending French universities has specific characteristics that have been detailed in the thesis. His choice of place of study in France is guided mainly by pragmatic reasons related to the possibility of staying in the place of study and not by particular philosophical orientations. The wars and crises experienced by the kingdom have a greater impact on international mobility than doctrinal condemnations. This foreign student came from the whole of the Latin West and attended all the disciplines offered by French universities; there was no clear speciality that stood out from this choice of place of study. The study conditions during the stay abroad are not favourable but do not negatively influence the success of the foreign student. Thus, if the foreign student does not have colleges or royal patrons to support his stay abroad economically, he compensates for these shortcomings by resorting to more diversified patrons. His networks of sociability are all the stronger as the number of students is small, and they come from the same geographical origin. The Universities of Montpellier and Orléans were distinguished by their high level of noble recruitment, which led to particular social networks, whereas the social recruitment of the University of Paris seemed to be more widespread. The careers followed by these graduates show their strong integration into European legal, ecclesiastical, and administrative circles. The long years of study, both in France and in their regions of origin, led these graduates to occupy important positions in the courts of justice, in cities, in bishoprics and in the service of princes. However, few exceptional careers stand out among those that leave the university environment, except for medical graduates. The thesis has thus shown that it is within the academic careers at the University that the stay abroad is most interesting. The most successful professorial careers are achieved by teachers who have attended many more universities than their colleagues. Nearly half of these careers have been in French universities, which raises the question of the conditions for long-term integration of foreign students.