Lire le corps de la femme. Paradoxes, continuités et ruptures épistémologiques dans la médecine de la Renaissance.

par Sofia Zuccoli

Projet de thèse en Philosophie

Sous la direction de Roberto Poma.

Thèses en préparation à Paris Est , dans le cadre de CS - Cultures et Sociétés , en partenariat avec LIS - Lettres Idées Savoir (laboratoire) depuis le 01-10-2017 .


  • Résumé

    Ce projet de thèse propose d'étudier les représentations de l'anatomie et de la physiologie du corps féminin à la Renaissance en prêtant une attention particulière à la genèse et au développement d'un corpus de textes bien délimité : les traités sur les maladies des femmes. Après la publication des textes hippocratiques sur la nature des femmes (1525), la littérature gynécologique spécialisée connaît un développement sans précédents. Les discours « sexués » du père de la médecine compliquent la vision du sexe unique qui s'était cristallisée dans le tradition aristotélico-galénique étudiée par Thomas Laqueur dans "La fabrique du sexe". L'objectif de ce projet de recherche est double. D'une part, il remet en question l'image androcentrique et misogyne que nous avons du discours médical de cette époque et, d'autre part, rend possible une nouvelle interprétation de la façon dont la différence entre les sexes est appréhendée par les médecins modernes. Si l'influence de la tradition aristotélico-galénique sur les théories modernes de l'anatomophysiologie féminine est évidente, l'existence d'une "gynécologie" est un fait important dans l'histoire des représentations médicales du corps. Etant focalisés sur les fonctions et les caractéristiques du corps féminin, ces traités affirment la nécessité d'une médecine des femmes, tout en renforçant l'idée qu'elles sont différentes des hommes, ce qui remet profondément en question le modèle du sexe masculin unique. Les théories sur l'anatomophysiologie de la femme demeurent cependant contradictoires. Le rôle et la nature de l'utérus, des menstruations, de la virginité ou de l'activité sexuelle font partie des arguments les plus débattus. La littérature gynécologique et un ample corpus d'écrits de pathologie et de thérapeutique sont au centre de cette enquête, notamment, entre autres, les œuvres de Luis Mercado, Giovanni Marinelli, Jean Liébault, Domenico Terelio, Girolamo Mercuriale, Giovanni Battista da Monte, André Du Laurens, Thomas Bartholin et Amantus Lusitanus. L'étude systématique et critique de ces sources primaires permettra de préciser et de restituer les conceptions de la différence sexuelle à la fin de la Renaissance.

  • Titre traduit

    Reading Woman's Body. Paradoxes, Continuities and Epistemological Ruptures in Renaissance Medicine


  • Résumé

    The purpose of this project is to study the anatomical and physiological representations of woman's body in late Renaissance. The research will mainly focus on the treatises on the diseases of women. After the Hippocratic writings on the nature of women was published (1525), the gynaecological literature undergoes an unprecedented development. The Hippocratic “sexed” speech complicates the one-sex model - developed by Thomas Laqueur in his masterpiece “Making Sex: Body and Gender from the Greeks to Freud” - dominating the Aristotelian and Galenic tradition. This research has a double aim. On the one hand, it challenges the androcentric and misogynist representation we have of modern medical thought. On the other hand, it does make a new interpretation of the modern physicians' apprehension of sexual difference possible. Even if the influence of the Aristotelian and Galenic tradition on modern theories on feminine anatomophysiology is quite undeniable, the existence of a “gynaecology” is an important fact in the history of medical representation of the human body. Being focused on the functions and characteristics of the feminine body, these treatises show the need for a women-dedicated medicine. The prerogative of this assertion is to recognize that women are very different from men, a proposal that would put the Laqueur's one-sex model on trial. Nevertheless, the theories on feminine anatomophysiology still reveal some contradictions. Among the most discussed subjects, we could underline the role and the nature of uterus, the origins of menstruations, the value of virginity, or the consequences of sexual activity. A great amount of pathologic, gynaecologic and therapeutic writings will be analysed, such as the works of Luis Mercado, Giovanni Marinelli, Jean Liébault, Domenico Terelio, Girolamo Mercuriale, Giovanni Battista da Monte, André Du Laurens, Thomas Bartholin, and Amantus Lusitanus. A systematic and critical study of these primary sources would enable us to clarify the different conceptions of sexual difference in late Renaissance medicine.