LE GRAND ENSEMBLE A L'EPREUVE DU PAYSAGE, Une approche rétro-prospective, France, 1945-75.

par Bernadette Blanchon (Caillot)

Projet de thèse en Aménagement de l'espace, Urbanisme

Sous la direction de Thierry Paquot.

Thèses en préparation à Paris Est , dans le cadre de École doctorale Ville, Transports et Territoires (Champs-sur-Marne, Seine-et-Marne ; 2015-....) , en partenariat avec Lab'Urba (Champs-sur-Marne, Seine-et-Marne) (laboratoire) depuis le 15-09-2017 .


  • Résumé

    L'objectif de cette thèse de doctorat sur travaux est l'analyse des quartiers de grands ensembles, fondée sur le principe qu'on ne peut séparer l'analyse de la partie bâtie d'un quartier de celle de ses espaces extérieurs. En rassemblant nos rapports et articles nous souhaitons participer à une nouvelle « géohistoire » de ce qui apparaît, au niveau urbain et urbanistique, comme emblématique de la période dite des « Trente glorieuses » (1945-1975). Les Grands Ensembles représentent une part importante du territoire urbain français et offrent encore un champ de travail où se cristallisent dorénavant comme à leur origine, de nombreuses questions dites de société. Les préoccupations hygiénistes, les principes en vigueur à la création de ces quartiers ont fait la part belle aux espaces ouverts. Ceux-ci font partie des acquis de la ville moderne et constituent bien souvent des lieux investis et appréciés de leurs habitants. Cette composante hier mineure, parvenue à maturité de développement végétal, représente aujourd'hui un atout pour ces quartiers, souvent mal compris. L'ambition de ce travail est d'en expliciter certaines qualités – notamment physiques et de conception – pouvant orienter les pratiques de gestion et fonder des alternatives à la « résidentialisation » systématique actuelle des espaces verts et ouverts, tout en prenant en compte les effets des transitions énergétique, écologique et territoriale. Nos travaux entendent remettre en cause deux a priori : celui de l'absence de la dimension du paysage dans la production des grands ensembles d'habitation après la seconde guerre mondiale et celui de l'émergence de la profession moderne de paysagiste dans les seules années 1980 en France. Les fondements théoriques de nos travaux renvoient aux réflexions du philosophe François Dagognet (Mort du Paysage, 1989) pour une pensée du paysage comme projet ainsi qu'aux théories de l'historien et urbaniste suisse André Corboz (Le territoire comme palimpseste, 1983 /2001). L'observation in situ à des échelles spatiales et temporelles multiples, a révélé des situations et des projets parfois inaperçus, des logiques et des cohérences sur lesquelles prendre appui. La mise à jour de cette approche géographique et historique nous a conduit à définir la notion de paysage comme méthode de lecture critique des situations urbaines fondée sur le rapport au site initial, la structuration du site par les espaces ouverts et les différents dispositifs d'articulations des espaces entre eux. Ainsi à partir de l'étude de l'évolution des pratiques des paysagistes et de l'inventaire des dispositifs paysagers au sein d'une sélection représentative de quartiers, nos pistes de synthèse sont fondées sur une approche paysagiste de recherche, à la fois rétrospective et prospective en trois volets : méthodologique, opérationnel et historiographique. Ces résultats pourraient ainsi se résumer à quatre champs de recherches sur cette période : l'interprétation et la typologie des sites des Grands Ensembles d'un point de vue paysagiste ; l'explicitation d'une méthode d'analyse multi-scalaire et la mise en évidence de critères élargis de patrimonialisation de certains quartiers ; la connaissance des modalités de formation de la Section du paysage et de l'art des jardins à l'ENSH de Versailles, et enfin l'émergence du renouvellement de la pratique des paysagistes concepteurs en France. Notre conviction est que la pensée paysagiste de l'espace ouvert structurant –et non pas compensatoire – ainsi que la compréhension de l'histoire de cette pensée, permettent de renouveler l'histoire urbaine de la période des Trente Glorieuses, de montrer la naissance d'alternatives au fonctionnalisme urbanistique dominant, de combler une lacune de l'histoire du paysagisme français dans sa période fondatrice, et peuvent orienter les réponses aux problématiques d'extension urbaine, notamment dans les pratiques de renouvellement urbain et enfin de redéfinir et d'élargir la notion de patrimoine à des sites urbains construits dans la période considérée.

  • Titre traduit

    PUBLIC HOUSING LANDSCAPES IN FRANCE, a retro-prospective approach (1945-75)


  • Résumé

    The aim of this doctoral thesis “on works” is the analysis of large housing districts, based on the principle that one can not separate the built part of a neighbourhood from that of its open spaces. By gathering together our reports and articles, we wish to participate in a new "geo-history" of what appears, at the urban level, as emblematic (and little known) of the period said as the "Thirty Glorious" (1945-1975). The “Grands Ensembles” (Large public housing districts) represent an important part of the French urban territory and still offer a field of work where crystallize many social questions. Hygienic concerns and founding principles of these districts, gave pride of place to open spaces. These are part of the achievements of the modern city and very often are places invested and appreciated by their inhabitants. This minor component has now reached a maturity of plant development and is an asset for these districts, which are often poorly understood. The ambition of this work is to clarify physical and conceptual qualities that can guide management practices and provide alternatives to the current systematic "residentialisation" of green and open spaces, while taking into account the effects of energetic, ecological and territorial transitions. Our work intends to reconsider two a priori: that of the absence of the landscape dimension in the production of large housing estates after the Second World War and that of the emergence of the modern profession of landscape architect only from the 1980s in France. The theoretical foundations of our work refer to the reflections of the philosopher François Dagognet (Mort du Paysage [Death of the Landscape], 1989) about landscape as a project and to the theories of the Swiss historian and urban planner André Corboz (Le territoire comme palimpseste, [Territory as palimpsest], 1983/2001). In situ observation at multiple spatial and temporal scales has revealed situations and projects that were sometimes unnoticed, logics and coherences to be supported and continued. The updating of this geographical and historical approach led us to define the notion of landscape as a method of critical reading of urban situations based on the relationship with the initial site, the structuring of the district by open spaces and the various articulations devices between them. Thus, based on a study of the evolution of landscape architecture practices and the inventory of landscape features within a representative selection of neighbourhoods, our synthesis tracks are based on a landscape design research approach, both retrospective and prospective in three areas: methodological, operational and historiographical. These results could be summarized in four fields of research during this period: the interpretation and typology of large public housing districts (Grands Ensembles) from a landscape perspective; The explanation of a multi-scalar analysis method and the identification of broad criteria for including certain districts as heritage ; Knowledge of the training modalities of the Landscape and Garden Art Section at the ENSH in Versailles and the emergence of the renewal of the practice of landscape designers in France. Our conviction is that the landscape reflection about open spaces, considered as structuring and not as compensatory, as well as the understanding of the history of this thought, make it possible to renew the urban history of the period of the Trente Glorieuses, to deepen alternatives to the dominant urban functionalism, to fill a gap in the history of French landscape architecture in its founding period ; this can also guide urban extension, especially in the current practices of urban renewal and finally lead to redefine and enlarge the notion of XXth century heritage to “ordinary” urban sites constructed during the period.