Interactions sociales et réciprocité dans les programmes de logement mixte à Paris et Melbourne : vers une ville plus juste ?

par Talia Boffa (Melic)

Projet de thèse en Géographie

Sous la direction de Christine Lelévrier.

Thèses en préparation à Paris Est en cotutelle avec l'Université de Melbourne , dans le cadre de École doctorale Ville, Transports et Territoires (Champs-sur-Marne, Seine-et-Marne ; 2015-....) , en partenariat avec Lab'Urba (Champs-sur-Marne, Seine-et-Marne) (laboratoire) depuis le 13-03-2017 .


  • Résumé

    Malgré des politiques du logement successives qui visent à promouvoir une habitation mixte dans les villes partout dans le monde, on constate une persistance de la ségrégation résidentielle entre différents groupes sociaux, reproduisant souvent les structures inégalitaires du privilège et de la précarité (Young 1999). De telles conditions sont également exacerbées par une vie urbaine de moins en moins abordable. Dans ce contexte, ce projet de recherche cherche à examiner quatre programmes de logement innovants, initiés par des organisations issues de la société civile à Paris et à Melbourne. À Paris, il s'agit des approches autour de « l'habitat participatif » et des « quartiers équilibrés » d'Habitat et Humanisme, ainsi que des « Kolocations à Projet Solidaire » pour les étudiants de l'Association de la Fondation Étudiante pour la Ville. À Melbourne, le projet s'intéresse au modèle d'hébergement chez l'habitant pour les réfugiés de Refugees Welcome et au « projet d'entrée à Ashwood-Chadstone » (Ashwood-Chadstone Gateway Project), un ensemble de logements mixtes et communautaire mis en place par la Port Philip Housing Association. En plus de fournir des logements abordables aux plus défavorisés, chaque programme cherche à faciliter des interactions dites « réciproques » entre les groupes sociaux concernés, qui diffèrent du point de vue de leurs origines sociales et culturelles mais aussi de leurs trajectoires résidentielles. La capacité de ces interactions à réduire les effets redistributif et stigmatisant de la ségrégation a été bien théorisé par la littérature scientifique (Arthurson 2012 ; Lelévrier 2013 ; Rose et al. 2013). Cependant, la validation empirique des bénéfices de ces interactions, lorsqu'elles se produisent, reste disputée (Arthurson 2012 ; Bolt and Kempen 2013). Le présupposé selon lequel ces interactions bénéficient uniquement aux personnes en situation de marginalisation, et non à celles qui détiennent certains privilèges, tend à renforcer davantage l'inégalité du contexte dans lesquels ces différentes personnes se rencontrent. Ce projet contribuera à la littérature existante en offrant une conceptualisation du concept de réciprocité comme base morale de la notion d'interaction, et examinera si des personnes aux origines différentes peuvent bénéficier mutuellement d'échanges en tant qu'égaux, et si oui, comment. Le projet vise également à apporter de nouveaux éclairages sur le logement en tant qu'il est un site décisif pour ces interactions. L'étude puisera dans le cadre normatif de la redistribution, reconnaissance et interaction sociale (« encounter ») développé par Ruth Fincher et Kurt Ivesion (2008). Elle utilisera des méthodes qualitatives pour d'une part examiner comment les relations de réciprocité sont conçues et intégrées dans la conception et mise en place de chaque programme, et d'autre part comment ces relations sont vécues au travers la vie quotidienne des résidents qui y participent. La variété des approches et des contextes politiques et urbains de chaque cas fournira une riche base de données pour éclairer les conditions de possibilité ou non de ces interactions réciproques au sein de la différence.

  • Titre traduit

    Encounter and reciprocity in mixed-housing programs in Paris and Melbourne: towards a more just city?


  • Résumé

    Despite successive government-led housing policies seeking to promote mixed living arrangements within cities throughout the world, residential segregation among different social groups persists, often serving to reproduce unequal structures of privilege and disadvantage (Young 1999). Such conditions are exacerbated by the growing unaffordability of city living. Against this backdrop, this research will examine four innovative housing programs initiated by civil society organisations in Paris and Melbourne: In Paris, the “participatory living” and “balanced neighbourhoods” approaches of Habitat et Humanisme, and the student “Flat-sharing for solidarity project” of l'Association de la Fondation Étudiante pour la Ville; In Melbourne, the homestay models for refugees of Refugees Welcome Australia and the “Ashwood-Chadstone Gateway Project”, a mixed-housing community development of Port Phillip Housing Association. In addition to providing affordable housing for the cities' most disadvantaged, each program aims to facilitate reciprocal encounters between people who are different, in terms of their social positions, cultural origins or residential trajectories. In addition to providing affordable housing for the cities' most disadvantaged, each program aims to facilitate reciprocal encounters between people who are different, in terms of their social positions, cultural origins or residential trajectories. The potential of such encounters to mitigate the redistributive and stigmatising effects of segregation has been well-theorised in the literature (Arthurson 2012; Lelélevrier 2013; Rose et al. 2013). However, the empirically-observed benefits of such encounters – when they occur – remain contested (Arthurson 2012 ; Bolt and Kempen 2013). Furthermore, such benefits tend to be framed as flowing from those groups who are in positions of privilege to those who are socially marginalised, reinforcing the unequal setting within which different people meet. This research will make a contribution to the literature by considering how the concept of reciprocity can provide a moral grounding to the notion of encounter, examining whether, and how, people who are different can mutually benefit from an exchange as equals. It also seeks to provide new insights into housing as an important site for these encounters. The study will draw on the normative framework of redistribution, recognition and encounter developed by Ruth Fincher and Kurt Iveson (2008) and will use qualitative methods to examine how relations of reciprocity are conceived and integrated into the design and implementation of each program, and how they are experienced in the everyday lives of participating residents. The varied approaches, and policy and urban contexts of each case, will provide a rich data set from which to consider the conditions and characteristics that promote, or hinder, reciprocal encounters across difference.