Le Grand bond dans le vert ? L’écologie politique face à l’expérience chinoise

par Cédric Merle

Thèse de doctorat en Science politique

Sous la direction de Philippe Corbier de Lara.


  • Résumé

    La dévastation de la nature illustre la crise des transitions en Chine. Le miracle d’une croissance à deux chiffres multi-décennale s'est transformé en dystopie environnementale et sanitaire. Une gronde écologique s’exprime au sein de la population. « Le Grand Collapsus » alimente la panique des dirigeants qui redoutent le retrait du mandat du ciel. Le Parti communiste chinois (PCC) identifie néanmoins dans la lame de fond au verdissement des sociétés des opportunités géostratégiques et politiques. Rien ne garantit que le totalitarisme chinois ait épuisé le stock de ses métamorphoses. C’est l’une d’entre elles — son verdissement — que nous avons examinée. Ce « Bond dans le vert » nourrit le fantasme d’un contrôle intégral et panoptique des affaires humaines par un pilote central. Le PCC veut « développer des familles, des écoles et des communautés écologiques » et des plans « intégrant tous les facteurs ». L’alibi écologique justifie une extension de la mainmise du Parti, annihilant les interstices de liberté par un « contrôle de tous par tous » intrusif et technologique. La Chine polarise les problèmes et les espoirs écologiques mondiaux en raison de son poids démographique et carbone. Toutes les préoccupations pour le climat mènent à Pékin. L’Accord de Paris tient entre ses mains et la Chine veut prendre « le volant de l’action climatique internationale », convaincue que si l’édification d’une civilisation écologique se déroule sans heurt, le socialisme à la chinoise remportera une bataille décisive dans la compétition idéologique face à l’Occident. Cette thèse alerte sur le rôle de creuset de l’écologie politique de la Chine.

  • Titre traduit

    The Leap towards Greening? The interplay of ecological politics and China’s experience


  • Résumé

    Environmental devastation illustrates the crisis of transitions in China. The so-called miracle of multi-decade double-digit growth has been transformed into an environmental and health dystopia. Environmental grumbling is brewing within the population. The “Big Collapsus” feeds the panic of the leaders fearing the withdrawal of the “Mandate of Heaven”. The Chinese Communist Party (CCP) nonetheless identifies political and geostrategic opportunities arising from the groundswell of global opinion towards greening societies. Nothing guaranties that Chinese totalitarianism has exhausted its possibilities to reinvent. It is one of these possibilities, going green, that we have examined. This “Green Leap” nourishes the fantasy of a complete and panoptic steering of human activities by a single rudder. The CCP wants to “develop eco-friendly families, schools, and communities” and greening plans “encompassing every facet”. The climate catastrophe justifies the extension of the CCP’s stranglehold thereby decimating any spaces of liberty by means of a ubiquitous technology and “scrutiny of everyone by everyone”. China polarizes global ecological problems and hopes with its demographic and carbon sheer weight. All the concerns over climate lead to Beijing. The Paris Agreement is dependent on China whose aim is “Taking the driving seat in international cooperation to respond to climate change” because it is convinced that if an “ecological civilization” is smoothly developed, Chinese socialism will have won a decisive battle in the ideological war against the West. This thesis examines the implications of China’s role as crucible of ecological politics and sounds the alarm.