Les femmes, au cœur de la relation entre production agricole et diversité de l'alimentation au Burkina Faso.

par Alissia Lourme Ruiz

Projet de thèse en Sciences Économiques

Sous la direction de Michel Benoit-Cattin et de Sandrine Dury.

Thèses en préparation à Montpellier, SupAgro , dans le cadre de École doctorale Economie Gestion de Montpellier (2015-.... ; Montpellier) , en partenariat avec MOISA - Marchés, Organisations, Institutions et Stratégies d'Acteurs - (laboratoire) depuis le 17-09-2012 .


  • Résumé

    Au sein des ménages agricoles africains, un niveau de production agricole plus élevé peut théoriquement améliorer la diversité de l'alimentation, via l'autoconsommation ou l'augmentation du revenu agricole. Or, dans certaines régions d'Afrique de l'Ouest où le niveau de la production est relativement élevé, on observe malgré tout une faible diversité de la consommation alimentaire. Cette thèse permet d'expliciter et de mesurer les associations entre la diversité de l'alimentation des mères de jeunes enfants et (i) la diversité de la production (ii) le revenu agricole et (iii) l'allocation de leur temps. Un échantillon représentatif de 580 exploitations de la région des Hauts-Bassins au Burkina Faso a été enquêté trois fois entre mai 2013 et janvier 2014. Les données collectées concernent les productions agricoles, les revenus agricoles et non-agricoles du chef d'exploitation et des mères ainsi que les emplois du temps des mères. La diversité agricole a été évaluée par différents indicateurs concernant les cultures, le nombre d'espèces d'arbres d'intérêt alimentaire présents sur les parcelles et l'élevage. A partir d'un rappel qualitatif de la consommation alimentaire des dernières 24H, nous avons calculé le score de diversité alimentaire des mères (DDS-w) en suivant les recommandations internationales récentes (nombre de groupes alimentaires consommés sur 10). Ce score est faible (3.4 en moyenne, ± 1.3) et ne varie pas au cours de l'année. Néanmoins, les groupes alimentaires le composant changent. Les résultats des estimations des modèles mixtes sur données répétées montrent que le DDS-w n'était associé qu'à un seul indicateur de diversité de production, celui basé sur les mêmes groupes de produits que le DDS-w. Il était également positivement lié au nombre d'espèces d'arbres sur les parcelles familiales et celles de la mère. Le revenu monétaire agricole des exploitations n'était que faiblement associé à une meilleure diversité alimentaire toute l'année, tandis que les revenus monétaires des mères (revenu non-agricole et transferts) l'étaient plus nettement. Enfin, la diversité alimentaire des mères était négativement liée à leur temps passé aux activités agricoles non-rémunérées sur l'exploitation familiale (en août 2014), et positivement liée au temps dédié à leurs activités génératrices de revenu. Dans ce milieu rural, les ressources des mères – y compris les droits d'accès aux ressources naturelles, la possibilité de gagner et de dépenser de l'argent et d'avoir du temps pour soi et ses enfants - semblent être de meilleurs leviers pour la qualité de leur alimentation et celle de leurs enfants que le niveau des productions agricoles de l'exploitation.

  • Titre traduit

    Women, at the heart of linkages between agricultural production and dietary diversity in Burkina Faso.


  • Résumé

    Within African agricultural households, an increase of agricultural production could theoretically improve dietary diversity through two main pathways: self-consumption and/or purchase of more diverse foods thanks to a better agricultural income. However, in some Western African regions with relatively high level of agricultural production, a low diversity of food consumption has been observed. Our objective was to assess whether the dietary diversity of mothers with young children was associated with (i) the diversity of cultivated crops, (ii) the sales of agricultural production and (iii) the their time allocation. A representative sample of 579 farm households in the Hauts-Bassins Region was surveyed at three different periods between May 2013 and January 2014. Data included agricultural production, farm and non-farm income of both farm heads and mothers and mothers' time diaries. Farm diversity was estimated using different indicators concerning crops, the number of tree species with food value on the farm plots and livestock. From a qualitative 24-hour recall of food consumption, we computed the dietary diversity score for women (DDS-w) according to recent international recommendations (number of food groups consumed out of 10). This score was low and didn't vary across seasons, whereas the food groups composing it changed. Results from mixed model with repeated measures estimations showed that women dietary diversity was associated only with the farm diversity indicator based on same food groups as the DDS-w. It was also positively linked with the number of tree species on farm heads' and mothers' plots. Agricultural cash income was weakly associated to a better dietary diversity at all seasons, while the association was stronger with mothers' agricultural and non-agricultural income. The DDS-w was negatively linked with their time spent to unpaid agricultural activities on farm plots (in august 2013), but positively with their time allocated to income-earning activities. In rural areas, women's control over resources – included rights over natural resources, possibilities to earn and spend their own income and to take care for themselves and their family - seems to better insure women's dietary diversity than the level of agricultural production at the farm household level.