Surrégime. Esthétique et philosophie de la musique rock

par Pierre Arnoux

Thèse de doctorat en Philosophie de l'art et l'esthétique

Sous la direction de Bernard Sève.

Thèses en préparation à Lille , dans le cadre de École doctorale Sciences de l'homme et de la société (Villeneuve d'Ascq, Nord) depuis le 22-11-2006 .


  • Résumé

    L’automobile traverse l’imaginaire des musiques populaires enregistrées comme elle parcourt, incessamment et en tous sens, le paysage sonore du XXe siècle occidental. De toutes les sonorités nouvelles qui sollicitent des citadins toujours plus nombreux, celles de ces machines mobiles sont de fait les plus notables. Mais parmi elles se distinguent particulièrement celles des moteurs gonflés d’une énergie excessive, pris dans un surrégime laissant présager un dénouement à la fois craint et espéré. Ce mouvement n’est pas sans lien avec celui du désir et emporte avec lui ceux qui l’écoutent, mais il reste inachevé ; c’est à la musique rock qu’il revient d’en proposer l’accomplissement. Le rock naît dans les années 1960 et se signale d’emblée par son goût pour des sonorités porteuses d’un sens énergétique extrême. Les guitares électriques en distorsion y tiennent à ce titre une place centrale, partageant avec les moteurs en surrégime cette dynamique d’une intensité croissante appelant son climax. C’est toutefois le titre rock dans sa globalité qui réalise la promesse des moteurs, en faisant entendre, à la faveur de procédés et d’instruments privilégiés, un surrégime absolu : une intensité maximale, telle qu’il ne peut y en avoir de plus haute. La figure dynamique du surrégime permet d’éclairer d’un jour nouveau le rapport du rock aux technologies et pratiques d’enregistrement par lesquelles on a pu vouloir le définir. Paraissant dans les premiers temps de son histoire en défier les normes, la musique rock a de fait entretenu des rapports ambivalents avec le studio. Une tradition en gardera la marque, qui continuera à se donner pour modèle la capture de performances collectives. Mais il ne s’agit pas pour autant de se fermer aux évolutions technologiques : au contraire, lorsque l’esthétique rock investira pleinement les possibilités du studio, elle produira l’une des œuvres les plus cohérentes de son histoire, dans la figure peut-être définitive d’un surrégime total.

  • Titre traduit

    Over-revving. The aesthetics and philosophy of rock music


  • Résumé

    The automobile pervades the imagination of recorded popular music, just as it pervaded the soundscape of the Western world throughout 20th century, incessantly and from all directions. Of all the new sounds heard by the ever-increasing number of city dwellers during this period, those emanating from such mobile machines are the most remarkable. And of these, the sound of an engine over-revving, charged with excessive energy, stands out yet more, as it foreshadows an outcome that is both feared and hoped for. This phenomenon resembles that of desire, sweeping away those who hear it. Yet it remained inchoate; it took rock music to help it realize its potential. Rock music was born in the 1960s and was characterized from the outset by its taste for sounds that carried an extreme sense of energy. Distorted electric guitar occupies a privileged position in rock music, and it shares this dynamic of increasing intensity with an over-revving engine, both calling for a climax. It is, however, the rock piece in its totality which carries out the engine’s promise by using specific processes and instruments to let us hear over-revving in the absolute: a sort of maximum intensity that cannot be surpassed. The dynamic image of over-revving allows us to shed new light on the relationship between rock music and the recording technologies and practices that have defined the genre. Seemingly defying established norms in the early days of its history, rock music has had an ambivalent relationship with the recording studio. Indeed, there is a tradition within the rock world that has preserved this heritage, keeping the recording of live collective performances as its mainstay. But this does not necessarily mean closing the door to technological developments: on the contrary, when rock esthetics fully embraced the potential of the studio, they produced one of the most coherent bodies of work in the genre’s history, what is perhaps the most total and definitive expression of over-revving.