La littérature à l'intestin : le thème scatologique dans l'oeuvre de Richard Millet.

par Caroline Minard (Rivoal)

Thèse de doctorat en Histoire et sémiologie du texte et de l'image (ed 131)

Sous la direction de Eric Marty.

Thèses en préparation à l'Université Paris Cité , dans le cadre de ED 131 Langue, littérature, image, civilisations et sciences humaines .


  • Résumé

    Le thème scatologique traverse l'oeuvre de Richard Millet. Depuis son premier roman, "L'invention du corps de saint Marc" (1983), qui mettait en scène la déchéance physique d'un jeune homme jusqu'à son essai le plus récent, "Paris bas-ventre : le R.E.R. comme principe évacuateur du peuple français" (2021), dans lequel il explore les entrailles souterraines de la capitale, l'écrivain n'a cessé de puiser dans la matière vile des excréments afin d'y découvrir une vérité sur l'homme et sur notre monde. Ce travail de recherche propose d'abord d'étudier les origines de cette obsession scatologique en revenant sur ses sources autobiographiques et littéraires. Il vise également à identifier les portées symboliques de ce thème. Marque d'infamie, source de marginalité et d'isolement, allégorie du mal et du temps qui passe, l'excrément apparaît d'abord comme un élément mortifère attirant les êtres vers le gouffre et conduisant les peuples à leur disparition. Il confère souvent des accents gnostiques ou réactionnaires à un discours tout entier dirigé vers la déploration d'une agonie : mort de tout homme, effondrement du monde rural de l'enfance, déchéance de la littérature française. L'expérience humiliante de la diarrhée découvre toutefois son versant lumineux lorsqu'elle apparaît comme un moyen de "sortir de soi". L'excrétion devient alors une force créatrice, une forme paradoxale d'extase mystique permettant à l'écrivain et à ses doubles d'aller à la rencontre de l'autre, de Dieu et de la langue. Cette thèse explore donc la façon dont la scatologie apparaît tour à tour, chez Richard Millet, comme un révélateur psychologique, un matériau sociologique ou légendaire, un objet métaphysique, une arme politique, ou encore un principe stylistique.

  • Titre traduit

    Literature and the gut : a study of scatology in Richard Millet's work.


  • Résumé

    Richard Millet's work is permeated with scatological material. From his first novel- "L'invention du corps de saint Marc" (1983) - which portrayed a young man's physical decay, until his latest essay - "Paris bas-ventre: le R.E.R. comme principe évacuateur du peuple français" (2021) - in which he ventures into the underground depths of the French capital, Millet has never ceased to fathom vile faeces material so as to reveal a truth about men and the world. First, this research offers a study into the origins of such scatological obsession, starting with its autobiographical and literary sources. It also aims at identifying the symbolic significance of this topic. Sometimes considered a sign of infamy, a reason for marginality or isolation, or an allegory of evil and ephemerality, faeces are firstly displayed as a death-inducing element, drawing beings into an abyss and leading peoples to their inevitable fate. They often impart gnostic or reactionary intonations to a current of thoughts entirely focused on deploring impeding loss: the death of all men, the collapse of the rural world of childhood, the decay of French literature. However, the humiliating experience of diarrhea reveals its brighter side when considered as a way to "get out of oneself". Excretion then becomes a creative force, a paradoxical form of mystical bliss, which enables the writer and his aliases to meet the other, God, and language. This thesis therefore explores the many forms taken on by scatology in Richard Millet's work, such as a psychological indicator, a sociological or legendary material, a metaphysical object, a political weapon, or a stylistic principle.