La médaille de sculpteur, essor d’un genre à l’époque de la « médaillomanie » (1880-1920)

par Katia Schaal

Projet de thèse en Histoire de l'art

Sous la direction de Claire Barbillon et de Inès Villela-Petit.

Thèses en préparation à Poitiers , dans le cadre de École doctorale Lettres, pensée, arts et histoire (Poitiers ; 2009-2018) depuis le 01-10-2014 .


  • Résumé

    Entre les années 1880 et 1920, l’engouement officiel, populaire et artistique pour la médaille conduit une soixantaine de sculpteurs à reconsidérer ce médium comme un support annexe de production et à s’approprier ce type de relief comme un nouveau lieu d’expérimentation. Certains y succombent pour quelques tentatives (Paul-Roger Bloche, François-Rupert Carabin, Geneviève Granger, Henri Greber ou Victor Ségoffin), quand d’autres s’y abandonnent complètement (Ferdinand Gilbault, Hippolyte Lefèbvre, Jules-Prosper Legastelois ou Pierre Roche), passant du monumental au registre minimal de la médaille et allant jusqu’à revendiquer une pratique de sculpteur-médailleur, notamment Henri Nocq et Ovide Yencesse. Le constat de l’originalité de leur approche se confirme en comparaison des réalisations de leurs confrères graveurs en médailles. Par leur formation académique, ces derniers demeurent encore très respectueux des conventions de leur art. En effet, entre sculpture et médaille, il subsiste de réelles différences d’échelle, de nature de relief, de technique comme l’obligation de maîtriser la taille directe sur acier et de mise en œuvre. La frappe, procédé clé pour la médaille, est l’axe fondamental de la constitution du corpus. À partir des collections du dépôt légal que conservent la Bibliothèque nationale de France et la Monnaie de Paris, l’intérêt se porte spécifiquement à la médaille de sculpteur, et non aux médaillons fondus, pour comprendre ce qui pousse les sculpteurs à basculer vers un domaine de l’art si différent du leur et dans quelle mesure les réalisations qui en résultent contribuent au renouveau de la médaille contemporaine. Cette étude repose sur le catalogage d’une production artistique négligée car se plaçant à la marge du travail des sculpteurs. En suivant un modèle prosopographique, l’objectif est de définir une véritable « école de sculpteurs-médailleurs » investie à faire disparaître la frontière entre médaille et sculpture. Cette perméabilité disciplinaire modifie irrémédiablement le statut des artistes, l’esthétique de la production et même l’usage de la médaille. En ne se destinant plus uniquement à la commémoration ou à la récompense, son champ est désormais investi comme n’importe quel support d’art par les artistes, modifiant par la même occasion l’horizon d’attente du public et de la critique en matière de médailles et l’assimilant à tout autre objet de décoration et d’œuvre de délectation. L’analyse du débat qui agite le milieu, en opposant les partisans de la machine et les défenseurs de la main, permet encore de reconsidérer l’histoire des techniques et de l’art de la médaille pour comprendre les répercussions dans l’apprentissage du métier de médailleur, dans les pratiques de gravure et de modelage, ainsi que dans les réalisations des graveurs en médailles. Enfin, en dépassant un discours historiographique contemporain de l’essor médaillistique, cette étude souhaite enrichir l’histoire de la sculpture en montrant comment elle a pu devenir un enjeu du renouveau de la médaille.


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