Des amphis d'apprentis. Genèses, structurations et composition sociale des formations en apprentissage dans l’enseignement supérieur

par Arnaud Pierrel

Thèse de doctorat en Sociologie

Sous la direction de Gilles Moreau et de Prisca Kergoat.


  • Résumé

    Cette thèse de sociologie interroge le développement des formations en apprentissage dans l’enseignement supérieur. Cantonné à la préparation des CAP jusqu’en 1987, ce mode de formation a connu depuis lors une « aspiration vers le haut », de telle sorte qu’à la fin des années 2010 près de quatre apprentis sur dix préparent un diplôme de l’enseignement supérieur. Cette implantation progressive de l’apprentissage dans l’enseignement supérieur remodèle les contours de celui-là tout autant qu’elle constitue un miroir grossissant des recompositions qui affectent celui-ci : hausse du taux d’accès sous régime de démocratisation ségrégative, contraintes de financement, injonction à la professionnalisation des formations et nouvelles formes de sélection à l’entrée de ces dernières. S’appuyant sur des matériaux d’archives, statistiques et ethnographiques, cette thèse montre que le développement de l’apprentissage dans l’enseignement supérieur constitue un poste d’observation privilégié de la production et de la perception des différentes composantes de la valeur des diplômes. Par extension, sont analysées les sources et formes de l’hétéronomie relative du monde académique, dimension souvent oubliée au profit de son pendant autonome. La mise en évidence de la pluralité de la valeur des diplômes et de l’hétéronomie relative s’effectue en trois temps, constituant autant d’étapes méthodologiques d’une étude globale des formations en apprentissage de l’enseignement supérieur. La première partie explique, dans une perspective sociohistorique, comment l’apprentissage “arrive” dans l’enseignement supérieur avec, dans ses bagages, son passé de mode de formation associé à la qualification ouvrière, le remodelage progressif de la morphologie apprentie consécutif de cette arrivée et la ramification de l’offre de places qui sous-tend le développement du mode de formation. La deuxième partie rend compte, à l’échelle des établissements, de la diversité des formes institutionnelles que revêtent les centres de formation d’apprentis, leurs positions au sein de l’espace de l’enseignement supérieur et les rapports d’homologie entre ces positions et celles occupées sur le marché de la collecte de la taxe d’apprentissage, source financière au cœur de leur fonctionnement. Une fois mises au jour les logiques d’appropriation du mode de formation et les configurations institutionnelles dans lesquelles il est pris, la troisième partie donne à voir qui sont les apprentis de l’enseignement supérieur, d’abord comme groupe construit par ses modalités de recrutement, puis comparativement aux étudiants sous statut scolaire et enfin eu égard à leur spécificité d’être préclassés dans les rapports sociaux de production.


  • Résumé

    This Sociology thesis pertains to the development of apprenticeship training programs in Higher Education in France. Confined to the vocational training diploma known as the Certificate of Professional Aptitude (Certificat d’Aptitude Professionnelle) until 1987, this type of training has since been “uplifted”, so much so that by the end of the 2010’s nearly four in ten apprentices were enrolled in a Higher Education program. The footing that apprenticeship progressively gained in Higher Education has redrawn its perimeter lines, while simultaneously exposing the effects of these shakeups : a higher rate of entry albeit under segregative democratization, funding constraints, demands for a push towards professionalization of school programs and new forms of selection when applying for those. Building on archive statistical and ethnographic materials, this thesis demonstrates that the development of apprenticeship in Higher Education is a choice vantage point to look at how the various components that make up the value of a diploma are produced, and perceived. By extension, we analyze the sources and the forms of heteronomy in the world of academia, often forgotten as the focus is on its counterpart, autonomy. Here, we shed light on the plurality of the value of diplomas and on the relative heteronomy in this Higher Education landscape in three parts, which reflect the methodological steps of a global study on apprenticeship training. Through a sociohistorical perspective, the first part explores how apprenticeships “landed” in the Higher Education landscape with the baggage of their past as a form of training associated with worker qualification, the progressive remodel of the apprentice morphology that follows this arrival, and the ramifications of the offers for openings which underpins the development of this type of training. The second part gives an account of the diversity of the training centers for these apprentices on an institutional level, their position in the Higher Education space, and the homologous relationship between these positions and the ones they hold on the market of apprenticeship tax collection, a tax which is the core source of funding for their operations. Once the logic behind the appropriation of these forms of training and their institutional configurations have been explored, the third part casts a light on who the apprentices themselves are within Higher Education, first as a group which has built itself based on the modalities of their recruiting, then in comparison with regular students, and finally with the consideration of what sets them apart : their first brush with the social relations of production.