Etude des interactions conjugales dans le processus de décision d'une reconstruction mammaire pour un cancer du sein.

par Kristopher Lamore

Thèse de doctorat en Psychologie

Sous la direction de Aurelie Untas.

Thèses en préparation à Sorbonne Paris Cité , dans le cadre de École doctorale Cognition, comportements, conduites humaines .


  • Résumé

    Contexte : Les Plans Cancer 2 et 3 soulignent l'importance de la décision médicale partagée. Cependant, la littérature sur la reconstruction mammaire (RM) suite à un cancer du sein montre la place essentielle du médecin dans la prise de décision. Les proches apparaissent également comme peu pris en compte par les médecins dans le choix des traitements et en particulier le partenaire intime qui est le proche généralement le plus présent aux côtés de la patiente. À l'heure actuelle, aucune recherche n'a étudié les interactions conjugales dans le processus de décision d'une RM. Pourtant, plusieurs études ont montré l'interdépendance des deux membres du couple face à une maladie chronique et le rôle essentiel du partenaire dans l'ajustement des patientes au cancer du sein. Objectif : Cette recherche a pour objectif principal d'étudier les interactions conjugales dans le processus de décision d'une RM suite au diagnostic d'un cancer du sein. Méthode : Deux études ainsi qu'une revue systématique de la littérature ont été réalisées afin de répondre à cet objectif. Ces deux études étaient mixtes, comprenaient une partie quantitative (auto-questionnaires) et une partie qualitative (entretiens avec les femmes et leur partenaire). La première étude était rétrospective, en interrogeant des couples plusieurs années après le diagnostic du cancer. La seconde était prospective, en interrogeant des couples juste après le diagnostic du cancer. Les données quantitatives ont fait l'objet d'analyses non-paramétriques. Les données qualitatives ont fait l'objet d'une analyse de contenu thématique, d'une analyse lexicale (pour l'étude rétrospective) et d'une analyse phénoménologique interprétative (pour l'étude prospective). Résultats : Les résultats de l'étude rétrospective montrent que l'ajustement émotionnel des femmes est le même quel que soit leur décision (RM immédiate, RM différée ou sans RM). Cependant, les femmes qui n'ont pas eu de RM recommanderaient moins leur décision comparées aux femmes qui ont eu une RM. Par ailleurs, les couples rapportent que la prise de décision de la RM est vécue et prise au sein du couple. Le partenaire y apparaît comme un soutien à la décision. La question de la temporalité apparaît différemment dans le discours des couples selon la décision. Les résultats de la revue systématique soulignent les différents rôles que les proches peuvent avoir dans la prise de décision d'un traitement pour une maladie chronique, notamment de manière directe (e.g., le partenaire communique ses préférences au patient) et indirecte (e.g., le choix du patient est guidé par sa perception de ses responsabilités familiales). Les résultats de l'étude prospective montrent qu'avant la mastectomie, les partenaires de femmes qui ne vont pas avoir de RMI expriment plus d'émotions négatives et un besoin d'information plus important que les partenaires de femmes qui vont avoir une RMI. De plus, les femmes et leurs partenaires pensent à la RM au moment de la mastectomie. Ces pensées leur permettent de se projeter dans le futur, où la RM est associée à une bonne santé. Penser à la RM pourrait alors permettre aux couples de s'ajuster face à la mastectomie et au diagnostic de cancer du sein. Conclusion : La prise de décision de la RM apparaît comme vécue au sein du couple, avec des spécificités en fonction de la décision prise (RM immédiate, RM différée ou pas de RM). Au niveau clinique, ce travail permet d'identifier les besoins des couples et de proposer des pistes d'interventions et d'outils à développer afin d'accompagner les femmes et leur partenaire. Au niveau de la recherche, il conviendrait d'investiguer plus largement comment la décision de la RM est prise entre la femme, son partenaire et les différents professionnels de santé impliqués dans la prise en charge médicale.

  • Titre traduit

    Study of couple interactions in the decision-making process facing breast reconstruction in breast cancer treatment


  • Résumé

    Context: Cancer Plans 2 and 3 emphasize the importance of a shared decision-making. However, the literature on breast reconstruction (BR) following breast cancer shows the physician essential place in this decision-making. Close others are also little included by physicians in this treatment choice and more specifically intimate partners. The latter is usually the most present near the women. To date, no research has studied couple interactions in the decision-making process of a BR. Yet, several studies have pointed out the interdependence of both members of a couple to face a chronic illness and partners' key role in women's adjustment facing breast cancer. Objective: The main objective of this research is to study couple interactions in the decision-making process of a BR following breast cancer diagnosis. Method: Two studies as well as a systematic literature review were realized to meet this objective. These two studies were mixed, including a quantitative part (self-reported questionnaires) and a qualitative part (interviews with women and their partners). The first study was retrospective, interviewing couples several years after breast cancer diagnosis. The second study was prospective, interviewing couples just after breast cancer diagnosis. Quantitative data were subjected to non-parametric analysis. Qualitative data were subjected to a thematic content analysis, a lexical analysis and an interpretative phenomenological analysis. Results: The results of the retrospective study show that women's emotional adjustment is the same regardless their decision (immediate BR, delayed BR or no BR). However, women without BR would less recommend their decision compared to women with BR. In addition, couples report that BR decision was lived and taken within the couple. Partners were described as supportive in the decision-making process. The question of temporality emerged differently in couple's discourse according to the decision. The results of the systematic literature review highlight the different roles family members can have in treatment decision-making of a chronic illness, including direct (e.g., the partner says his/her preferences to the patient) and indirect influence (e.g., patient's choice is guided by his/her perception of his/her family responsibilities). The results of the prospective study shows that before the mastectomy, partners of women not having an immediate BR express more negative emotions and a greater need for information compared to partners of women having an immediate BR. Furthermore, women and their partners think to the BR at the time of the mastectomy. These thoughts allow couples to project themselves in the future, where BR is associated to a good health. Thinking to BR could allow couples to cope with the mastectomy and breast cancer diagnosis. Conclusion: BR decision-making appears as experienced within the couple, with specificities considering the decision (immediate BR, delayed BR or no BR). At the clinical level, this work allows to identify couples needs and to propose interventions and tools to develop in order to accompany women and their partners. At the research level, it should be distinguished more broadly how BR decision is made between the women, her partner and the health professionals involved in the medical care.