Le théâtre, la rue, la ZAD. Usages contemporains du carnaval : performances théâtrales et militantes

par Alexandre Todorov

Projet de thèse en SACRe, théâtre

Sous la direction de Christian Biet et de Yann-Joël Collin.

Thèses en préparation à l'Université Paris sciences et lettres , dans le cadre de École doctorale Lettres, Arts, Sciences humaines et sociales , en partenariat avec Équipe d'accueil SACRe - Sciences, arts, création, recherche (Paris) (laboratoire) et de Conservatoire National Supérieur d'Art Dramatique (CNSAD) (établissement opérateur d'inscription) depuis le 01-12-2015 .


  • Résumé

    Que pratiques du carnaval et pratiques du théâtre se soient mutuellement nourries en Europe depuis l'Antiquité, il n'y a guère lieu d'en douter ; la dimension théâtrale du carnaval est particulièrement évidente, que l'on songe au port de masques et de costumes, à la mise en place de dispositifs spectaculaires, ou encore au fait de représenter des fictions grâce à des acteurs. L'objet de cette recherche est d'aborder cette relation sous l'angle inverse, en se demandant sous quelles formes et dans quelles conditions un évènement théâtral aujourd'hui peut être considéré comme carnavalesque. On appelle « carnavalesque » tout moment ou évènement caractérisé par des pratiques d'inversions (des hiérarchies, des sexes), de transgressions (sociales, morales), de détournements (d'objets, de mots), de dépenses inutiles (de nourriture, d'énergie) ou de destructions (réelles ou symboliques). Le carnaval est par excellence un moment d'exception, une hétérochronie au sens foucaldien du terme. Partant de là, on peut formuler l'hypothèse que les pratiques subsistantes de carnaval (en France telles qu'à Limoux, Nice ou Dunkerque) n'ont pas le monopole du carnavalesque ; et qu'on peut rencontrer celui-ci ailleurs, et notamment dans certaines pratiques artistiques — dont le théâtre. Il faut alors examiner les implications théoriques d'une telle hypothèse — ainsi la question de l'utilité, intime ou sociale, de tels moments (catharsis ? exorcisme ? soupape de sûreté ?) ; ou celle de l'existence d'une éventuelle « pulsion carnavalesque », individuelle ou collective, dont les voies d'expression varieraient suivant les époques mais qui serait intemporelle. C'est aussi l'occasion d'interroger les différentes ressources dont dispose le dispositif théâtral pour renouveler de la sorte son sens et ses effets. Sur le modèle de metteurs en scène comme Peter Brook, Jerzy Grotowski ou Eugenio Barba, qui ont su combiner recherche théorique, études de terrain et création artistique, il s'agit donc d'allier recherche sur l'histoire et l'anthropologie du carnaval et études de formes carnavalesques contemporaines (au sens large) pour nourrir une création théâtrale au long cours.

  • Titre traduit

    The Theatre, the street, the ZAD. Contemporary uses of carnival : theatrical and activist performances


  • Résumé

    In Europe, carnival and theatre practice have influenced each other since Ancient history : it is particularly obvious when we think of the theatrical aspects of carnival, such as the wearing of costumes and masks, the making of performances or the representing of fictions through actors. The purpose of this resarch is to examine this relationship the other way around, by wondering from which angle a theatrical event nowadays can be considered as carnivalesque. By "carnivalesque", we are referring to any moment or event characterized by reversing (hierarchies, genders), transgressing (social or moral laws), distorting (language, objects), excessive spending (of money, food or energy), and destructing (through real or symbolic ways). In a nuthsell, a carnivalesque moment is a moment of exception — what Michel Foucault was calling a heterochrony. From there on, we can suppose that carnivalesque and carnivals don't always go along, at least as not as much as they used to ; and that we may encounter carnivalesque elsewhere, for example in artistic practices — among which, theatre. We will have to question the implications of this hypothesis — such as the personal or social meaning of these moments, or the possible existence of something like a "carnivalesque impulse" that would vary according to time and place but would be, in a way, universal. Based on the model of stage directors like Peter Brook, Jerzy Grotoswky or Eugenio Barba, who managed to combine theoretical research, groundfield studies and artistic creation, the idea is to put together scientific literature about the history and anthropology of carnival and study of contemporary carnivalesque figures, in order to feed a long-term theatre creation.