Architecture et socialité Le design architectural d'une école nationale supérieure d'art et de design : l'École nationale supérieure des Arts Décoratifs (EnsAD – Paris) Une analyse empirique par la sociologie de l'architecture

par Augusta MüLler (Danner)

Projet de thèse en SACRe, design

Sous la direction de Marc Crepon et de Emmanuel Mahé.

Thèses en préparation à Paris Sciences et Lettres , dans le cadre de Ecole transdisciplinaire Lettres - Sciences , en partenariat avec Sciences, Arts, Création, Recherche (laboratoire) et de Ecole normale supérieure (établissement de préparation de la thèse) depuis le 01-10-2013 .


  • Résumé

    La problématique centrale de cette thèse traite de l'influence du design architectural sur la socialité de l'ENSAD. Le terme de socialité permet de mettre l'accent sur les structures sociales s'opérant dans le bâtiment de l'université dans, avec et par l'architecture de l'ENSAD. La notion de structures sociales concerne ici des interactions et types de mouvements sociaux récurrents, qui se constituent et se maintiennent grâce au design architectural. En créant des cadres de vie artificiels, le design architectural permet de structurer l'action et le comportement social. En l'état actuel de la sociologie architecturale qui se met en place, il faut différencier deux niveaux dans la relation entre l'architecture et la société1 : un premier niveau, de l'ordre de la logique constitutionnelle, traite de la création d'une réalité sociale et est attribué au paradigme du constructivisme social ; le second niveau est celui de la sociologie des artéfacts, qui aborde les interactions concrètes, c'est-à-dire les rapports des choses (architecturales), l'action sociale et le comportement des acteurs. Dans le premier cas, l'architecture semble être une objectivation de la vie sociale, qui est alors considérée comme une copie du caractère social à cause de l'emploi de symboles semblables au langage et de sémantiques, alors que le social se manifeste indépendamment des corps (architecturaux) de par l'attribution et la transmission de sens. L'architecture et la socialité seront de ce fait traitées séparément, la construction ne trouvant son sens que dans l'utilisation que l'on en fait. Dans le second cas, l'architecture est considérée comme un artéfact qui est lié en permanence à la vie individuelle et dont on ne peut l'en séparer. Ici, l'architecture ne semble pas être seulement l'encadrement d'un monde qui est déjà social, mais elle permet et évoque l'action et le comportement social d'une manière spécifique. La position adoptée dans ce travail correspond à la dialectique des deux points de vue empruntés à la sociologie architecturale esquissés ci-dessus. Car, d'une part, l'architecture est une construction qui se doit de remplir certaines fonctions et est portée par des symboles et des sémantiques. Dans le cas de l'ENSAD, l'architecture doit s'orienter vers la fonction universitaire, c'est-à-dire que le design du bâtiment doit favoriser du mieux possible l'enseignement et la recherche, en créant des amphithéâtres, des salles de séminaire, des ateliers, des bibliothèques, des couloirs, etc. de façon à atteindre un environnement d'enseignement et d'apprentissage correct ou adéquate. Parallèlement, l'emplacement d'une université s'accompagne de symboles et de sémantiques spécifiques, non seulement en raison de la signification historique, mais aussi de la signification sociale y étant liée. Dans une conception architecturale, en appréhendant les conditions fonctionnelles d'une université et en s'orientant vers les symboles et les sémantiques historiques et sociales y étant liés, ce point de vue se meut dans le cadre de l'approche de constructivisme social2. D'autre part, le bâtiment est néanmoins construit et des gens se meuvent à l'intérieur, il devient un artéfact qui crée une symbiose avec les interactions sociales et qui se lie de façon permanente aux mouvements, actions, et pensées des acteurs dans l'interaction entre les artéfacts et les perceptions. La partie théorique ainsi que la partie empirique de ce travail recourent à la dialectique de ces deux points de vue de sociologiques architecturaux (le constructivisme social et la théorie de l'acteur- réseau). Ainsi, la partie théorique est divisée en quatre sections : la conception, la communication, la perception et la socialité. Les sections concernant la conception et la communication se concentrent sur les fonctions ainsi que sur les symboles, ou plutôt sur les sémantiques du design architectural de l'ENSAD, et reposent surtout sur une perspective de constructivisme social, mais la perspective sera modifiée dans les deux sections suivantes, la perception et la socialité. Avec les recherches de Lakoff et Johnson (2003), l'expérience incarnée met en avant l'observation. Il fut alors montré que le sens n'est pas quelque chose qui s'opère exclusivement dans la communication, mais qui se trouve déjà dans l'expérience d'un monde incarné. A la suite de quoi la socialité est vue comme l'exécution de liaisons permanentes entre l'homme et l'objet, qui engendre une structure sociale spécifique de par ces associations mutuelles. Le débat et les justifications de chaque section se déroulent le long et dans le cadre du sujet de recherche de l'ENSAD. De ces quatre sections résulte la définition opérationnelle : le design architectural dirige des mouvements volontaires et involontaires dans l'espace social. Nous utilisons le processus de triangulation afin d'analyser de manière empirique l'influence de l'architecture sur la socialité de l'ENSAD. Ainsi, dans la partie consacrée à la méthode, nous abordons tout d'abord la différence entre les perspectives d'observations du constructivisme social et de la théorie de l'acteur-réseau, afin de mesurer la socialité. Les deux théories sont considérées comme des gabarits différents, à travers lesquels est observé l'objet de recherche pour en faire ressortir, selon la perspective, les rapports de causalité entre l'architecture de l'ENSAD et la socialité. Ce faisant, l'approche constructiviste sociale adopte une perspective à vol d'oiseau, qui s'appuie surtout sur des interactions sociales indépendantes de l'architecture, alors que la théorie de l'acteur-réseau est une approche microsociologique, et prend en compte la liaison homme-objet dans l'exécution du social. Les deux méthodes utilisées pour déterminer la socialité de l'ENSAD de manière empirique se modèlent sur les différentes approches épistémologiques. Parallèlement à l'étude des acteurs, ainsi que de leurs mouvements et associations en rapport à l'architecture à l'intérieur de l'ENSAD dans le cadre de la théorie de l'acteur-réseau, un questionnaire en ligne est mis en place pour obtenir un échantillon des mouvements et des interactions sociales des acteurs de l'ENSAD. L'enquête est divisée en trois parties. La première partie porte sur la satisfaction quant à l'architecture de l'ENSAD dans son ensemble et sur certains aspects qui ont un rapport avec l'étude et les relations sociales. En outre, il est demandé à quelle fréquence ont lieu des interactions sociales entre les étudiants et les professeurs de manière générale, tout comme où les étudiants passent la plupart de leur temps dans le bâtiment de l'ENSAD. A ce propos, l'ENSAD est divisée en plusieurs espaces différents (hall d'accueil, amphithéâtres, extérieurs, restaurant universitaire, salle d'exposition, escalier en colimaçon, couloirs, ateliers, salles de séminaires, et la zone réservée aux professeurs). La deuxième partie s'occupe seulement de ces sous-espaces. Ainsi, en se fondant sur un différentiel sémantique, nous nous interrogeons sur la perception de chacun de ces espaces, sur la satisfaction concernant certains critères de la zone concernée, tout comme sur le bien-être général dans cet espace précis et le degré d'interaction sociale s'y opérant (d'extrêmement paralinguistique à extrêmement communicatif). Dans le questionnaire, les différentes zones sont accompagnées par des photos les représentant, afin que les sondés aient une impression visuelle, et qu'ils puissent se représenter les espaces plus aisément pour répondre aux questions. La toute dernière partie traite des données personnelles. Le but de la recherche quantitative est de créer une carte pour montrer les espaces de l'ENSAD dans lesquels les étudiants s'attardent le plus longtemps, ceux dans lesquels ils se meuvent le plus et dans quelles zones ils interagissent plus ou moins socialement. Ainsi se pose aussi la question de savoir quel est le rapport entre les types de mouvements ou d'interactions et la perception ou le bien-être dans les différents sous-espaces.

  • Titre traduit

    Architecture and society The architectural design of a university of applied arts : the EnsAD in Paris an empirical analysis though the sociology of architecture


  • Résumé

    The central issue of this thesis deals with the influence of architectural design on the sociality of ENSAD. The term of sociality allows to focus on social structures operating in the university building in, with and through the architecture of the ENSAD. The notion of social structures here concerns the interactions and types of recurring social movements, which are formed and maintained through architectural design. By creating artificial living environments, architectural design allows to structure the action and social behavior. In the current state of architectural sociology that is taking place, we must distinguish two levels in the relationship between architecture and society.1: a first level of the order of constitutional logic, deals with the creation of a social reality and is attributed to the paradigm of social constructivism; the second is the level of sociology artifacts that addresses the specific interactions, that is to say, the relations of things (architecture), social action and behavior of actors. In the first case, the architecture seems to be an objectification of social life, which is then regarded as a copy of the social character because of the use of symbols similar to the language and semantics, while social is manifested independently body (architectural) by the assignment and transmission of meaning. Architecture and sociality will therefore be dealt with separately, construction not finding meaning in the use that is made. In the second case, the architecture is considered an artifact that is permanently bonded to individual life and that it can not be separated. Here, the architecture does not seem to be only the frame of a world that is already registered, but it allows and evokes action and social behavior in a specific way. The position adopted in this work is the dialectic of two views taken from the architectural sociology outlined above. Because, firstly, the architecture is a construction that must perform certain functions and is supported by symbols and semantics. In the case of the ENSAD, architecture must focus on academic function, that is to say, the building design must promote the best possible teaching and research, creating amphitheatres, seminar rooms, workshops, libraries, corridors, etc. so as to achieve an educational environment and proper or adequate training. Meanwhile, the location of a university is accompanied by symbols and specific semantics, not only because of the historical significance, but also of social significance are being linked. In architectural design, by understanding the functional requirements of a university and moving towards the symbols and historical and social semantics are being linked, this view moves as part of the approach of constructivism social2. Moreover, the building is still built and people move in, it becomes an artifact that creates a symbiosis with social interactions and which binds permanently to movements, actions, and thoughts of the actors in interaction between artifacts and perceptions. The theoretical part and the empirical part of this work have recourse to the dialectic of these two perspectives of architectural sociology (social constructivism and actor-network theory). Thus, the theoretical part is divided into four sections: design, communication, perception and sociality. The sections on the design and communication focus on the functions as well as symbols, or rather on the semantics of the architectural design of the ENSAD, especially based on a perspective of social constructivism, but the perspective will change in both following sections, perception and sociality. With Lakoff and Johnson's research (2003), the embodied experience highlights the observation. It was then shown that the meaning is not something that occurs only in communication, but that is already in the experience of an incarnated world. Following what sociality is seen as performing permanent bonds between man and object, which creates a specific social structure of these membership organizations. The debate and justification for each section are carried along and within the research topic of ENSAD. Of the four sections result the operational definition: architectural design directs voluntary and involuntary movements in the social space. We use the triangulation process to analyze empirically the influence of architecture on the sociality of ENSAD. Thus, in the section on the method, we initially approach the difference between the outlook of observations of social constructivism and theory of actor-network to measure sociality. The two theories are considered different templates, which is observed through the research object to bring out, the perspective, the causal relationship between the architecture of the ENSAD and sociality. In doing so, social constructivist approach adopts a perspective as the crow flies, which relies mostly on independent social interaction of architecture, while the theory of actor-network is the micro approach and takes into account linking man-object in the implementation of the social. The two methods used to determine the sociality of the empirically ENSAD model themselves on different epistemological approaches. Parallel to the study of actors and their movements and associations related to architecture within ENSAD under the actor-network theory, an online questionnaire is set up to obtain a sample of the movements and interactions of social actors. The survey is divided into three parts. The first part focuses on the satisfaction with the architecture of the ENSAD as a whole and certain aspects which are relevant to the study and social relationships. In addition, it is asked how often social interaction between students and professors takes place in general, like where students spend most of their time in the ENSAD building. Incidentally, the ENSAD is divided into several different spaces (lobby, lecture halls, outdoor, university restaurant, exhibition hall, spiral staircase, corridors, workshops, seminar rooms, and the area reserved for professors) . The second part deals only these sub-areas. Thus, based on a semantic differential, we question the perception of each space on the satisfaction with certain criteria of the area, like the general welfare in this specific area and the degree of social interaction operating it (extremely paralinguistics extremely communicative). In the questionnaire, different areas are accompanied by pictures of themselves, so that respondents have a visual impression, and they can more easily represent the spaces to answer questions. The very last part deals with personal data. The objective of quantitative research is to create a map to show the areas of the ENSAD in which students as long linger, those in which they move the most and in which areas they interact more or less socially. Thus there is also the question of what is the relationship between the types of movements or interactions and perception or comfort zones in the various sub-areas.