L'ego, son expression, sa vie, sa naturalisation: une crise des sciences de la subjectivité.

par Jean-daniel Thumser

Projet de thèse en Philosophie

Sous la direction de Natalie Depraz.

Thèses en préparation à Paris Sciences et Lettres , dans le cadre de École doctorale École transdisciplinaire Lettres/Sciences (Paris) , en partenariat avec PAYS GERMANIQUES (laboratoire) et de École normale supérieure (Paris ; 1985-....) (établissement de préparation de la thèse) depuis le 01-10-2014 .


  • Résumé

    Ce travail thématique et historique a pour objectif de mettre en lumière les difficultés que l'on peut rencontrer lorsque nous tentons de saisir ce que signifie la vie de l'ego d'un point de vue phénoménologique et scientifique. Les questions qui nous animent sont les suivantes et rythment le travail présent : que signifie précisément dire « Je » ? ; Quelle est la caractérisation de l'ego dans la phénoménologie husserlienne ? Dans quelle mesure la vie de l'ego peut-elle être naturalisée ? Notre cheminement suit les traces du corpus husserlien, en ce que nous considérons qu'il est tout d'abord nécessaire d'éclaircir le sens du terme ego dans l'optique d'une « phénoménologie analytique ». C'est pourquoi nous avons souhaité revenir à la naissance paradoxale de ce terme chez Pascal jusqu'aux débats contemporains. Cela nous a permis de comprendre que l'indexical « Je » peut, comme le souligne justement S.Chauvier, être la marque d'une « ingénuité descriptive » qui consiste en une incapacité à décrire pleinement une situation ou la subjectivité exprimant un indexical. Seule une entente phénoménologique du « Je » peut modifier cette conception en ce qu'elle induit la présence d'une subjectivité en chair et en os, un Nullpunkt irréductible à quelque réification que ce soit. Le langage phénoménologique, en plus de valoriser la part subjective du vécu (Ichrede), permet en outre de modifier notre conception ontique du sens des termes usités afin de décrire un état de chose d'un point de vue eidétique – la chose comme corrélat. « La langue naturelle ne subit pas de métamorphose dans la forme extérieure de ses vocables, mais dans son mode de signification. Pas un seul mot, dès lors qu'il fonctionne dans la langue du moi phénoménologisant, ne peut conserver le sens naturel » (Fink, VI Méditation Cartésienne). En reprenant cette idée cardinale, nous avons par la suite tenté de résoudre l'énigme du Je d'un point de historique à partir d'une étude comparée entre la phénoménologie husserlienne et celle de ses disciples (Reinach, Ingarden, Sartre). À partir de là, nous étions en mesure d'appréhender le bienfondé des critiques apportées à l'égard du tournant transcendantal de la phénoménologie. Pourtant, ces critiques ne sauraient dépasser ni compromettre la pensée de Husserl en ce qu'elle déborde selon nous le cadre formel et stérile d'une binarité idéalisme-réalisme. Nous avons ainsi voulu mettre en exergue le renouvellement, dès le tournant génétique, de la phénoménologie à partir de ce que nous nommons le « naturalisme phénoménologique » de Husserl, en particulier en ce qui concerne le traitement qu'il a accordé aux sujets comme la naissance, la mort, l'anomalité et l'animalité. Ce faisant, nous avions tous les éléments pour démontrer que Husserl n'était idéaliste qu'en apparence et que son œuvre contenait les germes de l'entreprise naturaliste en développement depuis quelques dizaines d'années. Il fallut dès lors montrer les corrélations entre la phénoménologie « classique » et la naturalisation de la phénoménologie à travers une étude non exhaustive des textes contemporains présentés par des auteurs comme F.Varela, N.Depraz ou J-L Petit. Il nous apparut ainsi que la naturalisation en restait à l'état embryonnaire, mais qu'elle pouvait dans un avenir proche, grâce à des recherches sur l'agentivité, la dépression, ou sur la phénophysique, éclairer les sciences cognitives dans l'optique d'une étude cogénérative et fertile en ce qu'elle joint les perspectives à la première et la troisième personne. Or, il nous semble malgré tout que la naturalisation de la phénoménologie demeure davantage asubjective, au sens que donne Patocka, que pleinement phénoménologique. Nous concluons de la sorte en affirmant qu'il faut distinguer deux types de phénoménologie de même que deux types de naturalisation, tout en avançant qu'il serait judicieux de prendre également en considération le rôle du système nerveux entérique, en plus du cerveau,

  • Titre traduit

    The ego's primacy : husserl and cognitive sciences


  • Résumé

    This thematic and historical work aims to highlight the difficulties that can be encountered when we try to grasp what the egological life means from a phenomenological and scientific point of view. The questions that animate us are the following and rhythm the present work: what exactly does it mean to say "I"? ; What is the characterization of the egological life in Husserlian phenomenology? To what extent can the egological life be naturalized? Our path follows the Husserlian corpus for we consider that it is first necessary to clarify the meaning of the term “ego” in the perspective of an “analytic phenomenology”. This allowed us to understand that the indexical “I” can be the mark of a “descriptive ingenuity” which consists in an inability to fully describe a situation or a subjectivity expressing itself. Only a phenomenological understanding of the “I” may modify this conception by inducing that the presence of a subjectivity made of flesh and bones is an irreducible Nullpunkt. The phenomenological language, in addition to valuing the subjective part of live experience (Ichrede), also allows to modify our ontic conception of the meaning of termes used in order to describe a state of things from an eidetic point of view – a thing as correlate. By taking up this cardinal idea, we have subsequently attempted to solve the enigma around the I from a historical point of view on the basis a comparative study between Husserlian phenomenology and what critics made by Husserls disciples such as Reinach, Ingarden and Sartre. From then on, we were able to grasp the depth and validity of some critics made against the transcendental turn of phenomenology. Yet, these critics cannot go beyond or compromise Husserl's thinking for this latter one overflows in our view the formal and sterile framework of an idealistic-realistic binarity. In this way, we wanted to highlight the renewal of phenomenology from the genetic point of view, starting with what we call the “phenomenological naturalism”, especially in regard to the treatment Husserl accorded to subjects such as birth, death, a(b)no(r)mality and animality. In doing so, we had the evidence to show that Husserl was only apparently an idealist and that his work contains the seeds of the naturalistic enterprise under developent for some decades. It was therefore necessary to show the correlations between the “classical” phenomenology and the naturalization of phenomenology through a study of contempory texts presented by authors such as F. Varela, N. Depraz or J-L Petit. It appeared to us that naturalization was still embryonic, but that it may in the near future, through researches on agentivity, depression or phenophysics, illuminate cognitive sciences from the perspective of a cogenerative and fertile study for it joins the first and third person perspectives. However, it seems to us that the naturalization of phenomenology remains more asubjective, in the sense given by Patocka, than fully phenomenological. In conclusion, we affirm that two types of phenomenology must be distinguished, as well as two types of naturalization, while arguing that it would be also wise to take into consideration the role of the enteric nervous system, in addition to the brain, in the characterization of subjective life.