Les concepts projectifs et la dimension expressive du langage

par Tristan Thommen

Projet de thèse en Sciences cognitives

Sous la direction de François Récanati.

Thèses en préparation à Paris Sciences et Lettres , dans le cadre de École doctorale Cerveau, cognition, comportement (Paris) , en partenariat avec Institut Jean-Nicod (Paris) (laboratoire) et de École normale supérieure (Paris ; 1985-....) (établissement de préparation de la thèse) depuis le 01-10-2014 .


  • Résumé

    Le projet de recherche vise à clarifier le fonctionnement d'une classe de concepts ayant pour propriété de ne pas renvoyer (directement) à une réalité objective mais de "projeter" sur la réalité des traits qui ne semblent avoir d'existence qu'au niveau du système cognitif lui-même. Ainsi S. Palmer [1] écrit-il que "People universally believe that objects look colored because they are colored, just as we experience them. The sky looks blue because it is blue, grass looks green because it is green, and blood looks red because it is red. As surprising as it may seem, these beliefs are fundamentally mistaken. Neither objects nor lights are actually ‘colored' in anything like the way we experience them. Rather, color is a psychological property of our visual experiences when we look at objects and lights, not a physical property of those objects or lights." Cette position est toutefois loin d'être évidente, et on peut soutenir qu'on ne se trompe pas lorsqu'on juge qu'une tomate mûre est rouge, pour la bonne raison qu'une tomate mure est rouge [2]. Il y a donc ici matière à débat, la question qui se pose étant celle de savoir si les concepts projectifs ont néanmoins une portée objective en vertu de laquelle ils s'appliquent à la réalité, ou bien si on doit les considérer comme fondamentalement illusoires et leur assigner une extension vide. La première tâche consistera à répertorier de façon analytique les hypothèses qui ont été faites à leur propos et les théories qui ont été proposées (non-cognitivisme, projectivisme, anti-réalisme, quasi-réalisme, théories de la "response-dependence" [3], etc.), de façon à caractériser l'éventail de positions disponibles dans l'espace logique. Dans un deuxième temps, on essaiera d'utiliser les outils théoriques qui auront été forgés dans la première partie du stage pour apporter de nouvelles lumières sur un problème brûlant en sémantique linguistique : celui de l'analyse des termes d'offense. Les termes d'offense visent des groupes selon leur ethnicité ("nègre"), leur nationalité ("boche"), leur religion ("youpin"), leur genre ("gonzesse"), leur orientation sexuelle ("pédale") et d'autres caractéristiques encore [4]. Parmi les questions dont débattent les théoriciens, il y a celle de savoir si (par exemple) "boche" a le même contenu sémantique objectif (la même intension et la même extension) que son homologue non péjoratif "allemand", auquel cas il faut ajouter une dimension expressive [5] aux niveaux de contenu classiquement répertoriés par les théories sémantiques ; ou bien s'ils n'ont pas de contenu objectif mais une valeur purement expressive ; ou bien encore s'ils ont un contenu sémantique objectif mais tel que leur extension soit vide, comme celle de "sorcière" [6]. Ces questions touchent à des thèmes centraux de la sémantique de sorte que les termes d'offense sont devenus un sujet de recherche important en linguistique et en philosophie du langage ces cinq dernières années. J'essaierai de défendre l'idée que les termes d'offense expriment des concepts projectifs en vertu desquels ils s'appliquent aux individus qui suscitent certaines réactions émotionnelles chez les possesseurs du concept. Il y aurait donc, selon l'hypothèse qui sera explorée, des "concepts racistes" qui sont non seulement projectifs mais également indexicaux, en ce sens qu'ils ne possèdent un contenu objectif que relativement à un contexte [7]. Ceux qui n'appartiennent pas au bon contexte (les non racistes) n'ont pas accès au contenu exprimé par un terme péjoratif comme "nègre", tout comme le contenu d'un démonstratif ("cet oiseau") n'est accessible qu'à ceux qui sont dans la bonne relation contextuelle à l'objet et le perçoivent. Cependant, tous les utilisateurs compétents du langage, racistes ou non, connaissent le character de l'expression (sa valeur sémantique indépendante du contexte, distincte du contenu véhiculé en contexte) : ils savent que dans un contexte où la réponse émotionnelle est partagée le terme désigne les objets qui suscitent cette réponse. Références . [1] Palmer S. (1999), Vision Science: Photons to Phenomenology, Vol. 1. Cambridge, MA:MIT press. . [2] Byrne A. & Hilbert D. (2003), Color Primitivism, Erkenntnis 66.1-2 (2007): 73-105. . [3] Wedgwood R. (1997), The Essence of Response-Dependence, European Review of Philosophy 3 
(1997), 31-54. . [4] Anderson L. & Lepore E. (2013), Slurring Words, Nouˆs 47:1 25-48. . [5] Potts C. (2006), The Expressive Dimension, Theoretical Linguistics, 33.2: 165-198. . [6] Hom C. & May R. (2012), Moral and Semantic Innocence, Standford Humanities Center. . [7] Kaplan D. (1980), Demonstratives, Oxford University Press.
[11] Spelke E. & Kinzler, K. D. (2007), Core Knowledge, Developmental Science, 10(1), 89-96.

  • Titre traduit

    Response-dependence and the semantics of slurs


  • Pas de résumé disponible.