Evolutions, circulations, et utilisations monétaires médiévales sur l'espace du royaume de Bourgogne-Provence ou royaume d'Arles (Haut Moyen-Age, Moyen-Age central, VIIIe – XIIIe siècles)

par Vincent Borrel

Projet de thèse en Histoire et archéologie des mondes anciens et médiévaux

Sous la direction de Georges Depeyrot et de Laurent Ripart.

Thèses en préparation à Paris Sciences et Lettres , dans le cadre de École doctorale École transdisciplinaire Lettres/Sciences (Paris) , en partenariat avec ARCHEOLOGIE ET PHILOLOGIE D'ORIENT ET D'OCCIDENT (laboratoire) et de École normale supérieure (Paris ; 1985-....) (établissement de préparation de la thèse) depuis le 01-10-2014 .


  • Résumé

    Le présent projet est issu de deux années de recherches concrétisées par deux mémoires de Master I et II au sein de l'Université de Savoie à Chambéry. Ces années ont permis d'ébaucher une esquisse de l'évolution de la circulation et des émissions monétaires médiévales sur l'espace du royaume de Bourgogne-Provence. Nous nous proposons donc de poursuivre la réalisation de ce tableau. L'espace d'étude défini ici est une construction politique. Ayant anciennement été une partie du royaume burgonde, ce territoire commence à connaitre une existence propre lors de la création de l'éphémère royaume de Provence de Charles (après 840-863), fils de l'empereur Lothaire et arrière-petit-fils de Charlemagne. Cependant, l'existence officielle du royaume de Provence commence avec l'élection du duc Boson à Mantaille en 879. Dix ans plus tard, en 888, le marquis Welf Rodolphe est proclamé roi à Saint Maurice d'Agaune, c'est le début de l'existence du royaume de Bourgogne Transjurane. En 943, Conrad, petit-fils de Rodolphe réunira les deux couronnes sur sa tête. Son fils, Rodolphe III, dernier représentant de la dynastie meurt en 1032. Le royaume revient alors à l'empereur germanique Conrad II, qui ne réussira à s'imposer qu'en 1034. Dès lors les nouveaux souverains délaisseront plus ou moins cette partie de leurs possessions, jusqu'à l'avènement de Conrad III et Frédéric Ier. Ce dernier s'y impliquera, tout d'abord en épousant l'héritière du comté de Bourgogne, puis en allant ensuite se faire couronner à Arles en 1178. Mais malgré ce regain d'intérêt, la région subit progressivement l'influence d'un autre souverain en pleine ascension : le roi de France. Sur le plan économique, tout comme le reste de la Francie occidentale, cet espace est globalement à l'écart de la grande circulation commerciale européenne, notamment celle des IXe et Xe siècles, les découvertes monétaires effectuées dans les pays nordiques, notamment en Suède sur l'Ile de Gotland, semblant indiquer des flux nettement plus septentrionaux et orientaux. Cependant, le sud de notre espace, du fait de son ouverture sur la Méditerranée, est en contact avec les mondes musulmans et byzantins et la croissance économique italienne des IXe et Xe siècles va bientôt déborder sur le flanc ouest des Alpes. Notre espace, bien que paraissant marginal politiquement et économiquement à l'échelle de l'empire carolingien puis ottonien, présente cependant la caractéristique d'être traversé par des grandes voies de communication internationales, mettant en relation le Nord et le Sud de l'Europe, ainsi que l'Espagne et l'Italie. C'est donc un lieu de passage. La période d'étude envisagée pour ce territoire demeure encore assez mal connue sur le plan monétaire, même si de nombreuses découvertes ont été réalisées et des études y ont été consacrées. Nous envisageons donc de réaliser une approche globale du fait monétaire sur cet espace au Haut Moyen Age et au Moyen Age central. Nous étudierons la circulation des espèces et l'évolution des monnaies en elles-mêmes. Mais ces deux axes seraient incomplets si nous ne tentions pas de proposer quelques idées sur l'utilisation concrète de la monnaie durant cette période. Etude des circulations L'idée conductrice de cette partie est d'essayer d'obtenir une représentation de la circulation des monnaies, suivant les régions et les différentes phases de la période étudiée. Nous nous appuierons sur deux types de documentation : les sources écrites contemporaines et les trouvailles réalisées. En premier lieu, quelle preuve plus probante concernant la circulation d'une monnaie que de retrouver un exemplaire ? Nous considérerons plusieurs types de découvertes monétaires : les trésors et les trouvailles fortuites, et les trouvailles issues de fouilles archéologiques. Les dépôts monétaires ou trésors, lorsqu'ils ont été publiés, nous révèlent d'importantes informations à propos de la circulation des monnaies : suivant le taux et les emplacements de trouvaille d'une monnaie, il est possible de déterminer son influence : n'est-elle retrouvée que dans les dépôts locaux, cette monnaie ne devait pas courir dans beaucoup de régions, ni inspirer confiance. Si au contraire elle est retrouvée dans des dépôts d'autres régions, voire même d'autres pays, cette monnaie était un facteur influent des échanges économiques. Sur un autre plan, retrouver des monnaies en contexte archéologique daté peut également apporter de nombreuses informations. Les monnaies mises au jour sont souvent isolées, car elles ont été perdues par leurs propriétaires. Nous avons entamé et poursuivrons au travers de la réalisation d'un corpus détaillé, un recensement des trouvailles. En ce qui concerne les résultats de fouilles archéologiques, quelques recherches ont déjà été entreprises au sein des archives de la Direction Régionale des Affaires Culturelles de la Région Rhône Alpes, et seront approfondies et étendues aux autres régions de l'espace étudié. En ce qui concerne les sources écrites, la majorité de notre documentation consistera en cartulaires et recueils de chartes régionaux car ce sont quasiment les seules sources conservées pour cette période. Ce n'est donc pas à proprement parler une documentation économique, mais elle sera suffisante pour les recherches de mentions des types de monnaies employés lors des transactions. Etude des évolutions monétaires Cette partie reposera essentiellement sur l'étude des monnaies elles-mêmes. La documentation écrite contemporaine jouera un rôle secondaire, puisqu'il s'agira de décrire l'évolution des monnaies émises sur notre espace d'études. En premier lieu, il conviendra donc de répertorier les ateliers ayant émis aux différentes phases de notre période d'études. Une fois ce travail mené à bien, il faudra s'attacher à décrire précisément l'évolution des productions de chaque officine, que ce soit sur le plan des qualités intrinsèques ou extrinsèques des monnaies. Constituer un catalogue de types monétaires est, à notre avis, sans grand intérêt si l'on ne relie pas ces évolutions à celles du contexte historique. Qui détient l'atelier ? Au nom de qui la monnaie est-elle émise ? La monnaie reflète t'elle la réalité du pouvoir ? Ce sont autant de questions auxquelles nous essaierons de répondre. A cet effet, une étude des collections monétaires des institutions locales est envisagée, ce qui permettra peut-être de recenser des types non ou mal répertoriés. De plus, l'étude de trésors conservés pourra également aider à préciser l'évolution progressive des types monnayés. Sur le plan des évolutions intrinsèques, nous ferons appel à la documentation, notamment aux baux monétaires passés entre les commanditaires et les maitres d'ateliers, qui précisent les conditions auxquelles les monnaies doivent être fabriquées. L'idéal serait de pouvoir envisager une collaboration avec le centre Ernest Babelon d'Orléans afin de mener des essais métallographiques, notamment au travers d'analyse des titres de métal de monnaies dont nous possédons des séries assez complètes (par exemple les ateliers de Vienne ou Lyon). Ces analyses permettraient peut être de mettre en évidence certaines pratiques, et de confirmer ou d'infirmer les mentions documentaires concernant l'aloi des espèces échangées. Utilisations monétaires Cette partie sera assurément la plus difficile à aborder, mais est, à notre avis, indissociable des deux autres. En effet, pour quelles raisons émet-on de la monnaie ? Quelle est son utilisation concrète ? L'argent se retrouve-t-il à tous les niveaux de la population ? Peut-on se faire une idée de l'évolution des prix des biens ou des terres ? Voilà quelques questions pour lesquelles nous essaierons d'apporter quelques éléments de réponse. Cette partie reposera sans doute principalement sur une étude documentaire, notamment en ce qui concerne les montants des transactions. Cependant, les résultats de fouilles archéologiques ainsi que l'étude des contextes des trouvailles, pourront nous apporter quelques indices. En effet, si un trésor a été retrouvé dans un champ, il y a des chances pour que son propriétaire n'ait pas été de la même classe sociale que celui d'un trésor mis au jour sur un site castral. Une meilleure compréhension de ces monnaies médiévales Nous espérons donc que l'étude du phénomène monétaire sur cet espace régional au travers de ces trois axes (émission, circulation et utilisation) permettra d'en améliorer la compréhension. Ces monnaies sont considérées souvent comme difficiles à comprendre, mais nous espérons qu'elles le seront un peu moins une fois ce travail terminé.

  • Titre traduit

    Evolutions, circulations, and medieval monetary uses on the space of the kingdom of Burgundy-Provence or kingdom of Arles (High Middle Ages, central Middle Ages, eighth - thirteenth centuries)


  • Résumé

    This project is the result of two years of research materialized by two memories of Master I and II in the University of Savoie in Chambéry. These years have allowed to outline a sketch of the evolution of traffic and medieval monetary emissions on the space of the kingdom of Burgundy-Provence. We therefore propose to continue the realization of this table. The study area is defined by a political construction. Having formerly been a part of the Burgundian kingdom, the territory begins its own existence in the creation of the ephemeral kingdom of Provence Charles (after 840-863), son of Emperor Lothair. However, the official existence of the kingdom of Provence begins with the election of Duke Boson in Mantaille in 879. Ten years later, in 888, the Welf marquis Rudolf was proclaimed King at Saint Maurice, this is the beginning the existence of the kingdom of Transjurane Burgundy. In 943, Conrad, grand-son of Rodolphe will bring together the two crowns on head. His son, Rudolph III, the last representative of the dynasty died in 1032. The kingdom then returns to the Holy Roman Emperor Conrad II, who managed to win in 1034. In economic terms, as the rest of the Western Francia, this space is generally away from the large European commercial traffic, including that of the ninth and tenth centuries, the monetary discoveries in the Nordic countries, including Sweden on Island of Gotland, suggesting significantly more northern and eastern stream. However, the south of our area, because of its openness to the Mediterranean, is in contact with Muslim and Byzantine worlds, and the Italian economic growth in the ninth and tenth centuries is about to overflow on the western flank of the Alps. Our kingdom, although apparently marginal politically and economically throughout the Empire then, however, has the characteristic of being crossed by major international communication routes, linking northern and southern Europe as well as Spain and Italy. The study period for this area is still relatively unknown in monetary terms, although many discoveries were made and studies have been devoted to it. So we are looking to achieve a comprehensive approach to monetary done on this space the High Middle Ages and the Middle Ages central. We will study the movement of species and the evolution of currencies themselves. But these two areas would be incomplete if we do not try to offer some ideas about the practical use of the currency during this period. Study of circulation The driving idea of this part is to try to get a representation of the movement of currencies, according to the regions and the different phases of the study period. We will rely on two types of documentation: contemporary written sources and the findings. First, what more probative evidence on the circulation of a currency than to find a coin ? We will consider several types of monetary discoveries treasures and chance finds, and finds from archaeological excavations. Deposit money or treasures when they were published, reveal important information about the movement of currencies: the following rates and find a coin slots, it is possible to determine its influence. We have started and will continue through the implementation of a comprehensive corpus, a survey finds. Regarding the results of archaeological excavations, some research has already been undertaken within the archives of the Regional Direction of Cultural Affairs of the Rhône Alpes region, and will be deepened and extended to other regions of space studied. Regarding the written sources, the majority of our documentation consist cartularies and collections of regional charters because they are almost the only sources retained for this period. This is not strictly an economic documentation, but it will suffice for search mentions the types of currencies used in transactions. Study of monetary developments This part will rely primarily on the study of the coins themselves. Contemporary written materials will play a secondary role, since it will describe the evolution of coins issued in our study area. First, so one should list the workshops that issued the different phases of our study period. Once this work is completed, it will seek to accurately describe the evolution of the production of each pharmacy, either in terms of intrinsic or extrinsic qualities of currencies. Constitute a monetary type catalog is, in our opinion, not very interesting if we do not link these changes with those of the historical context. Who holds the workshop? In the name of whom is the money issued? It reflects the currency you the real power? These are all questions we try to answer. To this end, a study of monetary collections of local institutions is envisaged, which will possibly identify non-listed or bad guys. In addition, the study of preserved treasures may also help clarify the gradual evolution of the cashed kinds. In terms of intrinsic changes, we will appeal to the documentation, including monetary leases signed between sponsors and masters of workshops, which specify the conditions under which currencies are to be manufactured. Monetary uses This part will be certainly the most difficult, but is, in our opinion, inseparable from the other two. Indeed, why issues we change? What is its actual use? The money he found at all levels of the population? Can we get an idea of the evolution of prices of property or land? Here are some questions that we will try to provide some answers. This part will rest probably primarily on literature review, particularly as regards the amounts of transactions. However, the results of excavation and study of the finds contexts can bring us some clues. Indeed, if a treasure was found in a field, there is a chance that its owner was not in the same class as that of a treasure unearthed a castral site. A better understanding of these medieval coins We hope that the study of monetary phenomenon on this regional space through these three axes (issuing, circulation and use) will improve understanding. These currencies are often considered difficult to understand, but hopefully they will be a little less once this work is completed.