Vers une poétique de la lecture

par Qichao Wang

Projet de thèse en Langues et littératures

Sous la direction de Dominique Combe.

Thèses en préparation à Paris Sciences et Lettres , dans le cadre de École doctorale École transdisciplinaire Lettres/Sciences (Paris) , en partenariat avec La République des Savoirs : Lettres, Sciences, Philosophie (laboratoire) et de École normale supérieure (Paris ; 1985-....) (établissement de préparation de la thèse) depuis le 01-10-2015 .


  • Résumé

    Par le terme « poétique de la lecture », nous entendons une poétique qui a pour objet de recherche la lecture des œuvres littéraires. Comme ce que Jean-Yves Tadié a déjà indiqué, la théorie de la réception, qui traite des rapports entre l'œuvre et le lecteur, « relève à la fois de la sociologie et de la poétique ». Si la première orientation de cette recherche a conduit à l'esthétique de la réception proposée par Hans Robert Jauss, la seconde, quant à elle, se dirige vers une étude qui vise à « ce qui, dans le texte même, fait déjà appel à un certain mode de réception, ce qui, en lui, commande la manière dont il est perçu ». Une telle étude fait naturellement partie de la poétique, qui, selon la tradition remontant jusqu'à Aristote, désigne en premier lieu « toute théorie interne de la littérature », car « la réception d'un texte ne lui est pas vraiment extérieure » et que « l'œuvre est toujours conçue en vue d'un certain contrat de lecture, et en tenant compte d'une certaine attente ». Si la poétique traditionnelle, visant explicitement la constitution d'une théorie générale de la littérature, « se propose d'élaborer des catégories qui permettent de saisir à la fois l'unité et la variété de toutes les œuvres littéraires », en quoi devrait consister à son tour une poétique de la lecture ? Et quel rôle pourrait-elle jouer dans la recherche littéraire d'aujourd'hui où se rencontrent les théories de toutes sortes ? Pour bien récapituler la présente situation de ce domaine de recherche qui reste encore imprécis, il faut sans doute examiner les pistes principales qui ont été déjà frayées au cours de ces dernières décennies. Ainsi, l' « analyse textuelle » de Roland Barthes, la « théorie de l'effet esthétique » de Wolfgang Iser, la « rhétorique de la lecture » de Michel Charles et la « sémiotique du texte » d'Umberto Eco seront nos références cardinales. À partir d'une analyse approfondie et comparative de ces quatre théories centrées sur la question de lecture (qui est au fond la base commune de toutes les études littéraires), nous envisageons d'élaborer une poétique synthétique qui a pour fondement lecture comme processus et communication. Dans la perspective d'une telle poétique, la littérature ne sera pas considérée comme une « qualité » ou une « entité » à définir (recherche laborieuse du formalisme russe au structuralisme français), mais comme une relation interactive, dont la recherche pleinement justifiée ne doit négliger ni le texte (la langue), ni le lecteur (l'homme), ni l'auteur (l'homme), ni les contextes socio-historiques (le monde) dans lesquels ces trois pôles indestructibles s'enracinent. À la lumière de cette poétique qui pourrait jouer un rôle cheville ouvrière parmi les théories de toutes sortes dans les études littéraires d'aujourd'hui, les divers discours critiques trouveront à la fois leur validité et leur limite ; de la sorte, leurs rapports conflictuels voire contradictoires se résoudront finalement en complémentarité et en solidarité. C'est aussi par là que nous apercevons une possibilité de mieux délimiter la dimension scientifique de la recherche en littérature. Une poétique ainsi conçue, dont le vaste programme n'a fait que commencer dans nos références cardinales, manifeste déjà une tendance qu'on traite parfois d' « éclectisme ». Si jamais elle paraît « éclectique » aux yeux de ses détracteurs, c'est naturellement par sa méthode de recherche qui se veut délibérément synthétique. Quant à ce choix méthodologique, il ne relève « ni d'un éclectisme arbitraire, ni d'un opportunisme soucieux de s'allier à des disciplines qui furent un temps dominantes, mais du souci de répondre à la complexité et à la diversité intrinsèques de l'expérience littéraire ». C'est pourquoi une méthode synthétique lui est nécessaire, qui s'apprête à englober toutes les approches possibles pour mieux élucider la polysémie irréductible de « l'alchimie du verbe ». Motivée par un souci proprement épistémologique de la recherche en littérature, cette poétique s'enracine au fond dans un vaste domaine transdisciplinaire : nos références cardinales nous renverront sans doute à une confrontation fructueuse entre le structuralisme (de la structure à la déconstruction), la phénoménologie (de l'intentionnalité à l'herméneutique) ainsi que la philosophie analytique (Eco inspiré de Peirce). Dans cette perspective, le travail de Paul Ricœur à la charnière de la littérature et la philosophie, qui cherche non seulement à synthétiser le structuralisme et la phénoménologie, mais encore à faire dialoguer la philosophie continentale avec la philosophie anglo-saxonne, nous fournit un bel exemple fort significatif. Enfin, il faut aussi remarquer que la question de lecture ne s'arrête pas simplement à une question d'interprétation ou de compréhension, elle prétend également à atteindre la création : l'acte de lire présuppose celui d'écrire qui lui est nécessaire, et réciproquement, l'acte d'écrire implique déjà celui de lire qui lui est inhérent. Que ce soit la lecture comme envers de l'écriture ou l'écriture comme sublimation de la lecture (réflexion déjà inaugurée par l'écriture proustienne des « Journées de lecture » jusqu'au Temps retrouvé), c'est au sein de cette dialectique perpétuelle entre lire et écrire qu'est née toute la littérature. Une poétique de la lecture finira donc par nous amener à cette réflexion ontologique sur la littérature même, ce qui nous encouragerait peut-être à relever, encore une fois, le défi de l'ambitieuse question : Qu'est-ce que la littérature ?

  • Titre traduit

    Towards the poetics of reading


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