L'interdépendance entre huis clos et individualisme, dans le théâtre de Yasmina Reza

par Inès Abroug

Projet de thèse en Lettres Modernes

Sous la direction de Catherine Douzou et de Emna Beltaïf.

Thèses en préparation à Tours en cotutelle avec Faculté des Sciences Humaines et Sociales de Tunis , dans le cadre de Ecole doctorale Sciences de l'Homme et de la Société (Tours) depuis le 18-01-2017 .


  • Résumé

    Notre point de départ dans ce projet de recherche est un réel intérêt à la manière dont le théâtre vivifie le texte. Notre objectif est d’étudier l’espace en tant qu’élément qui lie représentation théâtrale et littérature. Nous souhaitons, par conséquent, nous pencher sur ce que véhicule le choix du lieu comme symbolique dans la communication et étudier son impact au niveau théâtral et littéraire, afin de découvrir ses enjeux.Notre recherche sera consacrée aux interférences entre le huis clos et l’individualisme exacerbé des personnages. Le titre de la thèse, indique d’emblée l’existence d’une corrélation intéressante entre deux éléments inhérents à l’écriture dramaturgique de Reza, à savoir le huis clos et l’individualisme. Ce lien prend des allures d’un cercle infernal, dans la mesure où le huis clos spatial exacerbe l’apparition de pics d’individualisme chez les protagonistes. En même temps, l’individualisme poussé à son paroxysme emmure à son tour les personnages dans un huis clos psychologique impénétrable. Par corrélation on fait référence à la dépendance réciproque et mutuelle que génère l’interaction de ces deux concepts. Il nous incombe alors, de préciser que le terme huis clos est composé du mot « huis », synonyme du mot porte, et de « clos » qui signifie fermé. L’action qui se produit en huis clos est sensée se produire sans public et en secret.Dans le domaine théâtral, un huis clos est une pièce qui se déroule dans un lieu unique qui mime l’image de la porte fermée, avec tous les acteurs présents du début à la fin de l'histoire. Un des plus célèbres huis clos est bien sur une pièce de Jean-Paul Sartre, qui s'intitule de la sorte. L’individualisme est une conception qui œuvre à mettre en valeur l'individu en le considérant comme l’unique fondement de la société et des valeurs morales. C’est une attitude philosophique politique et morale favorisant l’affirmation de soi indépendamment du groupe. La notion d’égoïsme apparait comme un effet négatif qui découle de l’excès d’individualisme. Notre intérêt porte justement sur les diverses facettes de ce concept et leur conséquence sur les personnages « Rezien ». Nous tenons donc à travailler sur l'œuvre de la dramaturge Yasmina Reza, connue par sa prédilection pour l’hybridité entre les genres qui confère à son œuvre une note aussi bien paradoxale que singulière. Née en 1959 à Paris, d’origine hongroise, juive, russe, iranienne, Yasmina Reza évolue dans un brassage culturel cosmopolite.On ne peut limiter ses travaux uniquement à une œuvre dramaturgique, car bien au contraire très variée, elle touche à plusieurs domaines à la fois : cela s’étend du romanesque jusqu’au cinéma. Notre corpus s'axe sur cinq de ses pièces théâtrales : (Conversations après un enterrement, Albin Michel, Paris, 1987/ La traversée de l’hiver, Albin Michel, Paris, 1990 /L’homme du hasard, Albin Michel, Paris, 1995/ Trois Versions de la vie, Albin Michel, Paris, 2001/ Le Dieu Du Carnage, Albin Michel, Paris, 2007 ) Toutes ces pièces se recoupent évidemment dans la thématique de l’espace restreint, à savoir le huis clos. Le confinement des lieux voulu par Reza, laisse apparaître en toile de fond les interrogations qu’un Homme moderne se pose. Cela nous mène inéluctablement à des intrigues pleines de rebondissements où se miroitent les rencontres improbables, les passions déchaînées, présentées sous le signe de l’égocentrisme et des pulsions les plus primaires, sans oublier les tergiversations incessantes des personnages, ancrés sans leur solitude et leurs angoisses de la condition humaine. En outre, nous retrouvons dans la notion de l’individualisme, l’idée importante du territoire. Par conséquent, lorsque Reza oblige ses personnages à se côtoyer dans un lieu exigu, c’est pour créer la confrontation et les interactions nécessaires à la naissance de la crise, à partir de cet agencement de l’espace scénique. Ainsi, une remise en question des relations humaines, est évidente, dans la mesure où tout semble régi par le conflit et l’abime du Moi. Par ailleurs, le lien entre la conception de l’espace pour une mise en scène de l’individualisme et les maux que suscite ce dernier, constituent l’essentiel de notre problématique.Notre hypothèse sera la suivante : Reza choisit l’espace comme « porte parole » pourrait-on dire, dans son théâtre. D’une part pour cerner au plus près et dans sa dimension la plus dégradée cet excès d’individualisme qui pourrit la vie moderne. D’autre part pour revendiquer le chaos nécessaire dans l’expérience humaine.


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