Les actes de langage et la vulnérabilité dans la sphère politique

par Christina Terberl

Projet de thèse en Philosophie

Sous la direction de Sandra Laugier et de Christiane Voss.

Thèses en préparation à Paris 1 , dans le cadre de Ecole doctorale de philosophie , en partenariat avec Philosophie contemporaine (PHICO) - EA 3562 (laboratoire) , Institut des Sciences Juridique et Philosophique de la Sorbonne (ISJPS) - UMR 8103 (equipe de recherche) et de Centre Universitaire de Recherches sur l’Action publique et le Politique, Epistémologie et Sciences Sociales (laboratoire) depuis le 15-11-2016 .


  • Résumé

    L’analyse se penche sur la relation entre l’individu et le monde social qui est constituée par la communication intersubjective. L’argumentation développée s’appuie sur la théorie sociale de l’École de Francfort, à savoir que la relation entre l’individu et le monde social est une relation communicative interdépendante. Selon Habermas, le monde social encadre l’existence et l’expérience de l’individu, pour qui la communication est fondamental. Toutefois, ce rapport peut se déformer lorsque le système social interfère avec la liberté de l’individu à contribuer au monde social. En participant au monde social, l’individu est exposé à la communication, mais il se définit et se réalise lui-même dans l’acte de communiquer avec autrui. Pour saisir plus précisément la nature de cet acte, je me réfère principalement à la théorie de « l’agir communicationnel » de Jürgen Habermas (1987) afin de discuter l’importance de la communication dans le développement de la conscience-de-soi du sujet. Le modèle de communication de Habermas explique en quoi l’individu est un sujet de communication. Celui-ci est donc vulnérable parce qu’autrui, en tant que communicateur, a le pouvoir de déformer la conscience de soi du sujet. Ce fait ouvre une sphère de la responsabilité sociale qui interroge le devoir du sujet aux autres membres de la société. La vulnérabilité du sujet de communication est aussi un élément central de mon travail. En restant toujours dans une analyse de la place de l’individu dans la société, je m’appuie sur la théorie du « récit de soi » de Judith Butler (2007) – qui présente le récit d’un sujet qui est moral et vulnérable en raison de sa socialité inhérente – et sur celle d’Axel Honneth (2015) sur la reconnaissance de soi au sein des structures sociales. En combinant la théorie sur le « récit du sujet » de Butler avec la théorie de Honneth sur le rôle de la reconnaissance dans la formation du sujet, je développe une théorie de l’individu en tant que sujet formé dans des relations intersubjectives ayant toujours besoin d’autrui pour acquérir la conscience de soi. Les formes de communication forment la base des discours politiques et affectent les processus de subjectivation. Les formes de subjectivation en revanche structurent l’existence de l’être humain dans son rapport à autrui, mais aussi dans son rapport aux techniques qui structurent ces relations. Les formes de subjectivation sont discutées d’une manière éminente par Judith Butler qui place la vulnérabilité, la précarité des formes de vie humaine au centre de ses analyses (Butler 2017). La précarité est la base de sa théorie : les sujets sont « ouverts », exposés, vulnérables, dépendants d’autrui ; ils n’agissent jamais seulement pour eux-mêmes ; les corps sont formés par des pratiques sociales. La vulnérabilité est associée aux formes politico-éthiques : à cause de sa vulnérabilité corporelle, l’homme est exposé à la blessure potentielle. Giorgio Agamben (1998) soutient que la vulnérabilité est la base de la politique, étant donné que l’homme est en proie au pouvoir politique. Il nomme « vie nue » la vie qui fonde la politique en même temps qu’elle comporte en soi une certaine limite. Une autre dimension de la vulnérabilité de l’homme se situe dans sa dépendance absolue à autrui. La vulnérabilité est ici pensée comme une condition négative, condition sans laquelle l’homme ne pourrait pas exister. Cela signifie aussi que la possibilité de la fin des relations avec autrui est un risque permanent pour sa survie. Dans le concept d’Agamben, l’autrui confine l’autonomie du sujet. En ce qui concerne la dimension politique des formes de vie, les théories de Judith Butler et Giorgio Agamben seront notamment examinées dans ma thèse.

  • Titre traduit

    Speech acts and vulnerability in the political sphere


  • Résumé

    The analysis focuses on the relationship between the individual and the social world, which is constituted by intersubjective communication. The argument developed is based on the Frankfurt School's social theory, namely that the relationship between the individual and the social world is an interdependent communicative relationship. According to Habermas, the social world frames the existence and experience of the individual, for whom communication is fundamental. However, this relationship can be distorted when the social system interferes with the individual's freedom to contribute to the social world. By participating in the social world, the individual is exposed to communication, but defines and realizes himself in the act of communicating with others. To understand more precisely the nature of this act, I refer mainly to Jürgen Habermas' theory of "communicative action" (1987) to discuss the importance of communication in the development of the subject's self-awareness. Habermas' communication model explains how the individual is a subject of communication. The latter is therefore vulnerable because others, as communicators, have the power to distort the subject's self-awareness. This fact opens up a sphere of social responsibility that questions the subject's duty to other members of society. The vulnerability of the subject is also a central element of my work. While analysing the individual's place in society, I rely on Judith Butler's (2007) "giving an account of oneself” which presents the story of a subject who is moral and vulnerable because of his inherent sociality - and Axel Honneth (2015) on self-recognition within social structures. By combining Butler's theory of the subject" with Honneth's theory of the role of recognition in the formation of the subject, I develop a theory of the individual as a subject formed in intersubjective relationships that always needs others to acquire self-awareness. Forms of communication form the basis of political discourse and affect the processes of subjectification. On the other hand, forms of subjectivation structure the existence of the human being in his relationship with others, but also in his relationship with the techniques that structure these relationships. The forms of subjectivation are discussed prominently by Judith Butler, who places vulnerability, the precariousness of human life forms at the centre of her analyses (Butler 2017). Subjects are "open", exposed, vulnerable, dependent on others; they never act only for themselves; bodies are formed by social practices. Vulnerability is associated with political-ethical forms: because of his physical vulnerability, man is exposed to potential injury. Giorgio Agamben (1998) argues that vulnerability is the basis of politics, given that man is in the grip of political power. He calls "bare life" the life that underlies politics at the same time as it has a certain limit in itself. Another dimension of human vulnerability is its absolute dependence on others. Vulnerability is thought of here as a negative condition, a condition without which man could not exist. It also means that the possibility of the end of relationships with others is a permanent risk to their survival. In Agamben's concept, others confine the subject's autonomy. Regarding the political dimension of life forms, the theories of Judith Butler and Giorgio Agamben will be examined in particular in my thesis.