DYNAMIQUE SPATIO-TEMPORELLE ET ECOLOGIE DES MÉNINGITES BACTÉRIENNES EN DEHORS DE LA CEINTURE DE LA MÉNINGITE EN AFRIQUE:LE CAS DE LA RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO(RDC)

par Serge Mazamay Ikony Engo

Projet de thèse en Ecologie de la santé

Sous la direction de Jean-François Guégan.

Thèses en préparation à Montpellier en cotutelle avec RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO , dans le cadre de Biodiversité, Agriculture, Alimentation, Environnement, Terre, Eau (Montpellier ; École Doctorale ; 2015-...) , en partenariat avec MIVEGEC - Maladies Infectieuses et Vecteurs: Ecologie, Génétique, Evolution et Contrôle (laboratoire) et de Interactions Parasitaires et Adaptations (IPA) (equipe de recherche) depuis le 30-11-2016 .


  • Résumé

    Les méningites bactériennes touchent tous les pays du monde mais l'Afrique est le continent le plus touché, en particulier au sein de la « ceinture de la méningite » qui s'étend du Sénégal à l'Ethiopie. Bien que cette région présente une épidémiologie de la maladie très particulière incluant des incidences élevées et une saisonnalité très marquée, d'autres pays africains sont également fortement touchés par cette maladie. La compréhension et les recherches se sont développées ces dernières années au sein de la ceinture mais les pays plus au Sud sont encore très peu étudiés. Pourtant, depuis l'identification en 1937 du premier cas en République Démocratique du Congo (RDC), ce pays rapporte chaque année à l'Organisation Mondiale de Santé (OMS) des cas de méningite, classée parmi les maladies infectieuses, émergentes (MIE) sous surveillance (OMS, 2006). Une MIE est considérée comme une entité nosologique d'origine infectieuse nouvellement apparue ou une pathologie infectieuse connue dont l'incidence a augmenté au cours de dernières années ou risque d'augmenter dans un proche avenir ou qui a connu une nouvelle extension de sa distribution géographique ou qui est devenue résistante aux médicaments (Lederberg et al., 1992; Daszak et al., 2000 ; OMS,1996 ). D'après les statistiques de l'OMS, les méningites purulentes occasionnent chaque année 1,2 millions de cas dans le monde dont 135 000 mortels. Environ 500 000 de ces cas et 50 000 décès sont imputables au méningocoque. De par sa fréquence et sa gravité, cette maladie demeure un problème majeur de santé publique en Afrique (OMS, 1998 ; Kante, 2008). En Afrique, les premières épidémies de méningite documentées par G. William, remontent à 1909 après une vague d'épidémies vécues entre 1906 et 1907, au nord du Niger, du Burkina Faso jadis Haute Volta et du Soudan (les nombre de cas et décès ne sont pas connus). Si la méningite est connue au Soudan depuis des temps immémoriaux, elle ne semble pas avoir sévi sous forme épidémique en zone sahélienne avant 1870 (Lapeyssonnie, 1963 ; Martet, 1994; Leake Jad et al., 2002). Dans la ceinture méningitique décrite par Lapeysonnie en 1963, les épidémies de MCS surviennent en général durant les saisons sèches avec des cycles épidémiques irréguliers tous les 5 ou 12 ans (OMS, 1998 ; Broutin et al., 2007 ; Kante, 2008). Jusqu'à la fin des années 1990, toute la documentation sur l'épidémiologie de la MCS la décrivait comme localisée à cette «ceinture méningitique», située entre la limite sud du désert du Sahara et la limite nord de la forêt équatoriale (Molesworth et al., 2002). Pourtant, depuis bientôt 20 ans, il est de plus en plus rapporté des épidémies de MCS dans des zones très éloignées de la traditionnelle ceinture. C'est le cas des épidémies de MCS rapportées dans les régions du bassin de la cuvette centrale de la forêt équatoriale comme autour de Ngaoundéré au Nord du Cameroun et dans la province de l'Equateur à l'Ouest de la République Démocratique du Congo (RDC) (Cunin, 2003). Ce phénomène d'épidémies de méningite rapportés hors de la ceinture méningée est devenu récurrent dans les pays du bassin de la cuvette centrale du Congo en général (Gabon, Centrafrique, Congo Brazzaville, Cameroun, Rwanda, Burundi, Ouganda) et en RDC en particulier. Même si des cas sporadiques de méningites avaient déjà été rapportés en RDC avant ces 20 dernières années (Aru1937, Mahagi 1937, Gemena 1960, Kalemie 1960, Rutshuru1960). La recrudescence des épidémies de méningite dans ces anciennes zones de notification des cas sporadiques, suscite l'intérêt pour comprendre l'épidémiologie de cette maladie en dehors de la ceinture sahélienne d'endémie connue (Safadi et al., 2011). Sur le plan environnemental, les facteurs climatiques jouent un rôle important dans la recrudescence saisonnière de la méningite à méningocoque. En région sahélienne, la dissémination de l'infection peut être renforcée par la sécheresse et les vents de sable (Harmattan), les épidémies s'arrêtent généralement avec le début des pluies (Sultan et al. PLoS Medicine). Une humidité très réduite, ainsi que la poussière, peuvent stimuler l'invasion du méningocoque en lésant directement la barrière muqueuse ou en inhibant les défenses immunitaires de surface des voies respiratoires supérieures. Des conditions climatiques défavorables peuvent inciter les gens à s'entasser favorisant ainsi la transmission interhumaine (OMS, 1998). La recrudescence des flambées épidémiques de méningite hors de la ceinture sahélienne, probablement liée à l'impact des changements globaux est à l'origine de l'hypothèse sur l'émergence d'une ceinture australe de la méningite (Molesworth et al., 2002 ; Chippaux et al., 2002 ; Greenwood, 2006). En effet, l'expansion démographique avec la forte anthropisation et ses conséquences (forte exploitation de l'écosystème, déforestation), jouerait un rôle probable dans l'éclosion et l'expansion des maladies émergentes comme la MCS (Chippaux et al., 2002 ; Morvan, 2012). D'où la nécessité de conduire d'autres études sur la Méningite avec des approches éco-épidémiologiques permettant d'articuler différents niveaux d'échelles temporelles et spatiales de cette maladie et déterminer les caractéristiques des épidémies dans cette région africaine (RDC). L'originalité de ce travail se situe en premier sur sa cible géographique, qui constitue un environnement majoritairement forestier. En effet, les épidémies de méningites dans la ceinture sont clairement associées dans cette zone à la saison sèche, et les poussières semblent jouer un rôle majeur. Le projet de thèse basé en RDC, apportera les premiers éléments de réponses dans la compréhension de la dynamique de la méningite en dehors de la ceinture de Lapeyssonnie.

  • Titre traduit

    SPACE-TIME DYNAMICS AND ECOLOGY OF MENINGITIS BACTERIA OUTSIDE THE BELT OF MENINGITIS IN AFRICA : THE CASE OF THE DEMOCRATIC REPUBLIC OF CONGO (DRC)


  • Résumé

    Bacterial meningitis affects all countries of the world but Africa is the most affected continent , especially in the " meningitis belt " that stretches from Senegal to Ethiopia. Although this region has a very special epidemiology of the disease including high impact and a strong seasonality , other African countries are also strongly affected by this disease . Understanding and research has developed in recent years within the belt but the countries further south are still very little studied. However, since the identification in 1937 of the first case in the Democratic Republic of Congo ( DRC) , the country reports annually to the World Health Organization (WHO) meningitis cases , classified as infectious diseases, emerging under surveillance (WHO , 2006). An infectious diseases, emerging is considered a newly emerged infectious disease entity or a known infectious disease whose incidence has increased in recent years or is likely to increase in the near future or who has further expanded its geographic distribution or that has become drug resistant (Lederberg et al., 1992; Daszak et al., 2000; wHO, 1996). According to WHO statistics, every year cause purulent meningitis 1.2 million cases worldwide of which 135 000 deaths. About 500 000 of these cases and 50,000 deaths are due to meningococcus. Because of its frequency and severity, the disease remains a major public health problem in Africa (WHO, 1998; Kante, 2008). In Africa, the first meningitis epidemics documented by William G., dating back to 1909 after a wave of epidemics experienced between 1906 and 1907 in northern Niger, Burkina Faso, formerly Upper Volta and Sudan (the number of cases and deaths are not known). If meningitis is known in Sudan since time immemorial, it seems to have prevailed in epidemic form in the Sahel before 1870 (Lapeyssonnie 1963; Martet 1994; Jad Leake et al., 2002). In the meningitis belt described by Lapeysonnie in 1963, MCS epidemics usually occur during dry seasons with irregular epidemic cycles every 5 or 12 years (WHO, 1998 ; Broutin et al ., 2007; Kante, 2008). Until the late 1990s, all the documentation on the epidemiology of MCS described it as located in the " meningitis belt ", located between the southern edge of the Sahara Desert and the northern boundary of the equatorial forest ( and Molesworth al. , 2002). Yet for nearly 20 years , it is increasingly reported MCS epidemics in areas far removed from the traditional belt. This is the case of outbreaks of MCS reported in areas of the basin of the central basin of the rainforest as around Ngaoundere in northern Cameroon and in the Equateur province in western Democratic Republic of Congo ( DRC) ( Cunin , 2003). This phenomenon of meningitis epidemics reported out of the meningeal belt has become chronic in the countries of the central basin of the Congo in general ( Gabon , Central African Republic, Congo Brazzaville, Cameroon , Rwanda , Burundi , Uganda) and the DRC in particular . Although sporadic cases of meningitis had been reported in the DRC before the last 20 years ( Aru 1937 , Mahagi 1937 Gemena 1960 Kalemie 1960 Rutshuru1960 ) . The resurgence of meningitis epidemics in these old areas reporting sporadic cases , arouses the interest to understand the epidemiology of the disease outside the Sahel belt of known endemic ( Safadi et al ., 2011) . On the environmental front, climatic factors play an important role in the seasonal upsurge of meningococcal meningitis. In the Sahelian region, the spread of infection can be enhanced by drought and sandstorms (Harmattan), epidemics usually stop with the rains (Sultan et al. PLoS Medicine). A very reduced humidity and dust, can stimulate the invasion of meningococcal directly injuring the mucous membrane barrier or inhibiting the immune surface of the upper respiratory tract. Adverse weather conditions may encourage people to cram thus promoting human transmission (WHO, 1998). The resurgence of epidemic meningitis outbreaks outside the Sahel belt, probably related to the impact of global change is the origin of the hypothesis on the emergence of a Southern meningitis belt (Molesworth et al., 2002 ; Chippaux et al., 2002; Greenwood, 2006). Indeed, population growth with high human impact and consequences (high exploitation of the ecosystem, deforestation), likely play a role in the emergence and expansion of emerging diseases such as MCS (Chippaux et al., 2002 ; Morvan, 2012). Hence the need to conduct further studies meningitis with eco-epidemiological approaches to articulate different levels of temporal and spatial scales of the disease and determine the characteristics of epidemics in the African region (DRC). The originality of this work lies primarily on geographic target, which is a predominantly forest environment. Indeed, meningitis epidemics in the belt are clearly associated in this area in the dry season, and dust seem to play a major role. The thesis project based in the DRC, will bring the first elements of answers in understanding the dynamics of the outside meningitis belt Lapeyssonnie.