La poésie par la musique après la Seconde Guerre mondiale et dans l'héritage du surréalisme

par Numa Vittoz

Projet de thèse en Langues et littératures

Sous la direction de Dominique Combe et de Patrick Labarthe.

Thèses en préparation à Paris Sciences et Lettres en cotutelle avec l'Université de Zurich , dans le cadre de Ecole transdisciplinaire Lettres - Sciences , en partenariat avec La République des Savoirs : Lettres, Sciences, Philosophie (laboratoire) et de Ecole normale supérieure (établissement de préparation de la thèse) depuis le 01-09-2015 .


  • Résumé

    Le surréalisme pose un problème d'ordre musical à la poésie. Yves Bonnefoy écrit, dans L'alliance de la poésie et de la musique (2007) : « […] Quand j'en vins à subir les prestiges de l'image surréaliste […] je me laissais submerger d'abord par ce vaste flot d'impressions surtout visuelles, mais le besoin de vivre le vers par les voies de la prosodie fut alors l'insistance qui me porta au rivage. Mes débuts en poésie, que je date de cette traversée de la poétique surréaliste, ce fut donc une réaffirmation de l'élément « musical » de l'écriture [...]. » La métaphore marine est à expliciter, bien sûr, ainsi que l'emploidu mot « prosodie ». Cette vision gagne toutefois à être confrontée aux conclusions de la thèse de Sébastien Arfouilloux : « [Chez Breton, le] refus de la musique, déterminé par l'importance des peintres et par le rejet de l'avant-garde musicale de l'époque, n'est en définitive que la négation d'une certaine musique. Il est compensé par le fait que Breton manifeste les composantes auditives de l'automatisme. Vu ainsi, le domaine poétique s'incorpore des qualités qui sont celles de la musique : d'une part la faculté des mots de s'assembler selon des tonalités qui dépassent leur fonction référentielle, il s'agit d'un concept hérité du symbolisme, d'autre part le fait de procéder d'une possession, d'un furor. Il conviendrait d'ajouter enfin que la musique, et particulièrement la chanson, s'accordent chez certains poètes avec une expérience intime, même si cette composante n'existe pas chez Breton. » (Sébastien Arfouilloux, Que la nuit tombe sur l'orchestre, Surréalisme et musique, Paris, Fayard, 2009, p. 480) Entre la parole de Breton et le rapport à la musique dans le surréalisme d'une part et ce qu'en retiendront et feront les poètes d'autre part, il est un champ ouvert que nous nous proposons d'explorer. Nous commencerons par distinguer la musique, art indépendant susceptible d'être comparé à la poésie, de la musicalité du poème, comprenant les éléments susceptibles d'être partagés avec elle, rythme et sonorité – ces deux notions embrassant des réalités différentes selon les auteurs auxquels elles sont appliquées. Ainsi que le montraient Joëlle Gardes-Tamine et Jean Molino, il existe une « tendance à faire de la langue poétique une langue spéciale », avec ses codes, ses lois, ses habitudes… La spécificité de cette langue pouvant s'exprimer dans la versification, le lexique, les habitudes syntaxiques, la diction. A cet égard, la langue versifiée semble plus aisément appréhendable, dans sa spécificité, par l'ensemble de la communauté des poètes, surtout avant la normalisation d'une poésie en vers libre, ou en prose, au cours du XXe siècle. Les dits poètes inscrivaient alors leur écriture poétique dans une démarche qui est celle de la variation, par rapport à cette langue, et non la création particulière d'une langue propre. C'est donc, telle est notre hypothèse, la langue versifiée qui est la plus facile à appréhender dans sa spécificité ; c'est à elle que se réfèrent les traités de diction, et la stylistique, quand elle s'intéresse aux rythmes, aux sonorités de la poésie. Le mètre syllabique impose une structure au langage qui permet la mise en relief de ses éléments selon des critères étrangers aux autres registres. Les poètes actifs après la seconde guerre mondiale ont été formés, durant leur scolarité, aux lois de la poésie versifiée. Pourtant, – dès leurs débuts en poésie, pour certains – ils évoluent dans un milieu où la poésie non versifiée est déjà bien établie. Nous supposons donc l'existence d'une tension entre la conscience d'une spécificité nécessaire à la langue poétique, et la difficulté à s'en saisir dans la poésie non métrique. Yves Bonnefoy – ce n'est pas le seul – indique que le surréalisme a surtout marqué les esprits par son rapport à l'image ; un vide potentiel se crée donc, pour les poètes qui sont marqués par son héritage : le problème musical d'une langue poétique. Nous aurons, dans l'interrogation de ce qui peut faire la spécificité « musicale » d'une langue poétique, recours à la linguistique, non seulement par le recours aux classiques (Benveniste, Jakobson), mais aussi aux travaux sur la prosodie (François Dell, Philippe Martin) et aux concepts développés en linguistique variationnelle depuis Coseriu.

  • Titre traduit

    Poetry trough music after the Second World War within Surrealism's legacy


  • Résumé

    For many poets and artists, dealing with poetry and poetical language, there is a musical problem with Surrealism. Yves Bonnefoy writes, in L'alliance de la poésie et de la musique (2007) : « […] Quand j'en vins à subir les prestiges de l'image surréaliste […] je me laissais submerger d'abord par ce vaste flot d'impressions surtout visuelles, mais le besoin de vivre le vers par les voies de la prosodie fut alors l'insistance qui me porta au rivage. Mes débuts en poésie, que je date de cette traversée de la poétique surréaliste, ce fut donc une réaffirmation de l'élément « musical » de l'écriture [...]. » Many a thing should be clarified; the maritime métaphore as well as Bonnefoy's use the word "prosodie". nLa métaphore marine est à expliciter, bien sûr, ainsi que l'emploidu mot « prosodie ». However, Sébastien Arfouilloux tells us that : « [Chez Breton, le] refus de la musique, déterminé par l'importance des peintres et par le rejet de l'avant-garde musicale de l'époque, n'est en définitive que la négation d'une certaine musique. [...] le domaine poétique s'incorpore des qualités qui sont celles de la musique : d'une part la faculté des mots de s'assembler selon des tonalités qui dépassent leur fonction référentielle, il s'agit d'un concept hérité du symbolisme, d'autre part le fait de procéder d'une possession, d'un furor. Il conviendrait d'ajouter enfin que la musique, et particulièrement la chanson, s'accordent chez certains poètes avec une expérience intime, même si cette composante n'existe pas chez Breton. » (Sébastien Arfouilloux, Que la nuit tombe sur l'orchestre, Surréalisme et musique, Paris, Fayard, 2009, p. 480) Between Breton's own words and the link between Surrealism and music on one hand, and what has been retained and made by the poets on the other remains an open field, ready to be explored.