Architecture et savoirs

par Xavier Wrona

Projet de thèse en Esthétique, histoire et théorie des arts

Sous la direction de Pierre Caye.

Thèses en préparation à Paris Sciences et Lettres , dans le cadre de Ecole transdisciplinaire Lettres - Sciences , en partenariat avec Centre Jean PEPIN (laboratoire) et de Ecole normale supérieure (établissement de préparation de la thèse) depuis le 01-09-2016 .


  • Résumé

    Introduction: Le texte qui suit est issu d'une conférence donnée à l'Université de Chicago en octobre dernier dans le cadre de la réflexion que cette institution mène sur la constitution d'un nouveau programme d'études urbaines. Ce texte est principalement une somme de considérations et d'intuitions qu'un travail de thèse devra affermir ou contredire. Je souhaite que ce travail m'amène à confronter ce qui n'est ici qu'une somme d'intuitions à l'exigence des modalités de production de savoirs. J'aspire par ce travail passer de la forme de l'essai à la soutenance d'une thèse en vue de la constitution d'un champ disciplinaire appuyé sur la rigueur des processus universitaires de production de pensée. Ce projet de constitution de champs disciplinaire fait l'objet, en parallèle du présent travail théorique, d'une expérimentation empirique annuelle dans le cadre du programme intitulé « Architecture as a Political Practice » initié à Chicago en octobre dernier. Ce travail de thèse vise à reconsidérer la fonction anthropologique de l'architecture. Il est une tentative de faire la somme d'une quinzaine d'années de pratique architecturale et d'enseignement ainsi que d'une réflexion tissée durant ces années sur la critique adressée par Georges Bataille à l'architecture en 1929. Il fait suite à une exposition intitulée « Georges Bataille, Architecture, Chicago and World Order, an Essay on General Economy » réalisée durant la Biennale d'Architecture de Chicago l'année dernière. Cette exposition était accompagnée d'une chaîne de télévision architecturale intitulée « After the Revolution: a review of architecture's massive consequences ». Ces deux travaux forment le point de départ du présent travail de thèse. Il semble que la pratique architecturale soit à ce jour plus largement employée à participer des problèmes structurants le monde contemporain plutôt qu'à leur résolution. Aussi, ce travail aspire à ré-orienter la pensée et la pratique architecturale en direction de problèmes majeurs de la réalité contemporaine dont quelques exemples pourraient être le manque d'alternative réelle à un mode de production des sociétés ravageur pour l'environnement, le manque d'alternative à une organisation economico-sociale générant une grande violence sociale et des inégalités tant importantes que croissantes, etc. Afin de condenser une hypothèse globale et sommaire de travail il pourrait être dit qu'il s'agit ici de confronter la discipline architecturale à la 11eme thèse de Marx sur Feuerbach dans laquelle il déclare : « Les philosophes n'ont fait qu'interpréter le monde différentes manières, ce qui importe c'est de la transformer ». En effet, une manière de regarder ce qui définit l'architecture en tant que discipline, en deçà des diverses définitions que les architectes ont pu lui assigner, consisterait à dire que, pour le meilleur ou pour le pire, l'architecture est condamnée à transformer la réalité. Le monde est en quelque sorte transformé lorsqu'un bâtiment est réalisé. Il restera ainsi transformé jusqu'à ce qu'un processus de destruction ne lui soit appliqué. La présente introduction à ce travail de thèse est composée de trois parties. Elle ne constitue pas le plan du travail de thèse mais l'explicitation de ses motivations. Dans un premier temps nous regarderons le sens du mot architecture à travers la définition qu'en propose Georges Bataille dans la revue Documents en 1929. Dans un second temps, à la lumière de Bataille, nous regarderons les objets auxquels l'architecture s'est attachée au fil du temps, à quoi cette pratique anthropologique s'est elle appliquée. Nous conclurons ensuite par une partie plus ouvertement spéculative visant à défendre l'hypothèse d'une pratique architecturale orientée vers la gestion des problèmes majeurs auxquels il semble que nos sociétés soient hélas promises à très court terme. 1/ À propos du terme Architecture En 1929, Georges Bataille propose une définition du mot architecture. Les nombreuses définitions proposées par les architectes du mot architecture au fil des temps n'en adressent quasi exclusivement jamais le fond mais s'en remettent exclusivement à la forme. Celles-ci s'appliquent plus en effet à décrire ce que l'architecture devrait être pour être une bonne architecture et non pas ce qu'elle est en soi. La définition de Le Corbusier est à ce sens un exemple paradigmatique : « L'architecture est le jeu savant, correct et magnifique des volumes assembles sous la lumière ». Cette définition ne nous éclaire guère sur ce que l'architecture fabrique dans la réalité, les raisons de son existence parmi les pratiques humaines. Elle ne fait que nous communiquer comment son auteur attend d'elle qu'elle se comporte. À l'inverse, la définition proposée par Bataille est une des rares à ma connaissance à tenter d'expliquer les raisons présidant à l'existence d'une telle entreprise. Car, faut-il le rappeler, les villes et les bâtiments dans l'histoire des hommes ont été majoritairement construits sans architectes. Bataille nous propose en quelque sorte une définition de l'objectif que s'assigne cette occupation humaine, sa besogne aurait-il dit. En voici deux extraits : « L'architecture est l'expression de l'être même des sociétés, de la même façon que la physionomie humaine est l'expression de l'être des individus. Toutefois, c'est surtout à des physionomies de personnages officiels (prélats, magistraux, amiraux) que cette comparaison doit être rapportée. En effet, seul l'être idéal de la société, celui qui ordonne et prohibe avec autorité, s'exprime dans les compositions architecturales proprement dites. Ainsi les grands monuments s'élèvent comme des digues, opposant la logique de la majesté et de l'autorité à tous les éléments troubles : c'est sous la forme des cathédrales et des palais que l'Église ou l'État s'adressent et imposent silence aux multitudes. Il est évident, en effet, que les monuments inspirent la sagesse sociale et souvent même une véritable crainte. La prise de la Bastille est symbolique de cet état de choses : il est difficile d'expliquer ce mouvement de foule, autrement que par l'animosité du peuple contre les monuments qui sont ses véritables maîtres. » Il continue, et c'est sur ce point que j'aimerais concentrer notre attention : « Aussi bien, chaque fois que la composition architecturale se retrouve ailleurs que dans les monuments, que ce soit dans la physionomie, le costume, la musique ou la peinture, peut-on inférer un goût prédominant de l'autorité humaine ou divine. Les grandes compositions de certains peintres expriment la volonté de contraindre l'esprit à un idéal officiel. […] Il est évident d'ailleurs que l'ordonnance mathématique imposée à la pierre n'est autre que l'achèvement d'une évolution des formes terrestres, dont le sens est donné, dans l'ordre biologique, par le passage de la forme simiesque à la forme humaine, celle-ci présentant déjà tous les éléments de l'architecture. Les hommes ne représentent apparemment dans le processus morphologique, qu'une étape intermédiaire entre les singes et les grands édifices. » Ainsi, selon Bataille, le rôle, la fonction de l'entreprise architecturale équivaudrait en quelque sorte à « anoblir » l'humanité en lui imposant une organisation mathématique. Dans une système au sein duquel les singes sont considérés comme stupides et où le savoir équivaut à la mathématique, l'architecture mathématise l'homme pour lui faire échapper à la stupidité de l'animalité. Aussi, avec Bataille, l'architecture ne doit plus être comprise comme la production de bâti mais plutôt comme l'occupation des hommes ayant pour objectif d'appliquer un ordre anoblissant sur la réalité humaine. Ou bien, pour le formuler autrement, la fonction anthropologique de l'architecture n'est pas de produire des bâtiments mais plutôt de déterminer quel ordre, quel principe régulateur devrait gouverner la production des bâtiments… ou de tout autre objet de la réalité, la liste de ces objets allant jusqu'à comprendre le sens à donner au monde qui les accueille. Car en fait, qu'est-ce que l'ordre architectural dont parle Bataille ? La théorie classique de l'architecture nous éclaire quelque peu. Un bâtiment devrait être dessiné selon les principes suivants : ordre (ordinatio), proportions (symmetria), Eurythmie (Eurythmia), ornement (decor) et distribution (distributio). Ainsi on peut comprendre que la part de bâtiments qui relève de l'architecture est historiquement gouvernée par certaines règles telles que l'inter-proportionnalité des parties, la symétrie, la régularité, la bienséance, le goût, la simplicité, l'économie… Il est assez vertigineux de constater que les bâtiments puissent être astreints à des régimes systémiques aussi abstraits et complexes, raffinés et contraignants. Il est cependant certain qu'aucune des dites règles n'est factuellement indispensable à un individu pour pouvoir prier sous un toit ou vivre dans une maison. Chez Bataille, l'architecture est en quelque sorte l'imposition d'un ordre idéologique au bâti, « l'imposition de la mathématique à la pierre » écrit-il. Les bâtiments agissent ainsi comme des images du monde tel que celui-ci devrait être, images d'un monde ordonné au sein duquel toutes les parties ont leur raison d'être, leur place et sont inter-proportionnellement liées. L'architecture produit un monde faisant sens tel que l'a explicité Denis Hollier dans son ouvrage « La prise de la concorde ». Mais cette hypothèse en dévoile une seconde qui la contient. L'ordre architectural n'est pas limite à la production de bâti, il s'applique à nombre d'objets tels que « la physionomie, le costume, la musique ou la peinture ». L'architecture doit ainsi être comprise comme un ordre diffus, courant à travers la production des artefacts. L'architecture n'est pas tant concernée par les objets qu'elle produit que par l'ordre qui en régit la production. 2/ À propos de ce que fait l'architecture Un bref survol de l'histoire semble confirmer l'intuition de Bataille. La création du système contraignant de signes qu'est l'architecture s'est accompagnée de la réification d'idéologies et de l'imposition d'ordres politiques et moraux aux subjectivités. Cet ordre idéologique diffus a en effet été utilisé par l'oligarchie durant la Renaissance. Avec Bataille, nous pourrions lire la somme des productions architecturales de la Renaissance comme une tentative de vêtir la classe dominante de la noblesse de la pierre et de la majesté de l'antique. Ceci pourrait aussi être dit de l'empire romain ou plus récemment du colonialisme sous l'emprise desquels les mêmes modalités architecturales de pensée furent utilisées pour réformer les manières locales, les habits et les bâtiments des colonisés. Un bel exemple de ce mécanisme d'« architecturalisation de l'autre » peut-être lu dans le refus de Gandhi de porter le vêtement de l'ouest alors qu'il s'emploie à émanciper l'Inde de l'Empire Britannique. La presse déclare Gandhi unanimement vainqueur de cette confrontation lorsque le roi est contraint de le recevoir en 1930 dans son habit indien, ce vêtement « non architectural » qui faisait dire à Churchill que Gandhi était un « fakir à demi-nu ». Churchill écrivait en 1930 : « It is alarming and also nauseating to see Mr. Gandhi, a seditious middle temple lawyer, now posing as a fakir of a type well known in the east, striding half-naked up the steps of the viceregal palace, while he is still organizing and conducting a defiant campaign of civil disobedience, to parley on equal terms with the representative of the king-emperor. » Qu'il s'agisse des formes imposées au bâti ou au vêtement, il semble bien que la besogne de l'architecture consiste bien à imposer un ordre. Si l'architecture doit être entendue comme l'occupation humaine visant à organiser idéologiquement la construction de la réalité, il devient intéressant dès lors de regarder ce qui régit la production de bâti aujourd'hui. L'exercice architectural n'est plus conduit sous le régime des ordres latin cités précédemment (ordinatio, symetria…). Un autre jeu de règles lui a été substitué. Celui-ci se dévoile par exemple dans la production de logements sous la forme d'un jeu de divers ratios devant être respectés dans la conception des édifices. Dans le concours de logements étudiants auquel l'agence Est-ce ainsi que je mène depuis 2006 a pris part à Paris pour le compte de Paris-habitat, les ratios suivants ordonnaient la production de bâti : un premier ratio établissait le rapport à respecter entre la quantité de linéaire de cloisonnement et la surface totale de plancher. Un ratio encadrait la quantité de surface vitrée en regard de la surface totale de développé de façade. Un ratio imposait un rapport quantitatif entre les espaces de vie et les espaces non inclus dans les unités de vie tels que les couloirs, halls, espaces communs et autres. Le « guide d'aide à la conception » fourni pour ce concours par le maître de l'ouvrage stipulait que les valeurs de ces ratios devaient lui être communiquées dès la phase d'esquisse et devaient être ajournées au fil de l'avancement du projet. Tous ces ratios contraignent si puissamment les productions qu'ils se substituent à l'intelligence spécifique développée dans les écoles d'architectures. Ce faisceau de contraintes n'est basé sur des impératifs autres que ceux du rendement économique. Si par le passé les conceptions d'harmonies d'une epistémé se retrouvaient sous forme de règles à appliquer dans la production de bâti, ces mêmes règles sont aujourd'hui fondées sur des impératifs de profit. Aussi bien, si Bataille voit dans les règles à l'œuvre dans la production de bâti les principes de régulation de l'organisation idéologique des sociétés, nous avancerons l'hypothèse que l'organisation du bâti n'est plus à lire dans les écoles d'architecture mais dans les conséquences des théories économiques néolibérales d'un Milton Friedman par exemple. Si tel est bien le cas, comme ce travail de thèse s'emploiera à le démontrer, alors les principes économiques néolibéraux doivent être compris comme étant de l'architecture. 3/ Proposition de la constitution d'un nouveau champ disciplinaire dans les sciences humaines ou « Architecture et pensée de la totalité ». L'hypothèse de la présente thèse réside dans l'idée que, outre avoir fourni une définition opérante de l'architecture là ou elle faisait cruellement défaut, Bataille pourrait en quelque sorte nous aider à réorienter la pratique architecturale dans son ensemble. Si l'on regarde l'histoire de l'architecture dans les livres portant ce nom, il semble que l'hypothèse de Bataille du rôle joué par l'architecture dans la construction de la réalité soit juste : l'architecture comme mise en ordre du monde résonne avec une grande pertinence chez Vitruve pour qui, dans sa définition de la figure de l'architecte, ce personnage doit combiner une quantité de savoirs l'élevant quasiment au stade de demi-dieu. Mais c'est aussi dans les usages qui doivent être faits de l'architecte que la pertinence du propos de Bataille se dévoile. A la lecture de Vitruve, si l'architecte produit des bâtiments, l'horizon des tâches sollicitant ses compétences excède largement ces derniers. L'architecte y produit en effet des machines de guerre, des machines de construction, de marches militaires, des plans de ville… Les récents travaux d'Olga Medvedkova et Emilie d'Orgeix sur les écrits de Vitruve décrivant les dites machines ouvrent d'autres profondes résonances entre l'architecture et la mise en ordre du réel. En effet, les auteures révèlent que Vitruve s'avère être plus concerné par l'ordre de proportions devant être appliqué à la production des machines qu'aux machines elles-mêmes. « C'est pour cela, sans doute, que dans sa description des machines de guerre, catapultes, scorpions, balistes, tortues, etc., munies de colonnes, de chapiteaux et de bases, Vitruve n'oublie jamais d'indiquer les mesures. Ces dernières se fondent sur un système de proportions, issu d'un calcul modulaire également utilisé dans le système des ordres de l'architecture civile ! Comme on le sait, ce calcul intégrait les proportions du corps humain. La machine de guerre, tout en dépassant les limites corporelles de l'homme, gardait avec lui un lien, aussi fondamental qu'indestructible, celui de la similitude proportionnelle » Olga Medvedkova, Émilie d'Orgeix, « L'architecture militaire et civile : les enjeux disciplinaires », in « Architectures de guerres et de paix, du modèle militaire antique à l'architecture civile moderne », P 7, Mardaga, Bruxelles, 2013 Elles continuent : « Au début du XIXe siècle, l'un des derniers grands commentateurs de Vitruve, Jean-Michel Moreau de Bioul (1765-1835), s'exaspérait déjà devant son système modulaire : “Cet auteur aurait obligé davantage la postérité, si, au lieu de ces proportions, il eut expliqué et décrit quelle était la figure et quelles étaient les usages des parties dont il donne si exactement les dimensions. Mais il est très difficile, d'après ce qu'il dit, quelle était la structure de cette machine” » Olga Medvedkova, Émilie d'Orgeix, « L'architecture militaire et civile: les enjeux disciplinaires », in « Architectures de guerres et de paix, du modèle militaire antique à l'architecture civile moderne », P 7-8, Mardaga, Bruxelles, 2013 Afin de continuer notre démonstration, si nous nous rapprochons du temps présent, durant la Renaissance, nous apprenons que l'immense Palladio n'était pas seulement occupé à dessiner des marches militaires ou encore à faire se rejouer des grandes batailles, il s'employait sur la base des concepts Vitruviens à réformer l'art de la guerre même. La citation suivante explicite ce fait : « Pour surmonter la Fortuna, la Virtus ne suffit pas, il faut aussi de l'ordre. C'est à quoi sert la théorie architecturale Vitruvienne dont les six opérateurs formels, grâce auxquels l'architecte conçoit son projet [l'ordonnance (ordinatio), la disposition (dispositio), le système de mesures (symmetria), l'Eurythmie (eurythmia), l'ornement (décor) et la distribution (distributio)], constituent le principe le plus efficace de mise en ordre du réel, surtout quand ce réel est un réel artificiel, fruit de l'ingéniosité et de l'industrie des hommes, et que cet art conçoit et fabrique des corps non pas substantiels mais harmoniques, composés d'éléments à distance, à l'exemple précisément d'une armée. Voilà donc la tâche que se fixe Palladio : rendre raison de l'organisation des armées antiques et de leurs ordres de bataille au moyen des schèmes Vitruviens de la conception architecturale et, mieux encore, faire de ces schèmes le principe et le moteur de leur efficacité même. » Pierre Caye, « César, penseur de la technique. Lectures architecturales du corpus césarien à la renaissance (Alberti et Palladio», in « Architectures de guerres et de paix, du modèle militaire antique à l'architecture civile moderne », P 26, Mardaga, Bruxelles, 2013 La lecture de ces divers fragments permet de révéler à nouveau la grande pertinence de la définition du terme architecture proposée par Bataille puisqu'il y voit une praxis émancipée du bâtiment mais aussi ontologiquement constituée sur la question de la mise en ordre du réel. A l'heure du néolibéralisme mon expérience d'architecte m'amène à la conclusion que la définition de l'architecture se résume à la production d'un certain type de bâti dont on a précédemment vu que les modes d'ordonnancement lui échappaient massivement. Ainsi il apparait que l'architecture doit être ré-inventée. Les productions de « bâtiments événements » que sont les musées, l'inflation des nouvelles figures dites « starchitectes » ou encore la mise en compétition des villes comme modèle de développement urbain témoignent de l'absence de signification de la pratique architecturale en deçà de l'ordre idéologique néolibéral qui la subsume totalement. Ce travail proposera donc d'explorer l'hypothèse selon laquelle si l'architecture existe, sa spécificité réside non pas dans « la production de bâti » mais dans certaines modalités de pensée propre à cette discipline pouvant être, comme le pointait Bataille, appliquée à bien d'autres objets que le bâti. Les bâtiments sont dans ce travail « perdus » pour les architectes puisque leur dessins leurs échappent pour toutes décisions réellement déterminantes dans la construction de la réalité. L'hypothèse de ce travail consistera à démontrer que l'architecture doit se déplacer. Si nous acceptons la dissociation de l'architecture et de la production de bâti alors l'architecture pourra être employée à ce qui fait véritablement problème dans le contemporain : selon quel ordre doit on tenter d'organiser la réalité ? Si le néolibéralisme pourrait être compris à travers Bataille comme une architecture, alors, la discipline architecturale pourrait être employée à lui en substituer une autre. À un ordre construit sur la privatisation des ressources, la destruction des syndicats, la dérégulation et la destruction de l'état providence l'architecture pourrait être un des lieux au sein desquelles pourrait être tentée d'en proposer de nouveaux. La longue tradition de pensée de la globalité et de la complexité de la discipline architecturale saurait être déterminante dans la tentative collective de proposer des modèles, même théoriques, d'organisation alternative de la réalité. Prenons un exemple : la théorie marxiste présuppose la définition d'une forme d'État comprenant en elle-même sa propre dissolution. Une telle forme d'État apparait comme une machine complexe à concevoir, qui n'adviendra peut-être pas de manière spontanée et pour laquelle les milliers d'étudiants d'architecture autour de la planète sauraient être d'une grande aide. La mutualisation de leur intelligence apparait ici plus souhaitable que de les voir employés à être mis en concurrence les uns les autres sur des bâtiments pour lesquels l'ordre néolibéral a pris toutes décisions signifiantes avant qu'ils n'aient commencé à concevoir. L'histoire de l'architecture regorge d'une masse d'exemples d'une grande noirceur lorsqu'on s'arrête sur les usages faits par les architectes de leur accointances avec la totalité et le pouvoir. Albert Speer n'était pas seulement l'architecte du régime nazi mais aussi le ministre de l'armement et de la perpétuation de la guerre. Est-il possible que l'intelligence déployée dans des champs aussi divers de l'organisation de la destruction puisse être appliquée à l'invention d'autres formes d'État? Un dernier exemple de l'horizon souhaité du présent travail peut-être lu dans les travaux de l'architecte Hollandais Rem Koolhaas dont l'agence de production de bâti s'est récemment vue dotée d'une seconde pratique travaillant dans les domaines des Media, de la politique, de la sociologie, des énergies renouvelables, de la technologie, de la mode, du commissariat d'exposition, de l'édition et du design graphique. Cette agence nommée AMO s'est récemment vu missionnée pour participer d'une réflexion sur l'avenir de l'institution « Union Européenne » à l'horizon 2050. Elle constitue un application concrète de l'application de la pensée architecturale à d'autres objets que la production de bâti, voire même dans ce cas, de son application à la constitution d'une mise en ordre du monde alternative pour une aire géographique aussi conséquente que l'Union Européenne. Conclusion : Il est possible que le pouvoir ordonnateur de l'architecture ait été une très mauvaise idée depuis le début de son application. Peut-être que Bataille a raison dans sa critique, que l'architecture ne saurait être sauvée des dangers qu'elle pose au réel dans sa globalité. Auquel cas, il faudrait sans hésiter la plonger dans les poubelles de l'histoire. Si l'architecture est une pratique intrinsèquement oppressive telle que Bataille la décrit, il ne faudrait avoir aucune hésitation. Mais, nous pourrions aussi tenter de réorienter la totalité de l'appareil de production d'architecture pour l'appliquer à tenter de reconstituer un territoire d'articulation des savoirs et de pensée de la totalité. Un tel territoire de travail permettrait de proposer à la collectivité des modalités alternatives d'organisation de la réalité pouvant être opposées à celle terriblement destructive à l'œuvre actuellement. Joseph Stieglitz décrivait récemment, sur la chaine d'information libre Etasunienne Democracy Now, le TransPacific Partnership comme une « New Global Architecture », une nouvelle architecture globale. Comment serait-il possible de nommer une réorganisation aussi puissante de la réalité autrement que par le terme Architecture? Aussi, si de telle réorganisations sont à l'œuvre à une échelle aussi conséquente de l'organisation de la réalité, cette échelle doit être saisie pour être travaillée. Ce sera le travail de cette thèse que de voir comment l'architecture, depuis sa longue histoire d'accointances avec le pouvoir et la pensée de la totalité, pourrait participer d'une telle saisie des moyens de production de la réalité. L'hypothèse sera ici proposée de la création d'une nouvelle discipline dans les sciences humaines employée à proposer des modes d'organisations alternatifs de la réalité sur la base de la pensée architecturale.

  • Titre traduit

    Architecture and Knowledge


  • Résumé

    "In morphological progress, men apparently represent only an intermediate stage between monkeys and great edifices" Georges Bataille, "Architecture" in Documents, 1929 Introduction: This proposition is a raw essay regarding the meaning of Architecture as a discipline. It is an attempt to start summing several years of inquiry of architectural practice, teaching in several architecture schools as well theorethical reflections of Georges Bataille's harsch criticism of the concept of architecture. It follows an exhbition I'm currently showing at Theaster Gates' Archive House on the South Side of Chicago, entitled "Georges Bataille, Architecture, Chicago and World Order" as well as an architectural TV show which is currently going on, entitled "After the Revolution: a Review of Architecture's Massive Consequences". I believe that as architects we today are more part of the problem than we are part of the solution and this should be read as an essay to try reorient architectural practice and thinking towards more important matters. I would say that it somehow rises out of reflections on Marx's 11th Thesis on Feuerbach in which Marx claims : "The philosophers have only interpreted the world, in various ways. The point, however, is to change it." One way to look at a what defines architecture as a discipline, regardless of the many different definitions architects might assign to it, would be to say that for better or worse, architects are bound to change the world. The world is somehow transformed after a building is realized and it will stay transformed as long as important means of destruction aren't employed to remove it. I believe this to be important since in any building produced, relationships of power are inscribed in stone. This is, in essence, the criticism that Georges Bataille adresses to architecture. This paper is composed of three parts. We will first look at the meaning of the word architecture through a Bataillan lens. In a second movement we will be looking at what architecture does as an anthropological practice. We will then conclude on a more speculative part by advocating for the creation of a new social science of totality as an attempt to reorient architectural practice towards more useful means in an attempt at facing, what I believe to be, major stresses to which our societies will be put through. Part 1: Regarding the definition of the term Architecture In 1929 Georges Bataille proposed a definition of the term Architecture. The usual definitions of this term given by architects never really address what architecture is, but rather what it ought to be. The very famous definition given by Le Corbusier is an excellent example of this: "Architecture is the masterly, correct and magnificent play of masses brought together in light". This definition does not enlighten us on what the concept of architecture is doing to reality, it just tells us the way it should do it. On the contrary, Georges Bataille provides us with what is, to my knowledge, one of the rare definitions of architecture that attempts to explain the reason for such a human practice to even exist. Indeed, most of the cities on the planet were built without architects. Bataille, gives us a kind of anthropological definition of architecture. It is quite long so I will just present here a couple of parts of it. "Architecture is the expression of the very soul of societies, just as human physiognomy is the expression of the individual's soul. It is however particularly to the physiognomies of official personages (prelates, magistrates, admirals) that this comparison pertains. In fact, it is only the ideal soul of society, that which has authority to command and prohibit that is expressed in the architectural compositions properly speaking. Thus, great monuments are erected like dikes, opposing the logic and majesty of authority against all disturbing elements: it is in the form of cathedral or palace that church or state speaks to the multitudes and imposes silence upon them. It is, in fact obvious that monuments inspire social prudence and often even real fear. The taking of the Bastille is symbolic of this state of things: it is hard to explain this crowd movement other than by the animosity of the people against the monuments that are their real master." He continues, and this is the point which I would like to address more specifically : "Moreover, each time that architectural composition turns up somewhere other than in monuments, whether it is in physiognomy, costume, music or painting, one may infer a prevailing taste for divine or human authority. The great compositions of certain painters express the desire to force the spirit into an official ideal." As well as this part: "It is obvious, moreover that mathematical organization imposed on stone is none other that the completion of an evolution of earthly forms, whose meaning is given in the biological order by the passage of the simian to the human form. The latter already presenting all the elements of architecture. In morphological progress man apparently represents only an intermediate stage between monkeys and great edifices". So, according to Bataille, the anthropological goal of architecture is to be an ideological dynamic process of “ennoblement” of mankind through the imposition of mathematical organization upon it. In a system where monkeys are stupid and knowledge is mathematical, architecture mathematizes mankind, in order to push it away from the stupidity of animality. From then on, architecture is not to be understood anymore as the production of buildings but rather as the occupation of mankind aiming to find the proper order that should govern the production of buildings. Or to put it in other words, the anthropological scope of architecture is not to produce buildings but rather to determine which regulating principles ought to be used in the production of buildings or any other objects for that matter. But what is this architectural order? The classical theory of architecture explains it. A building should be designed according the following principles: order (ordinatio), proportions (symmetria), the Eurythmie (Eurythmia), ornament (decoration) and distribution (distributio). This entails that the production of buildings is governed by rules like an interproportionality of parts, symmetry, regularity, commodity, bienséance, taste, simplicity, economy... it is quite strange to realize that the production of buildings is governed by such extremely intricate, refined and constraining rules. Of course none of these rules are actually necessary for a person to be able to pray in a church or for anybody to be able to live in a house. According to Bataille Architecture imposes an ideological order to mankind's productions. Buildings act like images of the world, images of an ordered world where all parts are inter related, inter-proportional, etc... architecture produces a world that makes sense. But Bataille goes further in stating that this architectural order is not limited to the production of buildings but expands to other artifacts such as "physiognomy, costume, music or painting". Architecture is then to be understood as a pervasive ideological order running through the production of artifacts. Architecture is more concerned by the order to be established in the production of artifacts than by the actual objects it produces. Part 2: regarding what architecture does A brief overview of history allows us to say that this understanding of architecture makes quite a lot of sense... why else explain the use of architecture at all if not in order to reify ideology. This ideological pervasive order has been used by the dominant class to push its agenda forward. Whether it has been under the merchants power of the renaissance: all the palaces of the renaissance can be read merely as an attempt to ennoble the ruling class by dressing it with a stoned cloth of antique majesty. That is what the financial power of the Medici did with their buildings and that is how they launched the figure of the architect as we still know it. It was also the case during the roman empire or more recently colonialism, where the same architectural thought processes were used to reform clothing, housing, plans of cities of the colonized in order to reform local manners, habits and turn one as a foreigner to his own culture. A good example of this phenomenon can be seen in the refusal of western clothing by Gandhi in his quest of emancipation from Great-Britain's ruling power. Even more so the fact that the British press unanimously declared Gandhi the great winner of his meeting with the king in London in 1930 for the simple reason that the king had accepted to receive him in his indian clothing. This "non-architectural" cloth which Churchill used to designate Gandhi as a "half naked fakir: Churchill stated in 1930: "It is alarming and also nauseating to see Mr. Gandhi, a seditious middle temple lawyer, now posing as a fakir of a type well known in the east, striding half-naked up the steps of the viceregal palace, while he is still organizing and conducting a defiant campaign of civil disobedience, to parley on equal terms with the representative of the king-emperor." But let's go back to the production of buildings per se. If architecture is now the human occupation used to order the production of reality in an ideological manner it so happens that what governs the design of architecture today isn't the set of latin rules I stated earlier (ordianatio, symetria...) but the set of following ratios: (these ratios are an excerpt of the guidelines that were given to us at the office during the competition for the design of a student housing building by one of the french public developer) - A ratio controls the width of the partition walls in relation to the total surface of the floor slab - A ratio controls the amount of window surfaces in relation to the total façade surface - A ratio controls the ratio of living spaces in relation to surfaces not included in housing units (corridors, hallways, common rooms, etc...) the guide to design states that "The values of the ratios must be communicated to the client as soon as the design development phase. They must be met as soon as the design phase and refined during the development of the project". All these ratios are meant to govern the production of buildings according to economic imperatives. Facing such prescriptions in the design process I will argue that if architecture is the regulating order in the production of artifacts as Bataille stated it, that order does not come from the founding concepts of architecture anymore. Buildings are now designed by finance or let's say pre-designed. Moreover, if the regulating principles of the forms of buildings are now designed by economic imperatives, we have to accept that, in Bataillan terms, the architect is not the person who studied architecture but rather Milton Friedman and his school of thought. Part 3: Proposition for a new Social Science of the thinking of totality Again Bataille might give us a way out here. Looking at the history of architecture again, one could argue that Bataille was right in saying that architecture is not the production of buildings but rather the production of a regulating order of reality that one can read in the production a much wider range of artifacts. "Painting, clothing, ...." as he states. Going back to Vitruvius, who wrote the earliest text ever found dedicated to architecture, according to Vitruvius architects were not only involved in the production of buildings but were also designing weapons, military marches, plans for cities... And even more interestingly, when Vitruvius describes the engines of war, he is more concerned with the system of proportions that governs their production than the actual mechanism of the weapon itself... As Olga Medvedkova and Émilie d'Orgeix wrote recently in their book "architecture for war and peace" "This is probably why, in his description of war machines, (...) equipped with columns, capitals and bases, Vitruvius never forgets to indicate the measurements. Measurements that are based on a system of proportions, from a modular computing system also used in the orders of the civil architecture! " Olga Medvedkova, Émilie d'Orgeix, « Architectures de guerres et de paix" 2013 They continue " In the early nineteenth century, one of the last great commentators of Vitruvius, Jean-Michel Moreau de Bioul (1765-1835), was already frustrated with this modular system: {He writes about Vitruvius} "This author would have done a better service to posterity, if, instead of these proportions, he had explained and described what was the figure and what were the uses of the parts of which he gives so exact dimensions. But it is very difficult, from what he said, to understand what was the structure of this machine "  Olga Medvedkova, Émilie d'Orgeix, « Architectures de guerres et de paix" 2013 And if we keep following the centuries that precedes us, more recently, during the renaissance, we discover that the great Palladio, major figure of the sixteenth century was not only involved in the design of military marches or the full scale reconstitution of famous battles.. but he was also at the heart of a redefinition of the art of war. More so... according to the Hellenist Pierre Caye, using the canonical architectural thought processes inherited from antiquity, Palladio actually reformed the art of war itself. Please excuse me for another long quote: " To overcome the Fortuna [meaning hazard, or the contingency of reality], Virtus (virtue) is not enough, one also needs order. This is the purpose of Vitruvian architectural theory which is composed of six formal operators through which the architect designs his projects [order (ordinatio) disposition (dispositio), proportion (symmetria), Eurythmie (Eurythmia), ornament (decor) and distribution (distributio)]. This theory is the most efficient principle to put order on reality, especially when this reality is an artificial one, as an army is. Here is then the task that Palladio assigns to himself: get done with the ancient organization of armies and their order of battle using the Vitruvian patterns of architectural design and even better, make these schemes the principle and engine of their efficiency." Pierre Caye, « César, penseur de la technique. « Architectures de guerres et de paix" 2013 It seems Bataille is right in proposing a definition of the term architecture in which architecture is "emancipated" from buildings as well as in explaining that the defining constituent, the DNA of architecture relies in an attempt to find or design ordering principles for the construction of reality. I think the destruction of the production of buildings as a realm of thinking of the possible orderings of reality will lead architecture to reconsider its scope. Lets face it, under neoliberal law, architects have lost buildings and the gesticulation of neo-liberal monuments (starchitecture, blockbuster museums, etc...) appears to students as an overstatement of this fact. If there is a specificity to the discipline of architecture, I believe that it lies in some thought processes. It is very recently that these were limited to the construction of buildings and since those are now lost to architects, architectural thinking will have to evolve elsewhere. If we accept the dissociation of Architecture and buildings and if we look at what might be an ordering principle of reality, the claim would here be that it has for quite some time now been neo-liberalism. Privatization, deregulation, union busting, destruction of the welfare state are a very important components of the evolution of reality. I believe that the long tradition of top down thinking of Architects could be of help in providing at least theoretical models of alternative orderings of reality. For instance, Marxist theory presupposes the definition of a state that would include in itself its own disappearance. This seems like a very complex machine to design... which might not happen on its own and for which the thousands of students of architecture schools could be applied instead of being trained to be in competition with one another to design buildings that actually are already designed by neoliberal imperatives before architects start drawing anything. Anarchists like David Graeber are very much interested by the organizing methods of the populations on what happened in Occupy for instance. How do masses coagulate and perpetuate their opposition to government policies? What tactics can be used to organize? There are extremely scary example of what architects are good at through the ordering of reality. Albert Speer was not only the architect of the buildings of the Nazi regime and of its extremely effective scenography, but he was also the minister of armament and of the production of war. Could the logics applied to administer and organize destruction be applied to the inventions of other forms of state? Another example can be found in Rem Koolhaas' double practice. Koolhaas runs two offices. The first one, OMA, Office for Metropolitan Architecture is involved in the production of buildings. The second office, called AMO operates in "Media, Politics, Sociology, Renewable Energy, Technology, Fashion, Curating, Publishing and Graphic Design". AMO was recently commissioned to participate in imagining the future of the European Community as a political entity. Conclusion: This might all be a bad idea. Maybe architecture is unredeemable, unsalvageable and we should very quickly throw it in the trash can of history. I would have no particular issue with this as an intrinsically oppressive tool. Or we could try to reorient architecture schools to turn architectural thought processes towards alternative world orders. This would require to have the architect step down from a "white horse" tradition and to use the long tradition of top down thinking and systematising methods to work in articulation with a great variety of other social sciences in order to try to come up with alternative potential world orders. Joseph Stieglitz was recently describing on democracy now the TPP, transpacific partnership, as a new global architecture. Sincerely, how else could we name such drastic reordering of the global order? It seems that there is such kind of massive ideological re-engineering of social infrastructures at work worldwide. In Bataillan terms, this would actually be architecture. I would very much like to have a critical discussion with you as a group in order to help me evaluate bluntly the potentials and limitations of such an hypothesis. All the european countries have recently deeply transformed the curriculum of architectural studies in order to create a PhD in Architecture, which has not yet existed in Europe. This asks a large question to what architecture is and what a Phd in Architecture could be. I believe the articulation of project and research that has constituted the history of architecture could advocate for the hypothesis of a new social science which we may call "Architectural studies in totality".