Le travail de survie, domestique et politique des femmes migrantes à Beyrouth dans le cadre du « système des sponsors » (Kafâla)

par Mira Younes

Projet de thèse en Psychologie

Sous la direction de Pascale Molinier.

Thèses en préparation à Sorbonne Paris Cité , dans le cadre de École doctorale Érasme (Villetaneuse, Seine-Saint-Denis) depuis le 24-07-2014 .


  • Résumé

    Cette recherche de thèse porte sur le travail, les subjectivités et les luttes de femmes migrantes à Beyrouth (Liban) qui sont tenues d’exercer un travail domestique en live-in. Un travail de reproduction non libre est institué par cette migration contractuelle qu’organise le « système des sponsors » (kafâla), à l’instar d’autres programmes d’immigration temporaire, associé à une obligation de résidence chez l’employeur. Une partie de l’enquête a été menée auprès des décideurs institutionnels et des employeurs, libanais ou expatriés au Liban; les discours et pratiques dominants pouvant alors être analysés au prisme des savoirs et des expériences de mes interlocutrices migrantes. Au cœur de l’enquête, les réseaux relationnels des femmes migrantes apparaissent comme des ressources majeures face à la domination rapprochée dans le foyer, la répression d’État contre les travailleuses en freelance, ainsi que d’autres assujettissements qui s’organisent aux échelles transnationale et locale. Le travail de reproduction non libre, qui reproduit également les rapports sociaux, est doublé d’un travail de survie qui le limite et l’infléchit, dans le cadre de ces réseaux qui soutiennent l’agentivité des participantes et la subjectivation de leurs expériences. La « survie » (Audre Lorde, 1986) ne renvoie pas ici à la seule subsistance: elle désigne l’effort communautaire et collectif par lequel, dans des conditions invivables, des sujets s’allient pour se faire une vie au sens plein du terme, une vie dont plusieurs participantes à la recherche se disent, à divers moments, écartées. Ces réseaux coexistent aussi, pour les femmes migrantes qui disposent d’une relative liberté de mouvement, avec des mobilisations collectives, associatives ou syndicales, où la politisation du travail de reproduction en tant que tel peine néanmoins à s’imposer. Ce travail de thèse vise enfin à relayer et nourrir une psychologie sociale intersectionnelle, à travers la pratique de l’ethnographie féministe et de la recherche-action.


  • Pas de résumé disponible.