Les apports des mesures de bien-être subjectif à l’évaluation économique des innovations en santé.

par Solène Houdard-brunet (Houdard)

Projet de thèse en Sciences de la Vie et de la Santé

Sous la direction de Emmanuel Rusch.

Thèses en préparation à Tours , dans le cadre de Ecole doctorale Sciences de l'Homme et de la Société (Tours) depuis le 22-02-2017 .


  • Résumé

    Depuis 2008, la Haute Autorité de Santé (HAS) dispose d’une Commission d’évaluation économique et de santé publique (CEESP) qui a pour objectif d’évaluer l’efficience économique, c’est-à-dire le rapport coût-résultat, des produits de santé (médicaments et dispositifs médicaux) en prenant en compte leurs dimensions éthique, sociale ou organisationnelle. Cette mission a été renforcée par la loi de financement de la sécurité sociale 2012 qui a rendu obligatoire l’évaluation économique en vue de l’inscription au remboursement des produits de santé pouvant avoir un impact important sur l’organisation ou le coût des soins afin de renforcer l’efficience globale du système. Les méthodes de l’évaluation économique en santé s’appuient principalement sur les études de type coût-utilité et coût-efficacité selon les recommandations de la HAS (1). Or, ces études peuvent se révéler peu adaptées pour évaluer l’efficience de certaines innovations en santé qui agissent sur l’interface des soins (ex : consultation par télémédecine au lieu du face-à-face, traitements sous-cutanés administrés à domicile au lieu d’une intraveineuse en hospitalisation...) (2,3). Ces innovations ne se distinguent pas principalement par leur impact sur la santé, que ciblent les indicateurs de résultats traditionnellement employés dans les analyses coût-efficacité et utilité, mais par leur impact organisationnel. Il est donc nécessaire de disposer d’indicateurs de résultat intégrant plus d’éléments que les seules dimensions d’efficacité ou de qualité de vie liée à la santé. Par ailleurs, les indicateurs utilisés dans les méthodes d’évaluation économique reposent sur des mesures des préférences de la population générale pour des scénarios de santé hypothétiques. Or ces mesures peuvent différer du ressenti des patients, en particulier lorsque ceux-ci sont confrontés à des maladies chroniques face auxquelles ils peuvent avoir à s’adapter. De récentes avancées méthodologiques, cherchant à intégrer l’expérience des patients, notamment en tenant compte d’autres aspects que la qualité de vie liée à la santé, explorent l’utilisation de mesures dites du bien-être subjectif (BES) en lieu et place des mesures des préférences en tant que critère de résultat dans les analyses de type coût-résultat. Les méthodes de mesure du BES s’intéressent aux évaluations données par les personnes concernées de leur vie dans leur ensemble ou dans un domaine spécifique de leur vie (santé, travail par exemple) en évaluant la dimension hédonique (affects positifs et négatifs), la dimension évaluative (satisfaction), et la dimension eudémonique (réalisation de soi) (4). Au contraire des mesures des préférences (ex : méthode des choix discrets) qui exigent de se projeter dans une situation future plus ou moins probable (5), les mesures du BES reposent sur la conception de la « bonne vie » par la personne concernée elle-même. A ce titre, elles sont susceptibles de donner une meilleure représentation de l’expérience des patients que les mesures traditionnellement utilisées dans les évaluations économiques. Néanmoins, leur potentielle utilisation dans le cadre d’évaluations économiques nécessite d’explorer au préalable leurs propriétés et leurs déterminants (6). L’objectif de cette thèse est de s’inscrire dans ce champ de recherche naissant en explorant les propriétés et les potentialités de mesures du BES pour rendre compte de l’impact de modes de prise en charge innovants et d’innovations organisationnelles. Les 3 étapes envisagées sont : 1. Exploration des méthodes de mesure du BES de patients et de ses propriétés; 2. Etude des déterminants des mesures du BES et utilisation de ces mesures pour rendre compte d’aspects des soins et des modes de prise en charge non reflétés par les outils classiques de mesure des préférences ; 3. Comparaison de différents types de mesures du BES et comparaison avec les mesures des préférences pour rendre compte de l’impact des modes de prise en charge. L’enjeu est de contribuer à la connaissance sur les mesures du BES de patients en s’intéressant, plus particulièrement, à l’impact que peuvent avoir sur le BES les innovations qui modifient l’interface des soins. Il ne s’agit donc pas d’effectuer des évaluations médico-économiques mais de réfléchir sur les outils dont font usage ces méthodes et d’explorer le potentiel des mesures du BES à surpasser certaines limites des mesures des préférences actuellement employées dans les analyses coûts-résultats. 1. HAS. Choix méthodologiques pour l’évaluation économique à la HAS - Guide méthodologique. 2011. 2. Van den Berg B, Ferrer-I-Carbonell A. Monetary valuation of informal care: the well-being valuation method. Health Econ. 2007 Nov;16(11):1227–44. 3. Brazier J, Tsuchiya A. Improving Cross-Sector Comparisons: Going Beyond the Health-Related QALY. Appl Health Econ Health Policy. 2015;13(6):557–65. 4. Steptoe A, Deaton A, Stone AA. Subjective wellbeing, health, and ageing. Lancet Lond Engl. 2015 Feb 14;385(9968):640–8. 5. Ryan M, Scott A, Elliott R. Chap 2 : Using Discrete Choice Experiments in Health Economics: Moving Forward. In: Advances in Health Economics. 2003. 6. Richardson J, Chen G, Khan MA, Iezzi A. Can multi-attribute utility instruments adequately account for subjective well-being? Med Decis Mak Int J Soc Med Decis Mak. 2015 Apr;35(3):292–304.


  • Pas de résumé disponible.