Représentations de l’étranger et de l’immigré dans la littérature contemporaine pour la jeunesse, france et thaïlande

par Virine Hutasangkas

Projet de thèse en Lettres Modernes

Sous la direction de Cécile Boulaire.

Thèses en préparation à Tours , dans le cadre de Ecole doctorale Sciences de l'Homme et de la Société (Tours) depuis le 10-10-2016 .


  • Résumé

    La question migratoire est le sujet qui a dominé l’actualité médiatique en 2015. En Europe, elle concerne surtout l’afflux de réfugiés syriens ; elle est présente aussi en Asie du Sud-Est, avec les Rohingya. Ces événements migratoires nouveaux viennent bouleverser des équilibres anciens, issus pourtant eux aussi de vagues migratoires. Depuis le xixe siècle, et de manière plus intense depuis la fin des années 1940, la France a accueilli de nombreuses populations immigrées, venues d’Europe du Sud, du Maghreb, d’Afrique, d’Europe de l’Est, d’Asie du Sud-est. Dans ces mêmes décennies, des Chinois du Sud fuyant le communisme, des Cambodgiens fuyant la guerre civile se sont installés en Thaïlande. Ces événements migratoires massifs ont des conséquences économiques, sociales, culturelles bien connues des disciplines composant les sciences humaines et sociales (sociologie et économie de l’immigration ; post-colonial studies). La thèse, d’ambition littéraire, prétend étudier la manière dont la littérature destinée aux enfants traite cette question migratoire d’actualité, et ce, en comparant deux contextes très contrastés : les productions narratives destinées aux enfants en France et en Thaïlande. En effet, sous la pression des événements migratoires de ces dernières années, bibliothèques et librairies pour enfants ont dans les deux pays mis en avant des sélections d’ouvrages évoquant les thèmes de l’immigration, de l’étranger, de la différence et de l’intégration, afin d’exposer aux enfants ces phénomènes. Ces sélections réunissent aussi bien des auteurs nés et élevés dans le pays, et offrant un point de vue relativement neutre et didactique, que des auteurs eux-mêmes issus de l’immigration, proposant un point de vue plus dramatique sur l’existence difficile des immigrés. Elles mettent en avant aussi bien des représentations particulières de l’immigration, que des modèles d’action, à travers les personnages : la littérature pour enfants est à la fois le reflet de la société qui la produit, et l’instrument d’une transmission de valeurs et de comportements. La thèse envisage d’étudier ce corpus de récits pour enfants en lui donnant une profondeur historique : les textes étudiés s’échelonnent de 1975, date à laquelle apparaissent, dans les deux pays, les premiers romans évoquant la question migratoire, à 2015. France et Thaïlande ont une histoire migratoire différente : tandis que la France a accueilli de nombreuses populations venues du monde entier, la Thaïlande a reçu des immigrés venus principalement des pays voisins (Chine, Cambodge, Birmanie). De même, l’histoire des productions littéraires destinées aux enfants est très différentes dans les deux pays : remontant au xviiie siècle pour la France, elle est plus récente en Thaïlande, vers les années 1940 pour les textes pédagogiques et dans les années 1970 pour les romans. La perspective comparative adoptée pour cette thèse permettra ainsi, par-delà ces différences, d’interroger la construction d’un discours destiné aux enfants et portant sur des valeurs universelles (différence, tolérance), sur des situations douloureuses (racisme, rejet, inégalité, violence), sur des attitudes (préjugés, intégration, cohabitation). Elle étudiera donc le corpus en termes d’histoire des représentations, mais aussi sous l’angle de sa dimension didactique, enfin à travers une perspective morale. Pour ce faire, la thèse optera pour des études thématiques, qui seront enrichies par des approches formelles (narratologiques, stylistiques). Elle sera l’occasion, facilitée par le détour comparatif et par l’éclairage des post-colonial studies, d’interroger la fonction de la littérature pour enfants : qu’attendent vraiment les adultes qui écrivent, éditent, publient et achètent ces livres ? Ces textes contribuent-ils véritablement à inculquer aux nouvelles générations de nouvelles manières de penser les questions de l’identité et de l’altérité ?


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