Religion, violence politique et rhétorique au XVIe siècle : les pamphlets d’Artus Désiré au sein de la controverse religieuse

par Manon Gac

Projet de thèse en Histoire

Sous la direction de Florence Alazard.

Thèses en préparation à Tours , dans le cadre de Ecole doctorale Sciences de l'Homme et de la Société (Tours) depuis le 19-09-2016 .


  • Résumé

    Pamphlétaire catholique virulent, Artus Désiré (ca. 1510-1579) a fait couler son encre pour dénoncer la Réforme et prier pour son anéantissement. Son œuvre, quantitativement colossale et pourtant encore largement inexploitée, revêt pour la connaissance de la controverse religieuse du XVIe siècle un intérêt triple, en imbriquant intimement théologie, politique et rhétorique. Le projet de thèse s’inscrira dans les perspectives de recherche développées par Denis Crouzet, puisqu’Artus Désiré est selon lui un « personnage essentiel » parmi les Guerriers de Dieu (1990), et permettra de renouveler l’unique et courte monographie de F. S. Giese (Artus Désiré : priest and pamphleteer in the sixteenth century, 1971). Si la théologie nourrit en grande partie son travail, la violence de son propos est ce qui frappe le lecteur : Artus Désiré poursuit les protestants de ses invectives et incite son lecteur au massacre des réformés. C’est alors que ses pamphlets prennent une dimension politique : par le biais de ses adresses, l’auteur cherche à obtenir une réaction temporelle, physique et punitive des souverains contre cet ennemi hérétique, qui menace de l’intérieur l’intégrité et le salut du royaume. Le style désirien trahit en effet une angoisse eschatologique qui l’inscrit dans la littérature apocalyptique en même temps qu’au cœur de la littérature polémique. Cette position centrale s’explique par la prolixité de l’auteur, dont l’activité éditoriale ne connaît pas de repos entre 1545 et 1579. Son œuvre est composée de 41 titres principaux pour plus d’une centaine d’éditions connues. Les méthodes de l’histoire du livre permettraient de déterminer l’influence possible des événements contemporains sur l’activité de l’écrivain, habitué des rééditions, auxquelles il effectue parfois quelques retouches. Des recherches sur la circulation des ouvrages auraient pour effet d’appréhender l’influence d’Artus Désiré sur ses lecteurs. Il suscite ainsi chez les réformés (Théodore de Bèze, Jacques Bienvenu) des réponses directes : la polémique religieuse s’exprime par le biais de publications interposées (Jacques Bienvenu, Response au livre d’Artus Désiré, 1558 ; Singulier antidote à la poison des chansons d’Artus Désiré, anonyme, 1561). Toutefois les catholiques sont plus discrets quant à leurs réactions : Artus Désiré fut-il écouté et ses conseils suivis ou condamnés par ses pairs catholiques ? L’étude des pamphlets désiriens conduit donc le chercheur à mobiliser plusieurs disciplines : tout d’abord l’histoire, pour saisir l’auteur dans le contexte des guerres de religion, indissociable de la violence d’Artus Désiré ; la littérature, afin de déterminer les influences d’auteurs et de motifs dont il est l’héritier et pour ainsi définir le style propre de l’auteur ; l’histoire religieuse et la théologie pour appréhender son orthodoxie ; la science politique pour comprendre le rôle politique dont il estime le souverain investi ; enfin, l’histoire du livre pour mettre au jour cette formidable entreprise littéraire. Seule une approche pluridisciplinaire permettra de restituer la complexité d’une œuvre et d’un auteur engagé, par le texte, dans les guerres de religion.


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