L’idéal de l’émancipation dans les discours et les politiques publiques de l’éducation et de la culture : dépasser les paradoxes d’une conception individualiste et apolitique de l’émancipation ?

par Valéry Deloince

Projet de thèse en Sciences de l'éducation

Sous la direction de Sebastien Pesce.

Thèses en préparation à Tours , dans le cadre de Ecole doctorale Sciences de l'Homme et de la Société (Tours) depuis le 09-12-2016 .


  • Résumé

    Les conditions de mise en oeuvre et de pérennité du projet démocratique sont sans cesse interrogées par le monde politique, la société civile, les artistes et les intellectuels : ses ressorts, que sont les modalités de transmission et de perpétuation de ses valeurs,de fonctionnement et de perfectibilité sont questionnés. L'éducation, qu'elle soit formelle ou informelle, est considérée comme l'outil incontournable permettant à l'individu et citoyen de prendre part à la vie démocratique. Penser par soi-même, apprendre et ouvrir « le champ du possible » (Jacques Rancière) doivent permettre à chacun de s'approprier et de comprendre les règles du débat démocratique et du jeu politique. Or on peut s'interroger sur la manière dont le discours sur l'émancipation et l'affranchissement, dans certaines sphères éducatives et culturelles, est revisité dans une logique « d'épanouissement », d'autonomie voire de développement personnel ou professionnel. Dans le champ éducatif en premier lieu, il émane de la puissance publique elle-même : les nouveaux programmes de l'école primaire (novembre 2016) et notamment le socle commun des connaissances (mars 2015) affchent l'objectif « de développer un esprit critique » ou encore « une culture et une formation de soi », grâce notamment à la littérature, à l'éducation morale et citoyenne et à l'éducation aux médias. Hors de l'institution scolaire, l'expérience des Conseils Municipaux de Jeunes, par exemple, vise une émancipation politique par l'apprentissage et la connaissance des questions posées dans la Cité et l'expérience de la délibération. Ailleurs encore, la culture, notamment grâce à l'art de la représentation théâtrale et à sa pratique, vise à contribuer au projet d'émancipation en offrant à penser sa propre condition ou celle de l'humanité toute entière. Suivant cette logique, le Ministère de la culture incite, dans le souci de permettre au plus grand nombre de vivre l'expérience artistique, à la mise en place de la pratique amateur, de résidences d'artistes ou encore d'écoles du spectateur. Ces politiques incitatives et volontaristes s'inscrivent dans un discours de l'émancipation et sont entendues comme des manières de lutter contre l'assujettissement. L'émancipation s'entend ici comme un moyen pour l'individu de s'affranchir de liens qui le maintiendraient dans l'ignorance et dans l'incapacité de penser et d'agir par lui même. Pourtant deux paradoxes apparaissent. Le premier réside dans la conception très individualiste de l'émancipation parce qu'elle est réduite à l'autonomie. Elle perd son caractère politique en laissant de côté le collectif. Le second paradoxe réside dans le fait que l'émancipation émane de la volonté des auteurs des politiques publiques. En affchant une visée d'émancipation tout en imposant les modalités, les conditions, les contenus, les politiques publiques confnent à l'injonction paradoxale, assujettissant les 2 Projet de Thèse – Valéry Deloince citoyens à des conceptions prédéterminées de l'émancipation. Un ensemble d’initiatives populaires ou émanant plus généralement de la société civile, dans des logiques de démocratie directe, dans certains cas de désobéissance civile, semblent (plus ou moins implicitement, selon les cas) identifer et dénoncer ces paradoxes. Les réfexions contemporaines sur « le » et « les » commun(s) constituent un autre indice d’une telle prise de conscience. La recherche s'interroge sur les conditions favorables à des processus d'émancipation qui échapperaient à de tels paradoxes. Il s'agit d'analyser les causes et les effets d'une vision individualiste de l'émancipation : effets qui surgissent dès lors que l'individu est invité « à devenir lui-même » en s'identifant à un prototype unique et imposé de citoyen, d'homme, de femme idéal(e), notamment par la consommation de certains produits éducatifs, formatifs ou culturels. Comment penser, dans les champs éducatif et culturel, des formes d'affranchissement dépassant l'injonction à l'autonomie ? Comment assurer la dimension collective de ces visées émancipatrices ? Pour répondre à ces questions, la thèse s'appuie d'une part sur les apports de la théorie critique, d'autre part sur un arrière-plan théorique permettant de penser la question du sujet. Elle interroge à la fois les conceptions et les conditions sociales, pédagogiques institutionnelles de l'émancipation dans l'histoire des courants pédagogiques, avant tout ceux de la pédagogie critique, ainsi que des pédagogies coopératives et institutionnelles. Un autre axe consiste en l'analyse des politiques publiques de l'éducation, de la culture, et les discours qui leur sont associés, lus au prisme de l'éducation populaire, revendiquant, dans la tradition du rapport Condorcet, une visée d'émancipation. Cette double dimension, articulant pratiques pédagogiques et politiques publiques, suppose fnalement de rendre compte de pratiques éducatives et culturelles existantes, par le moyen de l'observation ou de rencontres avec des professionnels de ces domaines.


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