Les « grotesques sublimes » et l’esthétique du rire au XIXe siècle français

par Mohamed Yosri Ben Hemdene

Projet de thèse en Lettres Modernes

Sous la direction de Philippe Dufour.

Thèses en préparation à Tours , dans le cadre de Ecole doctorale Sciences de l'Homme et de la Société (Tours) depuis le 13-09-2016 .


  • Résumé

    Dans sa lettre à son ami Trebutien du 2 novembre 1855, Jules Barbey d’Aurevilly évoque des personnages de son roman Le Chevalier des Touches en les qualifiant de « Grotesques sublimes ». Cet oxymore désigne de nouveaux héros littéraires du XIXe siècle, figures paradoxales et hyperboliques : figures paradoxales car elles sont celles de médiocres héroïsés, de personnages anachroniques qui, tout en étant les produits de leur époque, appartiennent à un temps révolu, au baroque, au caricatural et au pittoresque ; figures hyperboliques dont certaines illustrent une nouvelle forme d’épopée, dite de « la décadence », qui n’est plus l’épopée exaltant la naissance d’une nation, mais une épopée de la déconstruction, raison pour laquelle elle peut être qualifiée de contre-épopée. En mettant en scène leurs « grotesques sublimes », les écrivains du corpus se livrent à un travail complexe et très technique sur le rire, dans toutes ses déclinaisons possibles. Cette thèse traitera donc non seulement de la mise en scène des grotesques sublimes, mais de la façon dont ils se font rire, dont les auteurs les font rire et dont ils font rire le lecteur : du rire et du faire rire. Ces figures de « grotesques sublimes » se rencontrent non seulement dans l’œuvre de Barbey d’Aurevilly, mais aussi chez beaucoup d’autres auteurs de différentes allégeances littéraires et esthétiques, tels Stendhal, Hugo, Balzac, Flaubert, Huysmans, Maupassant, Gautier et Baudelaire. Il s’agira donc d’étudier ces figures, en montrant que leur genèse littéraire procède tout autant d’un besoin esthétique, celui de créer de nouveaux héros et d’esthétiser le rire, que d’un besoin psychologique, puisque ces héros naissent d’abord d’une conscience romantique de l’échec : l’échec personnel, l’échec du héros classique et de tout un système de valeurs normatives ou « héroïques ». L’émergence de ces héros s’explique en effet par la conscience d’une inéluctabilité de la chute, et conjointement par une aspiration au sublime et à l’idéal. On partira de la préface de Cromwell, de Hugo, qui met en évidence l’osmose naturelle, selon l’auteur, du grotesque et du sublime, ainsi que de l’article de Baudelaire : « De l’essence du rire, et généralement du comique dans les arts plastiques », qui célèbre l’art de la caricature, art pictural et littéraire à la fois, et explore l’origine du rire – ce rire qui résonne, mais lugubrement, dans les œuvres du corpus à examiner. Ce travail portera donc sur les figures de « grotesques sublimes », appartenant à ce que Crouzet appelle « le sublime d’en bas », ou à une deuxième catégorie du sublime : le sublime « d’en haut ». Il y sera question aussi de l’esthétique du rire et de ses différents avatars : le rire « nerveux » de Zola, « mécanique » de Flaubert et de Bergson, « fou » de Maupassant, éternel et inquiétant de Baudelaire...


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