Vulcain et les Muses. Manière et imitation des arts du feu dans la poésie française et néo-latine de la Renaissance

par Pierre-Elie Pichot

Thèse de doctorat en Littératures française et francophone

Sous la direction de Michel Magnien.

Thèses en préparation à Paris 3 , dans le cadre de École doctorale Littérature française et comparée (Paris) , en partenariat avec Formes et idées de la Renaissance aux Lumières (2005-... ; Paris) (laboratoire) depuis le 09-09-2016 .


  • Résumé

    Les encyclopédies médiévales, glosant la Genèse, faisaient de Tubal (ou Tubal-caïn) l'inventeur des forges et de la musique : le bruit des marteaux sur l'enclume lui aurait inspiré la science de l'harmonie. Les Muses humanistes s'accommodent mal de cette origine mécanique, car la poésie de la Renaissance revendique une dignité libérale. Dès lors, comment comprendre que Ronsard, en 1565, recommande au poète de fréquenter les boutiques des artisans du feu, et de connaître leurs outils et techniques ? Quel sens Nicolas Bourbon donne-t-il à sa Ferraria, ce long poème qui expose en hexamètres latins les étapes du travail métallurgique ? Pourquoi Du Bartas s'empare-t-il du mythe de Tubal-caïn, que les premiers humanistes voulaient faire oublier ? Décidément, la poésie n'a jamais cessé d'avoir maille à partir avec l'artisanat, et peut-être l'une et l'autre ne sont au fond que deux approches différentes des secrets de la nature. À travers une lecture comparatiste, matérialiste et écopoétique de la poésie française et néo-latine de la Renaissance en France, ce travail se propose de dénouer les réseaux qui relient la parole et l'outil, l'homo faber et l'homo loquens, à une période historique cruciale pour la perception du rapport entre art et nature.

  • Titre traduit

    Vulcan and the Muses. Manner and imitation of metalworking in French and Neo-Latin Renaissance poetry


  • Résumé

    Medieval encyclopaedias, glossing over Genesis, named Tubal (or Tubal-cain) as the inventor of both metalworking and music: the sound of hammers on the anvil would have inspired him the science of harmony. The humanist Muses reject this mechanical origin, because Renaissance poetry claims its liberal dignity. Pierre de Ronsard, however, in 1565, recommended that the poet visit the fire craftsmen’s shops and learn about their tools and skills. Through a comparative, materialistic and eco-poetic reading of French and neo-Latin Renaissance poetry in France, the following work shows how the poetic expression is constructed in relation to craftsmanship, at a crucial historical period for the perception of the relationship between art and nature. A prologue explains the role of the metalworking in French and Latin Renaissance poetic arts. The first two parts characterize different ways of reflecting metallurgy in poetry by comparing the discourses of legitimization of metalworking with the poems that describe and imitate them. The third part focuses on the shift of the forge from the epic to the lyrical domain; the fourth part shows how this lyricism attributes secrets of nature and a specific form of authority to the blacksmith, showing him as the bearer of a lyrical voice. In Mannerist poetry, in short, craftsmen appeal directly to the humanist public. At the turning point of the 16th and 17th centuries, poets became the spokesmen of the craftsmen’s lyrical complaint.