Écriture de la peur dans les romans de Tristan (XIIe-XIIIe siècles)

par Sarah Cals

Thèse de doctorat en Littératures française du Moyen Âge

Sous la direction de Michelle Szkilnik.

Thèses en préparation à Paris 3 , dans le cadre de École doctorale Littérature française et comparée (Paris) , en partenariat avec Centre d'études du Moyen âge (Paris) (laboratoire) depuis le 25-10-2016 .


  • Résumé

    Origine de la couardise, la peur s’oppose au courage qui caractérise d’ordinaire le héros. On peut alors se demander ce qui justifie cette émotion dans des romans de chevalerie qui louent des modèles héroïques. Omniprésente dans la littérature arthurienne, cette émotion s’inscrit dans un système de valeurs et se soumet à une norme qui la refuse ou la légitime. Mais le propre du héros romanesque est aussi de vaincre ses peurs. L’ancrage géographique de la crainte dans les romans de Tristan oppose la terre et la mer, où naît l’amer des amants, mais aussi la Cornouailles et le royaume de Logres. Héros d’un peuple de couards, Tristan traverse les frontières pour s’intégrer à la Table Ronde et appartenir symboliquement à la nation bretonne, qui partage ses valeurs d’honneur, de courage, de force. Du vers à la prose, du XIIe au XIIIe siècle, la peur révèle sa singularité : de l’angoisse d’amour qui, chez Thomas, reflète les mouvements de la mer, à l’écriture lyrique de la peur dans le Tristan en prose, qui chante l’émotion mais qui chante aussi à cause d’elle, pour la faire disparaître ou pour la rendre supportable, et aux réécritures, d’une version à l’autre, qui confrontent chevalerie célestielle et chevalerie terrienne, en passant par le Tristan de Béroul, qui fait de la forêt du Morrois un no man’s land où la crainte transforme les relations sociales et politiques. La peur fonde la dichotomie des bons et des mauvais chevaliers, participant aux reconfigurations incessantes de la hiérarchie chevaleresque dans les romans. Mais le Tristan en prose prouve que, si les bons connaissent la peur, les mauvais connaissent aussi le courage et tout l’enjeu sera de montrer comment cette émotion questionne l’exemplarité héroïque.

  • Titre traduit

    Writing Fear in Tristan Romances (Twelfth and Thirteenth Centuries)


  • Résumé

    Fear is at the origin of cowardice, opposite of hero’s courage. What, then, justifies the presence of fear in chivalric romances that laud heroic figures? This ubiquitous emotion in Arthurian literature falls within a value system, which, in turn, subjects it to a norm that either rejects or legitimates it. But the romance hero’s main characteristic is to overcome fear. In the Tristan romances fear is related to both land and sea, where the lovers’ amer (love or seasickness) appears, on the one hand, but also to Cornwall and to Logres on the other. Tristan is the hero of a nation of cowards. He crosses borders to settle in the Round Table and thus becomes, symbolically, a member of the Breton knights, with whom he shares values such as honour, courage and strength. Fear also differs from one text to another, and, through this reveals its many singularities. Béroul’s Tristan turns Morrois into a no man’s land where fear transforms social and political relations. Thomas’s angoisse d’amour reflects sea changes. The Prose Tristan displays a lyrical writing of fear: poets translate fear into songs, but they also sing because of fear, to make it disappear or to make it bearable. The two versions of the Prose Tristan contrast celestial and earthly chivalries, sacred and secular fear. This emotion plays an important role in building the dichotomy between good and bad knights and in the constant reconfiguration of the chivalric hierarchy. Finally, the Prose Tristan shows that if the good knights experience fear, the bad ones experience courage too. The aim here is to explore how fear poses a challenge to heroic exemplarity.