Le poids de la mémoire. La musique et la Seconde Guerre mondiale dans les films soviétiques du Dégel (1955-1968)

par Anna Khachaturova

Thèse de doctorat en Cinéma et audiovisuel

Sous la direction de Laurent Véray.

Thèses en préparation à Paris 3 , dans le cadre de École doctorale Arts et médias (Paris) , en partenariat avec Institut de recherche sur le cinéma et l'audiovisuel (Paris) (laboratoire) depuis le 05-09-2016 .


  • Résumé

    Au moment où l’URSS de Khrouchtchev s’efforce de réparer les égarements du stalinisme, le cinéma de guerre du Dégel aspire à construire une nouvelle mémoire de la Seconde Guerre mondiale, plus sincère, plus humaine, fondée sur des trajectoires individuelles singulières. Cette thèse de doctorat interroge la façon dont la musique de ces films a contribué à forger et à faire perdurer une nouvelle vision du passé. En s’intéressant à l’univers sonore des films de guerre du Dégel, ce travail porte d’une part sur les musiques d’écran et sur certains phénomènes sonores récurrents, censés être spécifiques de l’époque montrée (bruits de trains, radios, haut-parleurs, métronomes, horloges, etc.). D’autre part, les analyses que développe cette thèse éclairent les stratégies musicales mises en place par les huit compositeurs du corpus principal. Dans un cinéma qui s’attache à la mémorialisation du passé, la musique de fosse agit comme un outil de mémoire qui rend apparent les processus de construction du souvenir à l’œuvre dans les films. Le projet compositionnel de chacun des films est examiné à la lumière de documents d’archives: partitions originales inédites, découpages techniques, «explications» musicales, etc. En réponse à des dramaturgies faites de ruptures et de bouleversements, les huit compositeurs sélectionnés ont systématiquement opté pour une architecture musicale fondée sur le monothématisme. Défi artistique ambitieux, cette contrainte formelle s’avère en phase avec les changements esthétiques qui touchent alors la musique soviétique dans son ensemble. Elle témoigne aussi du désir de reconnaissance professionnelle à laquelle aspirent les compositeurs pour l’image, dès la fin des années 1950.

  • Titre traduit

    The Weight of Memory. Music and World War II in the Soviet Cinema of the Thaw (1955- 1968)


  • Résumé

    At a time when Khrushchev’s USSR attempts to repair the failings of Stalin’s rule, the war films of the Thaw aspire to build a new memory of World War II, more sincere, more humane and based on unique individual trajectories. This PhD questions the way in which the music of these films helped forge and perpetuate a new vision of the past. On the one hand, focusing on the sound aspects of the war films of the Thaw, this work discusses diegetic music as well as certain recurring diegetic sound phenomena, supposedly specific of the time period shown on screen (noise of trains, radio, public loudspeakers, metronomes, clocks, etc.). On the other hand, the film analyses developed in this PhD examine musical strategies adopted by eight selected film music composers. Within a cinema that aspires to memorialize the past, nondiegetic film music functions as a tool of memory, making apparent the process of remembrance at work in the films that are studied here. The compositional project of each film is examined in the light of archival documents: unpublished original music scores, shooting scripts, musical “prognoses”, etc. Responding to narratives of disruption and upheaval, the eight selected composers systematically opted for a monothematic musical structure. An ambitious artistic challenge, this formal constraint turns out to be in tune with the changes in musical aesthetics that concern the whole of Soviet music at the time. It also bears witness to the desire for a greater professional recognition that moves film music composers of the 1950s.