Islam soufi, confréries et identité transnationale : analyse de l'expansion de la Mouridiyya en Europe

par Pape serigne Sylla

Projet de thèse en Anthropologie sociale et ethnologie

Sous la direction de Houari Touati.

Thèses en préparation à Paris, EHESS , dans le cadre de École doctorale de l'École des hautes études en sciences sociales depuis le 07-12-2016 .


  • Résumé

    Né d’un mouvement religieux localement constitué dans un contexte colonial sénégalais, la confrérie mouride a pour fondateur Cheikh Ahmadou Bamba, un saint soufi dont les enseignements et la doctrine se sont développés dans une partie de l’Afrique subsaharienne et bien au-delà. Cette confrérie s’est internationalisée au gré des fluidités migratoires de ses acteurs, notamment en raison de conjonctures, puis de rationalités économiques (S. Bava, 2004 ; Soarès 2007 ; Copans, 2005). Alors que s’étiolent progressivement les frontières culturelles du fait de la mondialisation, de nouvelles pratiques transnationales s’opèrent depuis quelques années dans les champs migratoires européens de la confrérie en remettant en cause les bases des hiérarchies traditionnelles et la solidarité communautaire. Cette lame de fond a mené à une fragmentation identitaire croissante du mouridisme en contexte migratoire qui apparait sous différentes formes. L’accroissement de l’usage des médias confessionnels et autres réseaux de communication a conduit au renforcement des liens affinitaires, financiers et matériels des disciples avec les structures locales de la confrérie au pays d’origine. La solidarité communautaire traditionnelle s’atrophie au profit d’une religiosité plurielle et réflexive, désormais orientée vers la singularité de chaque itinéraire migratoire. Par ailleurs, les catégories confessionnelles dissidentes, à l’image du mouvement Thiantacoune qui est plus en vue, s’opposent ouvertement aux institutions confrériques traditionnelles. Cela a contribué à l’assujettissement de l’espace transnational mouride à de nouvelles formes d’expression identitaire par un émiettement de la religiosité. La teneur dogmatique de ces nouvelles confessions traduit le phénomène que ce travail de recherche tente d’analyser : l’éclatement du mouridisme à travers des rapports conflictuels d’usages stratégiques multiples en contexte migratoire. Ces dissidences doctrinales s’expriment tout autant à travers l’émergence de la guidance spirituelle (imāma) de la femme, un phénomène de plus en plus observé dans le « soufisme moderne » (K. Hilary 2008 ; A. Neubauer 2009). Il est question, par ailleurs, dans cette étude, d’une approche sur le mouridisme qui renvoie au paradigme de « l’islam vécu », permettant de positionner le soufisme à l’intérieur des islamités. L’apparition de nouveaux cultes dissidents, la singularité réflexive des expériences religieuses et la modernisation croissante des instruments de communication ont fini par faire du mouridisme en Europe une entité hétéroclite et discordante.

  • Titre traduit

    Sufi Islam, brotherhoods and transnational identity : analysis of the expansion of Muridiyya in Europe


  • Résumé

    Born from a religious movement locally constituted in a twentieth century Senegalese colonial context, the Murid brotherhood was initiated by Sheikh Ahmadou Bamba, a Sufi saint whose teachings and doctrine have become emblematic. This brotherhood became internationalized as a result of the migratory fluidity of its actors, notably due to economic circumstances and rationalities (S. Bava, 2004; Soares 2007; Copans, 2005). While cultural borders are gradually fading away as a result of globalization, new transnational practices have been taking place in recent years in the European migratory fields of the brotherhood, calling into question the foundations of traditional hierarchies and community solidarity. This groundswell has led to an increasing fragmentation of identity of Muridism in a migratory context which appears in different forms. On the one hand, the increased use of confessional media and other communication platforms has led to the strengthening of the disciples' emotional, financial and material links with the local structures of the brotherhood in their country of origin. Traditional community solidarity has atrophied with the profile of a plural and reflexive religiosity, now oriented towards the dahiras in Senegal. Moreover, dissident confessional categories, like the more prominent Thiantacoune movement, openly oppose confraternal institutions in order to subjugate the murid transnational space to new forms of identity expression according to specific spiritual norms. The dogmatic content of these new confraternities reflects the phenomenon that this research work attempts to demonstrate: the break-up of Muridism through conflicting relationships of multiple strategic uses in a migratory context. These doctrinal dissidences are expressed just as much through the emergence of the imamate of women, a phenomenon increasingly observed in "modern Sufism" (K. Hilary 2008; A. Neubauer 2009). Moreover, this study discusses an approach to Muridism that refers to the paradigm of "lived Islam", allowing Sufism to be positioned within Islam. The emergence of new dissident cults, the reflexive singularity of religious experiences, and the increasing modernization of communication instruments have ended up making Muridism in Europe a heteroclite and discordant entity.