Jean-Patrick Manchette : une écriture de la dissonance

par Nicolas Le Flahec

Projet de thèse en Litterature francaise, francophones et comparee

Sous la direction de Gilles Magniont et de Dominique Rabate.

Thèses en préparation à Bordeaux 3 , dans le cadre de Montaigne-Humanités , en partenariat avec Textes, Littératures : Ecritures et modèles (equipe de recherche) depuis le 14-12-2016 .


  • Résumé

    Si Jean-Patrick Manchette reste une figure majeure du roman noir, les frontières de son œuvre ont été redessinées par plusieurs publications posthumes. Le parcours proposé au lecteur apparaît alors sinueux tant cette œuvre est agitée par une série de tensions. Les romans se construisent contre un monde qu’ils déconstruisent dans un jeu retors. Manchette célèbre le behaviorisme tout en le remettant en question. Il confronte des références variées, en les exhibant ou en les masquant soigneusement. Mélanges de sublime et de grotesque, ses personnages ne cessent de prendre le lecteur au dépourvu. Son style se distingue par d’incessantes ruptures narratives, syntaxiques ou lexicales. Le roman, qu’il investit à une époque où le genre est souvent délaissé au profit d’un récit aux contours plus vagues, reste donc un espace profondément mouvant et dissonant. Il est important de ne pas gommer ces tensions mais, tout au contraire, de les maintenir intactes pour prendre la mesure de la singularité d’une œuvre qui propose tout à la fois une écriture de l’aventure et une aventure de l’écriture. La dissonance peut même devenir ontologique : tout se passe comme si le sujet, qu’il soit personnage, narrateur ou auteur, ne pouvait jamais vraiment coïncider avec lui-même et ne parvenait à exister qu’au prix d’un écart et d’un éclatement. Sans contredire les liens féconds qui unissent Manchette au roman noir, cette notion de dissonance permet alors de l’inscrire dans d’autres généalogies littéraires. A bien des égards, ses interrogations rencontrent celles de la modernité et rejoignent d’autres écritures de la dissonance.

  • Titre traduit

    Jean-Patrick Manchette : a literary exploration of dissonance


  • Résumé

    If Jean-Patrick Manchette remains a major figure of noir fiction, the contours of his works have been redefined by several posthumous publications. Thus Manchette’s reader embarks on a winding road emerging from a body of work fraught with all sorts of tensions. His novels are constructed against a world that they cunningly aim at deconstructing. Manchette extols the virtues of behaviorism as much as he questions its application. He resorts to various references, either exhibiting or carefully concealing them from the reader. His characters, in turn grotesque or sublime, never fail to catch the reader off guard. Constant narrative, syntactic or lexical breaks are characteristics of Manchette’s style. The novel, which he explored at a time when the genre was deserted for the shores of fuzzier forms of narrative, remains an ever-changing and dissonant territory. It is essential not to hide those tensions but, on the contrary, to keep them intact so as to contemplate the uniqueness of a work that reads both like the writing of an adventure and the adventure of writing. That dissonance may even become ontological: everything occurs as if the subject, whether he be a character, the narrator, or the author himself, could never really coincide with himself and could only exist by constantly swerving aside or blowing to fragments. This idea of dissonance, while not inconsistent with the fecund bonds that link Manchette to noir fiction, allows us to trace his genealogy back to other literary ancestors. In many respects, Manchette’s questioning is echoed in contemporary literature and meets up with other attempts at writing on dissonance.