Malnutrition, vulnérabilité et genre : les morts de la peste à Martigues (Bouches-du-Rhône - XVIIIe siècle)

par Luana BATISTA GOULART

Projet de thèse en Histoire et archéologie des mondes anciens et médievaux

Sous la direction de Gérald Quatrehomme et de Isabelle Séguy.

Thèses en préparation à l'Université Côte d'Azur , dans le cadre de École doctorale Sociétés, humanités, arts et lettres (Nice ; 2016-....) depuis le 17-10-2016 .


  • Résumé

    La dernière grande épidémie de peste en France a touché la Provence et le Haut Languedoc en 1720-1722, tuant près du quart des habitants de cette région. La ville de Martigues (Bouches-du-Rhône) a été affectée par cette épidémie et a perdu un tiers de ses habitants entre octobre 1720 et juin 1721 (Séguy et al, 2007 ; Tzortzis, 2009). Avant l’épidémie de peste, la région avait été affectée par plusieurs épisodes de famine, de la fin du XVIIe siècle à la veille de la peste. Certaines des victimes de la peste ont été touchées par un ou plusieurs épisodes de malnutrition durant leur enfance ou leur adolescence. Considérant les effets que les famines et la malnutrition chronique peuvent avoir sur le développement et la santé des individus1, notre projet de recherche a pour objectif d’évaluer l’impact des stress alimentaires sur un échantillon ostéoarchéologique de victimes de la peste dite “de Marseille”. Cette collection de squelettes présente un double avantage : d’une part, la cause de leur mort est parfaitement connue ; d’autre part, leur décès est survenu dans un temps très bref (moins d’un an). A partir de ce contexte rare en archéologie de la peste, nous chercherons à répondre à quatre questions principales : 1) Les victimes de la peste ont-elles été rendues plus vulnérables à l’épidémie en raison des épisodes de malnutrition qu’elles ont vécus ? Les documents historiques ont permis d’établir les différentes disettes qui ont affectées la population de Martigues ; il s’agit d’étudier les marqueurs de stress liés à la malnutrition sur les matériel osseux et dentaire dont nous disposons (sachant que les squelettes considérés sont un sous-échantillon représentatif de la population de Martigues). 2) Les victimes de la peste ont-elles été rendues plus vulnérables par les épidémies qui sévissaient de manière endémique dans la région ? Nous en rechercherons les traces à travers des indicateurs paléopathologiques. 3) La situation maritime de la ville a-t-elle influencée l’alimentation de ses habitants, en période normale et en situation de disette ou famine ? Et quel rôle a –t-elle joué durant la peste ? 4) Les hommes et les femmes ont-ils été affectés par la famine de la même manière ? La peste les a-t-elle atteint avec la même intensité ? Nous conduirons ici une approche genrée, tout à fait novatrice en France pour la discipline bioanthropologique, pour englober tout à la fois le social et le biologique dans l’interprétation de nos résultats.

  • Titre traduit

    Malnutrition, vulnerability and gender : the dead from plague of Martigues (Bouches-du-Rhône - 18th century)


  • Résumé

    The last big plague epidemic in France affected Provence and Haut Languedoc in 1720-1722, killing approximately a quarter of the inhabitants of that region. The city of Martigues (Bouches-du-Rhône) was also affected by this epidemic and lost a third of its population between October 1720 and June 1721 (Séguy et al, 2007 ; Tzortzis, 2009). Before the plague, the region was affected by multiples episodes of famine from the 17th century until before the plague. Some of the victims of the epidemic suffered one or more episodes of malnutrition during their childhood or adolescence. Considering the effect of the famine and chronical malnutrition on the development and health of the individuals, our research project aims at evaluating the impact of the food craving in a osteoarchaeological sample of the victims of the so-called “Marseille’s plague”. This skeleton collection presents a double advantage: the death cause is perfectly known and, also, the decease of the individuals occurred a short period of time. Considering this rare context in plague archaeology, we will study four main questions: 1) Were the plague victims more vulnerable to the plague epidemic because of the malnutrition episodes from which they suffered? Historical documents describe the different famines that affected Martigue’s population, so we are going to study the stress markers that can indicate malnutrition in the bones and teeth (Harri’s lines, porotic hyperostosis, height and tooth enamel hypoplasia, for example) from the available individuals, considering that they are a representative subsample from Martigue’s population. 2) Were the plague victims more vulnerable because of the epidemics that affected that region? We will investigate this issue by analysing palaeopathological indicators. 3) Did the maritime environment influence the inhabitant’s diet during a regular periods and during the starvation period? Also, had the maritime environment a relevance in the reaction of the inhabitants during the plague epidemic (eg.: migration)? 4) Were men and women equally affected by the famine? Also, did the plague affect them both groups with the same intensity? We will develop a gender approach, innovative in the French bioanthropology, considering in our results, at the same time, social and biological issues.