Genre, Institutions et Politique

par Quentin Lippmann

Thèse de doctorat en Analyse et politique économiques

Sous la direction de Claudia Senik.

Thèses en préparation à Paris, EHESS , dans le cadre de École doctorale d'Économie (Paris) depuis le 21-11-2016 .


  • Résumé

    Cette thèse vise à étudier le lien entre institutions, genre et politique. Elle cherche à répondre à trois questions: les institutions peuvent-elles défaire les normes de genre ? Les institutions seraient-elles plus égalitaires si elles étaient dirigées par des femmes ? Pourquoi les femmes sont-elles absentes des positions de pouvoir ? Le premier chapitre de cette thèse vise à étudier le rôle des institutions dans la création des normes de genre. La norme étudiée est celle selon laquelle une femme doit gagner moins que son mari. En utilisant, la division de l'Allemagne comme une expérience naturelle, nous montrons que les institutions égalitaires est-allemandes ont défait le genre. Après la réunification, une femme est-allemande peut gagner plus que son mari sans augmenter son nombre d'heures de travail domestique, risquer de divorcer ou de se retirer du marché du travail. A l'opposé, en Allemagne de l'Ouest, ces comportements sont toujours observables. Le deuxième chapitre étudie si les institutions seraient plus égalitaires avec des femmes à leur tête. En particulier, nous cherchons à déterminer si les femmes politiciennes ont les mêmes priorités que leurs collègues masculins. Le contexte étudié est celui du Parlement Français durant la période 2001-2017. En combinant des méthodes d'analyse de texte avec des variations exogènes dans le sexe des politiciens, ce chapitre montre que, relativement à leurs collègues masculins, les femmes politiciennes à l'Assemblée Nationale défendent plus les intérêts des femmes dans la population. Le thème où les différences sexuées d'activité parlementaire sont les plus marquées est précisément celui de l'égalité femmes-hommes, suivi des thématiques liées à l'enfance et à la santé. Les hommes sont plus actifs sur les thématiques militaires. Nous montrons que ces différences proviennent de l'intérêt individuel des législateurs. Enfin, nous répliquons ces résultats au Sénat en exploitant l'introduction d'une réforme qui a imposé la parité. Le troisième chapitre s'intéresse aux raisons derrière la sous-représentation des femmes dans les positions de pouvoir. Il cherche à déterminer si dans un contexte où les politiciens sont majoritairement des hommes, la "prime aux sortants" lors d'élections réduit le nombre de femmes élues. Le contexte étudié est celui des municipalités de moins de 1000 habitants en France. Nous montrons que contrairement à ce qu'on peut s'attendre, lorsque les politiciens ne sont pas éligibles à leur réélection, la part de femmes élus n'augmente pas. C'est parce qu'il est plus difficile pour une femme de remplacer une femme que de remplacer un homme.

  • Titre traduit

    Gender, Institutions and Politics


  • Résumé

    This thesis studies the link between institutions, gender and politics. Three questions are studied: can institutions undo gender norms? Would institutions be more gender-egalitarian if they were headed by women? Why are women absent from positions of power? The first chapter of this thesis tests whether institutions can undo gender. In particular, we study the consequences of institutions on the perpetuation of gender norms. We study the norm according to which a woman should earn less than her husband. Using the German division as a natural experiment, we show that East German institutions have undone gender. East German women can earn more than their husband without increasing their number of housework hours, put their marriage at risk, or withdraw from the labor market. By contrast, the norm of higher male income and its consequences are still prevalent in the West. The second chapter studies whether institutions would be more gender-egalitarian if more women were heading them. In particular, I test whether female politicians have the same priorities than their male counterparts. The context studied is the French Parliament from 2001 to 2017. Using text analysis and quasi-experimental variations to randomize legislators' gender, this chapter shows that women are twice more likely to initiate women-related amendments in the Lower House. Women's issues constitute the key topic on which women are more active, followed by health and childhood issues whereas men are more active on military issues. I provide supporting evidence that these results are driven by the individual interest of legislators. Finally, I replicate these results in the Upper House by exploiting the introduction of a gender quota. The third chapter studies the reasons behind the underrepresentation of women in positions of power. I investigate whether the persistence of incumbents hinders female access to political positions when incumbents are predominantly men. I exploit regression discontinuity from close electoral races in French municipalities to randomize the eligibility of incumbent mayors for reelection. Despite a context increasingly favorable to the election of women, I find that the persistence of incumbents does not block female access to the position of mayor. I investigate the mechanisms and show that it is more difficult for a woman to replace a female incumbent than a male one.